Réforme des retraites : un député d'Eure-et-Loir saisit la HATVP pour examiner l'influence de la société BlackRock

Olivier Marleix lors des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale, en mai 2019. / © JACQUES DEMARTHON / AFP
Olivier Marleix lors des questions au gouvernement, à l'Assemblée nationale, en mai 2019. / © JACQUES DEMARTHON / AFP

Lundi 16 décembre, Olivier Marleix, député d'Eure-et-Loir, a saisi la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique afin d'examiner l'influence de la société BlackRock dans la réforme des retraites. Saine initiative ou "coup de com'", les réactions divergent.

Par Sophie Maréchal

Une série de recommandations a été transmise au gouvernement par le plus grand fonds de pension au monde, en juin 2019, soit juste avant la publication du rapport de Jean-Paul Delevoye sur le régime de retraite universel. 

L'information a été révélée par l'Humanité et Médiapart, et elle a poussé le député Les Républicains de la 2ème circonscription d'Eure-et-Loir, Olivier Marleix, à saisir la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique afin d'examiner plus avant l'influence du gestionnaire d'actifs financiers BlackRock sur le nouveau projet de retraite. 
  

Black Rock n'a fait figurer aucune activité de lobbying au moment de la loi Pacte [adoptée en avril et promulguée en juin 2019, ndlr], qui a déjà profondément modifié le régime d'épargne de retraite,

souligne Olivier Marleix. "Je demande que la Haute Autorité fasse la lumière sur l'influence de cette société dans la réforme des retraites, qui va permettre à la capitalisation de prendre désormais une ampleur importante."


Un fonds de pension aux velléités d'expansion

Avec 6960 milliards d'actifs à gérer, la multinationale américaine fait figure de numéro un mondial dans son domaine. Depuis la crise de 2008, son influence ne cesse de croître, à tel point que la Banque centrale européenne (BCE) et la Réserve fédérale américaine (FED)  font appel à elle pour évaluer les banques. Selon Médiapart, des liens entre le co-fondateur et président de la firme, Larry Fink, et Emmanuel Macron se serraient tissés dès avril 2017. 

A en croire la note publique transmise au gouvernement et disponible sur le site de BlackRock, le fonds de pension regretterait effectivement que son activité soit moins développée en France que dans d'autres pays : "Fin 2017, seuls 130 milliards d’euros avaient été collectés dans ces produits, ce qui est décevant par rapport à l’épargne déposée en liquidités (1.500milliards d'euros) [...]. Il en résulte un manque de diversification et de performance financière dans un contexte de taux d'intérêts peu élevés et, comme le gouvernement français l'a souvent souligné, une incapacité de l'épargne domestique à financer l'économie, contrairement à la situation d'un grand nombre de pays dans le monde".
 

La semaine précédente déjà, Olivier Marleix accusait le gouvernement d'avoir donné "trois milliards d'euros aux fonds de pension" avec l'instauration de la réforme par points. "Les Français l'ignorent, mais une partie de la réforme a déjà été votée dans la loi Pacte, a-t-il lancé devant l'Assemblée nationale, mercredi 11 décembre. Et depuis un mois, votre gouvernement a autorisé le géant des fonds de pension américain a collecté directement la retraite privée des Français. Si la réforme va à son terme, les affaires de BlackRock prendront donc un formidable essor en France."
 


"C'est de la politique poubelle"

"Énième bouffonnerie complotiste de l'opposition", peste Guillaume Kasbarian, député LREM de la 1ère circonscription d'Eure-et-Loir. "Je ne suis pas surpris, reprend l'élu. C'est de la politique poubelle.

L'opposition essaie de faire peur alors que le régime de retraite reste à 100% par répartition, il ne passera pas à un système de capitalisation. Je ne comprends absolument pas le fond de son discours.

 

Si les esprits s'échauffent sur la marge de manoeuvre laissée par le nouveau système à la capitalisation - marge qui semble tout de même bien réelle si l'on rappelle, comme le fait l'Humanité, que jusqu'alors les retraites par répartition permettaient de cotiser jusqu'à 27.000 euros de salaire mensuel, tandis qu'avec la réforme l'assiette de salaire ne dépassera pas 10.000 euros par mois, laissant un espace supplémentaire pour la capitalisation aux Français les plus aisés - tous semblent néanmoins d'accord sur une chose : l'irrégularité de la situation de Black Rock, qui n'a pas déclaré ses activités de lobbying auprès de la HATVP. 


"Il y a possiblement une infraction et nous sommes inquiets"

"Ce fonds de pension s'est comporté comme un groupe d'intérêt et a approché le gouvernement, souligne Eric Alt, vice-président de l'association Anticor. Comme tous les groupes d'intérêt, cette société aurait dû se déclarer à la HATVP mais elle ne l'a pas fait, donc il y a possiblement une infraction et nous sommes inquiets, car l'influence de ce groupe mérite d'être connu." 
 

Même son de cloche du côté de Guillaume Kasbarian, qui rappelle son engagement pour la transparence de la vie publique : "Tous les acteurs doivent déclarer leurs activités de lobbying. Si certains ne l'ont pas fait c'est une faute. Personne ne doit y échapper".

Cette nouvelle saisine de l'autorité administrative indépendante intervient le jour même de l'annonce de la démission du Haut-Commissaire aux retraites, Jean-Paul Delevoye. Après avoir omis de déclarer une dizaine de mandats dans sa déclaration d'intérêts, celui-ci devrait comparaître devant les magistrats. "Ce repentir politique n'efface rien de ce qui a été fait, ou plutôt de ce qui n'a pas été fait, argue le vice-président d'Anticor. La Haute autorité a été saisie et la procédure sera retransmise au parquet."


 

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