"C’est l’enfer" : près de Chartres, des riverains vent debout contre une station de maintenance de la SNCF

Depuis 2016, une station de maintenance de trains empoisonne la vie de riverains, à Mainvilliers (Eure-et-Loir). En plus des nuisances sonores et visuelles, ils s’inquiètent d’un risque de pollution de la rivière attenante. De son côté, la SNCF assure avoir apporté des modifications.

Les TER stationnent à proximité de la gare. Photo d'illustration
Les TER stationnent à proximité de la gare. Photo d'illustration © Alexandre MARCHI/PHOTOPQR/L'EST REPUBLICAIN/MAXPPP

Quand on vit en ville, à proximité de voies de chemin de fer, on sait pertinemment que l’on va subir des nuisances sonores. Mais les habitants du plateau des Vauroux, à Mainvilliers, ne s’attendaient pas à voir leur quotidien envenimé nuit et jour par une station de maintenance des TER qui s’est installée ici en 2016.

Initialement située au niveau de la gare de Chartres, "une partie notamment des activités de garage et de maintenance légère des rames régionales a été transférée sur le site des Vauroux, sur la commune de Mainvilliers", précise la SNCF, dans le cadre des aménagements du nouveau pôle gare.

"Elle a atterri ici où c’était un lieu d’entreposage, les trains arrivaient et s’arrêtaient", ajoute Marc Gauteur, vice-président de l’association Est-ce l’Impasse aux Vauroux (AEIV), qui regroupe une cinquantaine de foyers riverains.

"On prend les bruits de plein fouet"

Des habitants dont la vie a radicalement changé : "On est à 30 m des TER en maintenance. Ils sont au niveau des salons d’habitation parce que la voie ferrée à cet endroit-là est légèrement surélevée. Donc on prend les bruits de plein fouet", décrit-il.

"Le soir, tous les TER viennent stationner là, et la nuit, le nettoyage démarre. Donc les trains sont allumés et on a un ronronnement permanent des groupes électriques qui tournent pour alimenter les trains et l’éclairage", poursuit-il. 

C’est permanent, c’est nuit et jour.

Marc Gauteur

Pour donner un exemple de nuisances sonores notamment, il nous a envoyés des vidéos tournées à 4h et 7h30 du matin par des membres de l’association.

Déménagements et dépressions

"Il y aussi du fret, ajoute le vice-président de l’association. Ce sont des grosses locomotives qui tournent sans arrêt car ils les font préchauffer. Elles crachent de la fumée vraiment noire, et le ronronnement vient se cumuler à celui des TER. Donc c’est l’enfer."

Marc Gauteur énumère les conséquences : "Des gens ont déménagé, il y a eu des dévalorisations du patrimoine immobilier, on tape sur l’humain donc il y a des dépressions, des gens dorment mal."

L’association souhaite donc dans l’idéal le déplacement de cette station de maintenance. Elle dit cependant comprendre que le personnel cheminot doit travailler et réclame avant tout des études environnementales et d’impact, pour aboutir à des mesures correctives, en fonction des résultats

Face à ces cette situation, la SNCF affirme avoir déjà pris en compte les doléances et apporté plusieurs changements. "Des éclairages nocturnes du site, considérés comme gênants, ont été modifiés", déclare-t-elle.

Etudes acoustiques

Elle assure aussi que "plusieurs études du niveau de bruit ont été réalisées par des laboratoires indépendants et ont été partagées avec les riverains.  Il apparait que les niveaux communément admis sont respectés même si ponctuellement, des gênes plus particulières peuvent être ressenties."

Sur ce point Marc Gauteur rebondit : "En effet un train qui passe avec un silence après, c’est correct. Nous, c’est permanent avec des pics acoustiques énormes."

L’association avait d'ailleurs proposé un mur anti-bruit. Mais d’après l'entreprise ferroviaire, les études ont conclu que cela "n’améliorerait pas significativement les ressenti de certaines catégories de bruit".

La SNCF met en avant un certain nombre de dispositifs mis en place : sensibilisation du personnel du site pour atténuer les opérations les plus bruyantes ; mise en place d’un système de boite mail permettant aux riverains de signaler une nuisance inhabituelle et permettant aux opérateurs de stopper ou reporter une opération non essentielle.

