Eure-et-Loir: après la première victoire judiciaire des salariés de Konecranes le bras de fer continue avec la direction

Le siège social de Konecranes, en Finlande / © MARKKU OJALA/EPA/Newscom/MaxPPP
Le siège social de Konecranes, en Finlande / © MARKKU OJALA/EPA/Newscom/MaxPPP

Les salariés de Konecranes à Vernouillet (Eure-et-Loir) espèrent que la direction se pliera à la décision du tribunal de Chartres et fournira les documents réclamés depuis des mois sur la production du site et son avenir. La direction assure qu'elle va coopérer.

Par Julie Postollec

Alors que l'avenir du site Konecranes de Vernouillet (Eure-et-Loir) est menacé, le tribunal de grande instance de Chartres a choisi de condamner la direction de Konecranes pour "résistance abusive". Dans un communiqué, le directeur général de Konecranes France prend "acte de la décision".

Pour les salariés, c'est une première victoire. "On allait de déconvenue en déconvenue", alors cette décision du tribunal, "ça met du baume au cœur", souffle Stéphane Rault, délégué du personnel au comité d’entreprise (CE).

Pour comprendre, retour cinq mois en arrière. Le 8 novembre dernier, les 120 salariés apprenaient que leur usine, mise en concurrence avec trois autres sites du groupe Konecranes, n’avait pas été retenue pour la fabrication de palans nouvelle génération (engins de levages pour charges lourdes, NDLR), et qu’une usine allemande leur avait été préférée.
 

Le site de Vernouillet serait rentable

Sauf "qu’on n’a jamais eu les résultats, ni pour nous, ni pour les autres", explique Stéphane Rault. Or, "on est convaincu que l’usine n’est pas déficitaire, mais bénéficiaire, le rapport d’expertise de 2016 le montre. On a toujours eu de bons résultats, en qualité comme en quantité".

En parallèle de différentes actions, le CE avait lancé une procédure de droit d’alerte pour connaître les chiffres de la direction censés expliquer pourquoi l’usine de Vernouillet était écartée. En vain.

Aujourd'hui, une centaine d'emplois sont menacés sur les 120 de l'entreprise, dont on voit la route d'accès sur la carte ci-dessous.
 
Streetview :
 

Amende de 10.000 euros par jour de retard

Leur avocat, Me Ralph Blindauer, avait donc déposé un recours en référé. La direction de l’usine avait été convoquée devant le tribunal de grande instance de Chartres. Et la justice a donc donné raison aux salariés puisqu’elle vient de condamner la société à une amende symbolique pour "résistance abusive".

Il la contraint surtout à transmettre l’ensemble des documents réclamés par les salariés, qui pourraient constituer une base pour contester devant le tribunal le choix du site allemand.

Konecranes a 31 jours pour produire les documents. Si au-delà de ce mois, la société n’a toujours rien fourni, elle écopera d’une amende de 10.000 euros par jour de retard. 

Pour l’avocat des salariés, cette décision du tribunal "était logique, courue d’avance", mais elle reste "une victoire importante", car ces documents "vont révéler le lot de mensonges" de la direction envers l’ensemble du personnel. "On est en train de semer un vent de panique", se félicite Me Blindauer.
 

"Prêts à payer l'amende" 

Dans un communiqué de la direction, celle-ci affirme : "nous allons coopérer afin de fournir les documents requis [...]. Nous avons d’ores et déjà fourni la majorité des pièces demandées par le Comité d’Entreprise et mettrons tout en œuvre afin de présenter, dans la mesure du possible, les documents restants."

Malré ce message d'apaisement, tous sont persuadés que la direction de Konecranes ne s’exécutera pas et ne communiquera pas ces pièces. "La direction a en effet déjà envoyé des pièces à l’expert-comptable du CE, décrypte José Pereira, secrétaire du CE, mais ce sont des documents que l’expert avait déjà". Et "une partie de ce qu’ils refusent de donner a soi-disant été perdue", renchérit-il.

D’après Me Ralph Blindauer, les dirigeants "ne veulent pas donner les documents principaux, ils seront prêts à payer l’astreinte" de 10.000 euros par jour.
 

Une procédure engagée en Finlande

Alors les salariés et leur avocat ne comptent pas s’arrêter là. "On a déjà lancé une procédure en Finlande auprès de l’Ombudsman, l’équivalent du défenseur des droits en France. On va également déposer avant la fin du mois une procédure judiciaire en Finlande", explique Me Ralph Blindauer, qui va s’appuyer pour cela sur un confrère finlandais.

Konecranes est en effet un groupe finlandais, dont le siège se situe à une cinquantaine de kilomètres au nord d'Helsinki, comme on le voit sur la vidéo ci-dessous. 23 salariés habillés en sans-culottes avaient d'ailleurs manifesté devant, fin mars.
 


Pour les membres du CE, l’impression est unanime : "leur but, c’est de fermer le site". "A chacune de nos propositions, la réponse est 'non' : rapatrier de l’activité à Vernouillet ? C’est 'non'. Trouver un repreneur ? 'Ce n'est pas possible'", se désespère le secrétaire du CE. Un CE qui est lui-même "en contact avec quelques repreneurs, révèle Stéphane Rault, des gens sérieux qui pourraient venir. Mais ce qui nous inquiète, c’est que la direction ne joue pas le jeu". 

De son côté, le directeur général Konecranes France assure pourtant que la priorité du groupe "reste de trouver des solutions pour l’avenir de nos salariés". "Ainsi, nous poursuivons activement la recherche d'un repreneur", détaille-t-il. "Nous sommes en contact avec différentes entreprises et nous continuons à travailler sur le projet en accord avec le plan initialement défini."
 

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