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Municipales 2020 : fusions, retraits, maintiens… Le point sur les listes en Eure-et-Loir

En Eure-et-Loir, 11 communes vont organiser un second tour le 28 juin pour élire leur maire. Parmi elles, Châteaudun, Dreux et Nogent-le-Rotrou. Après la date limite de dépôts de candidature, toutes ont vu leurs forces en présence bouleversées, entre fusion, retrait et maintien des listes.

Les mairies de Dreux, Châteaudun et Nogent-le-Rotrou, en Eure-et-Loir. Photo d'illustration
Les mairies de Dreux, Châteaudun et Nogent-le-Rotrou, en Eure-et-Loir. Photo d'illustration © France Télévisions / Google Maps

Châteaudun, Dreux et Nogent-le-Rotrou partagent un point commun juste avant ce second tour des municipales : leurs maires historiques s'en vont, après 25 à 31 ans au pouvoir. Qui pour prendre la suite d'Alain Venot, Gérard Hamel et François Huwart ? Nous avons choisi de vous présenter ces trois principales villes d'Eure-et-Loir par ordre d'inscrits sur les listes électorales, de celle qui en compte le plus à celle qui en compte le moins.
 

Dreux : l'union sacrée face à l'héritier de Hamel

Ils étaient 10 listes au départ, quatre candidats en ballottage le soir du premier tour, et ils ne sont aujourd'hui plus que deux :

Particularité de cette dernière : elle a fusionné sa liste initiale (DVD) avec celles des deux autres candidats en ballottage, Valentino Gambuto (PS-alliés) et Maxime David (LREM). Chacun y a intégré un tiers de son équipe du premier tour.


Une alliance contre nature ? Pas pour les intéressés, même si pour Valentino Gambuto, "cette décision a été assez difficile à prendre." "Ma liste, très majoritairement, voulait qu'on fasse cette alliance. Cela faisait plusieurs fois [lors des précédentes élections, NDLR] qu'on refusait des fusions, et là il y a le sentiment qu'il y a un moment historique pour inverser la situation."

Historique car le maire sortant Gérard Hamel (LR) qui ne se représente pas est au pouvoir depuis 1995. "On est une ville parmi les plus pauvres de France malgré les centaines de millions d'euros qui ont été apportés par les gouvernements successifs, déplore le socialiste, 2e sur la liste "Unis pour Dreux".

"Il y a une paupérisation qui augmente et des gens qui continuent à décider dans leur coin depuis longtemps." Sous-entendu : le maire sortant et ses collaborateurs. Or, Valentino Gambuto et les deux autres candidats affirment tous trois vouloir changer le mode de gouvernance et ne "pas avoir de différence notoire entre les programmes". Maxime David parle de "convergences sur des points importants" comme "un plan de santé digne de ce nom" ou "un plan de relance économique".
 


"On ne renie pas nos idées, on a des valeurs communes fortes centrées sur Dreux et l'intérêt général qu'on a mis au-dessus de tout, insiste le candidat d'En Marche, désormais 4e sur la liste. On offre aux Drouais ce choix très clair : la continuité d'un système qui a montré son échec, ou un changement."

Mais un électeur socialiste qui avait voté pour l'équipe soutenue par le PS va-t-il se retrouver dans une liste aussi large, avec une candidate divers droite et un membre LREM ? "C'est sûr, concède Michaële de La Giroday. Mais à nous de les convaincre que l'union fait la force et fait l'intelligence collective." Elle affirme par ailleurs que cette fusion a été demandée par les habitants de Dreux pendant le confinement : "Ils nous ont interpellés sur le fait d'unir nos forces pour proposer un projet novateur qui soit vraiment une réponse à la crise que nous allons voir."
 


Répondre à la crise économique liée au Covid-19, Pierre-Frédéric Billet en a fait aussi sa priorité et reste très serein face à cette union sacrée. "On a besoin d'une équipe sérieuse pour gérer la ville, avec un vrai projet. En l'occurrence on est les seuls à le proposer, puisque quand trois équipes arrivent à s'asseoir sur leurs convictions et leurs programmes, c'est que visiblement ils sont prêts à tout pour gagner. Les électeurs ne sont pas dupes", tacle le candidat soutenu par Gérard Hamel.

La continuité qu'il incarne ne lui semble pas un handicap : "on respecte ce qui a été fait pendant 25 ans. Dreux a énormément investi tout en maîtrisant l'endettement de la ville. On est deux fois moins endettés que la moyenne nationale sur les villes de même catégorie. Donc le bilan est extrêmement bon.
 


Mais il promet aussi des changements : "il y a une rupture de génération. Et programme est aussi en rupture pour que Dreux saute une nouvelle étape. On sent qu'il y a de nouveaux besoins, de nouvelles tendances qu'on a pris en compte et on propose un projet global."

 

Châteaudun : l'incertitude

Dans le Sud du département aussi, c'est une page qui se tourne. Alain Venot, 73 ans, a porté l'écharpe tricolore de 1983 à 2008, puis de 2014 à aujourd'hui. Pour le remplacer, quatre candidats au premier tour qui ne sont finalement plus que trois :

Jérôme Philippot reste le chef de file de la nouvelle liste, et Philippe Duprieu 7e. Ils ont fusionné leurs deux équipes en respectant les résultats du premier tour à la proportionnelle, soit 18 membres de la liste de Jérôme Philippot et 15 de celle de Philippe Duprieu.