Risque de pollution au gazole ?

Au-delà de ces nuisances, les riverains se disent surtout inquiets pour l’environnement. Ils craignent un risque de pollution aux hydrocarbures de la rivière du Couasnon qui longe leurs habitations.

En effet, juste à côté du cours d’eau sont situées des cuves de stockage de 50.000 litres de gazole, destiné aux locomotives fonctionnant au diesel.

Or, cette zone de l'impasse des Vauroux a été plusieurs fois frappée par les inondations, en 2011, 2015 et 2018, liste l’association. "La buse du Couasnon (c’est-à-dire la canalisation dans laquelle s'écoule le cours d’eau, NDLR) a éclaté d’ailleurs en 2018, renchérit Marc Gauteur. Elle est aujourd’hui fissurée sur l’ensemble de l’impasse. On ne sait pas ce que cela va donner à la prochaine inondation. S’il y a un problème, cela dépassera l’échelle du quartier."

Pour le vice-président de l'association, le problème vient du choix de ce site : "En regardant le permis de construire, ni la rivière ni le bâti n’apparaissent, c’est comme si la SNCF s’installait en campagne. Il n’y a eu aucune étude d’impact, ils ont fait ce qu’ils ont voulu sans tenir compte de l’environnement".

Cette implantation est une aberration à l’origine.

Marc Gauteur

Exploité depuis plusieurs décennies

Sur ce point, la SNCF ne répond pas, mettant en avant que "différents points abordés par l’Association […] dépassent pour certains d’entre eux les seules prérogatives de SNCF".

Elle rappelle par ailleurs que "ce site, existant depuis plusieurs dizaines d’années, a connu durant son histoire des périodes d’activité intenses (jusqu’au début des années 2000), particulièrement liées au trafic de marchandises". S’il avait connu "une relative baisse d’activité" jusqu’en 2015,  "il n’a jamais cessé d’être exploité pour les besoins des TER, du trafic fret de plusieurs opérateurs et de mouvements techniques liés à la maintenance du réseau".

La SNCF affirme par ailleurs avoir proposé une nouvelle rencontre avec les riverains et collectivités locales : "Nous espérons qu’une date pourra être arrêtée très prochainement."

Devoir de protection

De son côté, l'association a écrit aux pouvoirs publics, sans résultat. Face à cette impasse, Michèle Bonthoux, arrivée à la tête de la municipalité de Mainvilliers en 2020, a décidé de demander elle aussi des études d'impact à la préfecture, à la SNCF, à la région Centre-Val de Loire et à l’Agence régionale de santé (ARS), en mettant en avant son devoir de protection de la population.

"Je suis dans mon rôle d’élu que de vérifier que cette station de maintenance ne soit pas nuisible pour l’environnement et pour la santé de ces personnes qui sont à proximité, résume-t-elle. Le but est que toutes les instances puissent engager des relevés pour que tout le monde soit rassuré ou que des solutions soient trouvées à terme."

Pour l’instant les réponses sont limitées : "On a quelques retours de retour de Chartres Métropole, de la SNCF, de la région Centre-Val de Loire. Ils ont bien noté les nuisances, et se réfèrent à d’autres exploitants sur site pour obtenir des éléments complémentaires."

Futures études acoustiques

Quant à l'ARS, elle a répondu à Mme Bonthoux le 23 mars, et en particulier sur la question des nuisances sonores. Denis Gelez, délégué de l'Agence en Eure-et-Loir, détaille : "Le bruit relève de la compétence du maire. Elle peut donc chercher des solutions. Nous, ARS, nous pouvons l'accompagner dans cette démarche, notamment pour réaliser des mesures acoustiques." Des mesures qui pourraient servir de contre-expertise face aux rapports de la SNCF.

Problème : l'ARS ne peut actuellement pas les réaliser, car elle recherche justement un opérateur qui serait en charge des études de bruit, opérateur qu'elle pourrait mandater pour des situations comme celle de Mainvilliers. Un appel d'offres a été lancé et des négociations sont en cours. Elles devraient se conclure au second semestre de cette année.

"C’est un dossier qui va demander plusieurs mois", a déclaré la maire ; l'ARS le confirme. Affaire à suivre donc.

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