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Municipales 2020 : de faux signataires de la Déclaration d'Indépendance des Maires de Jean-Pierre Gorges ?

A gauche, Guillaume Kasbarian, député d'Eure-et-Loir ; à droite, Jean-Pierre Gorges, maire de Chartres / © MAXPPP
A gauche, Guillaume Kasbarian, député d'Eure-et-Loir ; à droite, Jean-Pierre Gorges, maire de Chartres / © MAXPPP

Auteur du texte, le maire de Chartres a été attaqué par le député LREM Guillaume Kasbarian sur Twitter : il aurait falsifié la liste des signataires. Nous avons suivi nous-même la procédure, qui laisse en fait peu de place pour ce genre de manipulation.  

Par Yacha Hajzler

Le 14 juin dernier, Jean-Pierre Gorges, maire de Chartres et ennemi politique déclaré de LREM soumet à ses homologues la Déclaration d'Indépendance des maires de France. Le texte est une réaction à une tribune signée quelques jours plus tôt par 72 maires de la droite et du centre qui, après les européennes, revendiquent un ralliement à En Marche. 

"Refusons tout chantage partisan aux élections municipales !", lance Jean-Pierre Gorges, qui rappelle la spécificité du rôle de maire et dénonce la transformation de l'élection en référendum pour ou contre Emmanuel Macron. En un mois, quelque 600 élus ont choisi de signer ce texte. 600...  ou presque. 
 
 

Clash sur Twitter, un drame en 6 actes


Car à peine le chiffre est-il annoncé que Renan Loiseau, référent des Jeunes avec Macron de l'Eure-et-Loir, remarque une anomalie. Jérôme Baloge, maire de Niort, aurait à la fois signé la tribune de soutien à Emmanuel Macron, et la déclaration d'indépendance. Ni une ni deux, ce troublant détail est repris sur Twitter par le député eurélien Guillaume Kasbarian. Suite au vif échange qui naît sur la plateforme, Jérôme Baloge lui-même intervient et déclare : "Désolé, mais je n'ai rien reçu et ne suis pas signataire". Guillaume Kasbarian rebondit et accuse le maire de Chartres de "fausser" sa liste de signataires. 

Suite du feuilleton : Jean-Pierre Gorges rattrape la conversation et se défend : "Tout est enregistré !!" Mais Guillaume Kasbarian ne lâche pas : le processus de signature mis en place par les équipes du maire de Chartres ne serait "pas fiable". Nous avons donc voulu en avoir le coeur net. 

 

France 3 mène l'enquête

Nous avons contacté les collaborateurs de Jean-Pierre Gorges, afin d'obtenir le plus de précisions et de document possibles sur le processus des signatures électroniques. Nous ont été fournis :

- Des captures d'écran indiquant la date et l'heure à laquelle la signature a été enregistrée, et l'adresse mail qui a validé cette signature 
- L'adresse IP de la platerforme indépendante qui gère le formulaire d'inscription
- Le mail initialement envoyé aux maires, afin de procéder nous-même aux étapes d'inscription

Hypothèse 1 : l'erreur de clic

Dans un premier temps, les mails contenant la déclaration ont été envoyés dans les boîtes contact des mairies. Les mails contiennent une case interactive indiquant "Je signe". "Ça n'enregistre pas la signature tout de suite parce qu'effectivement, on a imaginé que par exemple, un secrétaire de mairie clique par erreur. On arrive sur un formulaire à remplir" explique l'entourage du maire de Chartres. 

Sur ce formulaire, il faut remplir manuellement plusieurs cases, comme le montre la capture écran ci-dessus, que nous avons réalisée après avoir nous-même reçu le mail. 
 

"C'est géré par une plateforme qui s'appelle SendInBlue. Chaque fois qu'on a un nouveau signataire, on a une adresse IP, qui montre qui c'est bien cette plateforme qui l'a validée. J'aurais préféré qu'on ait l'adresse IP des maires, mais ce n'est pas permis pour des raisons de confidentialité", précise le collaborateur de Jean-Pierre Gorges. Nous avons pu examiner cette adresse IP, elle nous mène bien directement à l'opérateur SendInBlue. 

"On n'a aucun intérêt à avoir des fausses signatures. Ce serait se mettre en danger, et on n'a pas besoin de ça. On a un peu plus de 200 maires, d'ailleurs, qui ont cliqué sur "Je signe" dans le mail, mais qui n'ont pas rempli le formulaire. On les a relancés, mais on n'a jamais enregistré leur signature", ajoute cette même source.  

A noter : l'étape du numéro de téléphone, visible dans cette vidéo, a été rajoutée à la suite de la confrontation avec le député Kasbarian. Il n'y figurait pas au moment où la signature de Jérôme Baloge aurait été enregistrée. 

Hypothèse 2 : l'usurpation d'identité

"C'est une hypothèse, mais ce serait complètement fou..." commente-t-on à la mairie de Chartres. Les boîtes contact des mairies, selon la taille des communes sont gérées par le maire lui-même, un secrétaire de maire, ou le cabinet. Etant donné les contenus très divers qui peuvent y atterir, c'est souvent une personne de confiance qui en a la charge. 

De plus, la date et l'heure de signature, qui figurent sur les documents que nous nous sommes procurés, restreint encore les pistes. La signature a en effet été enregistrée le 13 juillet 2019, à 19h22 : une veille de jour férié, à cette heure, plus aucun personnel n'est en règle générale présent en mairie, à l'exception du cabinet. 

Hypothèse 3 : le bug technologique


Nous avons joint la plateforme française SendInBlue, qui nous confirme qu'aucun problème technique,  y compris de nature à provoquer un envoi spontanné, n'a été relevé dans l'envoi du formulaire. 
 


Epilogue

Contacté, le cabinet de Jérôme Baloge maintient :  "Le maire n'a pas signé cette déclaration. Nous avons vérifié, il n'y a aucun départ de courriel venant de la ville de Niort." Si la bonne foi du maire de Niort n'est pas remise en question, cette explication ne permet pas d'écarter l'hypothèse de l'intervention d'une tierce personne, étant donné que la signature litigieuse n'est pas liée à l'envoi d'un courriel mais à un formulaire en ligne. 

Interrogé sur la théorie d'un acte malveillant, le cabinet poursuit : "N'importe qui peut remplir ce formulaire. A ce stade, nous n'avons pas d'explications. On continue à chercher, mais on souhaite passer à autre chose."

La signature du maire de Niort a, depuis, été retirée de la Déclaration d'Indépendance. 

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