Pourtant, la fusion n'était pas à l'ordre du jour au lendemain du premier tour. "On n'était pas mûrs pour cela, se justifie Philippe Duprieu, arguant que très peu de temps s'était écoulé. Mais il s'est avéré évident que si on partait chacun de notre côté, on n'obtiendrait pas de résultat positif pour contrer M. Verdier, notre opposant. Il serait préjudiciable pour Châteaudun de l'avoir comme maire."

"Ce n'est pas du carriérisme, je n'ai plus l'âge de cela, poursuit ce candidat déjà engagé dans la vie de la commune puisqu'il est le 4e adjoint au maire en charge du développement économique. Je fais cela car j'espère avoir depuis six ans porté un service honorable aux Dunoises et Dunois et j'espère continuer à le faire."


Face à cette nouvelle équipe qui veut lui faire barrage, Fabien Verdier n'a pas d'inquiétude. "On a la dynamique avec nous, les soutiens sont là et le 'tout sauf' ne fait pas un programme." Il affirme par ailleurs que "beaucoup de personnes au cours de cette fusion sont parties. Certains nous ont rejoints, nous soutiennent.

Lui compte bien remporter ces élections avec son équipe : "Beaucoup de Dunois ont manifesté un fort désir de changement et il faut maintenant que l’essai soit transforméNous sommes prêts, on travaille depuis 6 ans."

 

L’enjeu est de faire renaître Châteaudun. C’est maintenant ou jamais.


Le troisième homme, Christophe Seigneuret, n'a pas voulu fusionner ni rentrer dans la "tambouille politique". "Depuis que j'ai déclaré ma candidature en juillet 2018, je reste sur une seule et même ligne, avec un projet clair, précis, honnête. Je me vois mal avec mon équipe aller devant les électeurs et leur dire : 'il faudrait barrer la route à untel en m'alliant avec un autre' et au final trahir nos électeurs.

Je veux me regarder dans un miroir après le second tour. 


"Evidemment, on va à une élection pour la gagner.​​​​​​, poursuit-il. On a créé la surprise. Je crois sincèrement que l'on peut gagner en ayant un programme clair, un discours clair qui n'a pas changé depuis le début."

 

Nogent-le-Rotrou : une dynastie Huwart ?

 

A l'instar de Dreux, Nogent-le-Rotrou voit se profiler un duel entre héritage et rupture :

Or, au soir du premier tour, ils étaient trois à être en ballottage et à pouvoir se présenter au second tour. Ce troisième candidat, Bernard Monguillon, et son équipe ont préféré se retirer de la course à la mairie.
 
Au-delà de la crise sanitaire et du taux d'abstention élevé qui en a découlé le 15 mars dernier, la tête de la liste "Le Forum pour Nogent-le-Rotrou" reconnaît que le résultat obtenu était décevant : "Nous sommes loin de l'objectif que l'on s'était fixés qui était d'aller au second tour avec une vraie chance de l'emporter." Une chance qui lui semblait trop mince avec le score de 21,04 %. "Nous étions une liste nouvelle avec des personnes nouvelles donc cela ne nous a pas aidés."

La liste citoyenne a alors fait le choix radical de se retirer. "S'il y avait eu trois listes, le second tour aurait été la même chose que le premier, sauf que le premier candidat aurait conforté son avance, le 2e aurait récupéré une partie des voix du 3e, c'est souvent ce qu'il se passe. Pour nous la démocratie c'est la possibilité d'une alternance, donc les Nogentais auront le choix entre ces deux listes en lice."

Quant au choix de la fusion qui s'est fait dans d'autres villes, l'équipe du Forum l'a rejeté à une large majorité. "On ne portait pas tout à fait les mêmes valeurs que les autres listes, ou on n'avait pas forcément les mêmes idées", explique Bernard Monguillon.

"On ne fusionne pas les équipes comme ça, car il y a une logique qui s'est construite, une façon de penser, une cohérence d'équipe, insiste-t-il. Je ne dis pas qu'un jour, je ne serais pas pour une fusion dans d'autres circonstances. Mais ce n'était pas dans notre état d'esprit. Pour moi, si on avait dû fusionner, il aurait fallu le préparer avant et en parler avec les électeurs."

Pascale de la Souancé partage d'ailleurs cet avis : "On a la même logique, on a un véritable esprit d'équipe et je ne me voyais pas dire à des personnes : 'merci, au revoir'. Tout le monde s'est engagé."

"S'il s'est retiré, c'est vraiment pour laisser une chance à cette alternance qui est quand même souhaitée par beaucoup de personnes, ajoute-t-elle. Au premier tour, il y a 54 % d'électeurs qui ont voté pour une autre liste que celle de la majorité sortante.

Une opposition nette entre les deux listes restantes, c'est aussi ce que retient Harold Huwart, mais en insistant sur l'écart entre ses résultats et ceux de Pascale de la Souancé : "C'est la décision la plus respectueuse vis-à-vis des électeurs qui ont leur libre-arbitre. Personne n'est propriétaire de ces voix. Pour le second tour, il y aura un choix clair entre la liste de rassemblement que je conduis, avec des élus de la majorité, de l'opposition et des responsables associatifs ; et une liste d'opposition systématique qui a été largement désavouée au premier tour."

La liste "Le Forum pour Nogent-le-Rotrou" donnera par ailleurs une conférence de presse ce vendredi 5 juin, pour évoquer le second tour et les mois à venir.

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