L'Homme et la Loire : de nouvelles activités économiques encadrées par l'Etat

La Région Centre Val de Loire compte 12 pêcheurs professionnels / © Marine Rondonnier - France 3 CVDL
La Région Centre Val de Loire compte 12 pêcheurs professionnels / © Marine Rondonnier - France 3 CVDL

Un siècle après les derniers transports de marchandises, une nouvelle économie fluviale se développe sur la Loire. Pêche, batellerie, bivouac... Quelles activités ? Quel cadre légal ? La Loire appartient à l'Etat qui gère le domaine public fluvial. L'objectif : préserver l'environnement. 

Par Marine Rondonnier

Je propose un moment de partage sur la Loire. Le bivouac et le canoé permettent de prendre ce temps nécessaire pour mieux connaître le fleuve

Jean-François Souchard est photographe et guide de canoé sur la Loire et le Cher depuis 10 ans. Il emmène une cinquantaine de personnes par an en vagabondage sur le fleuve sauvage et sur des îles où il est toléré de bivouaquer. "Evidemment il ne faut pas couper d'arbre ni arracher de plantes. Pour faire le feu, c'est uniquement avec du bois mort. L'idée est de laisser l'île plus propre que lorsqu'on est arrivé. "
 

Jean-François Souchard organise des bivouacs sur les îles de la Loire depuis 10 ans. / © Marine Rondonnier-France 3 CVDL
Jean-François Souchard organise des bivouacs sur les îles de la Loire depuis 10 ans. / © Marine Rondonnier-France 3 CVDL

Que dit la loi sur les bivouacs ? 

Le bivouac est un campement provisoire et léger, d’une nuit maximum, du coucher au lever du soleil.
Les bivouacs sont tolérés sur les îles de la Loire en amont de Tours.
En aval, dans le Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, il est formellement interdit de s'arrêter, camper, ou allumer un feu... 
La réglementation stipule que : " Sur le domaine public fluvial, le bivouac (sous tente, pour une seule nuit, du coucher au lever du soleil) n’est autorisé que sur les plages ou grèves accessibles à pied sec, non soumises aux Aires de Protection de Biotope et dans les endroits prévus à cet effet. Le bivouac est interdit dans les sites classés."
 
Le bivouac permet de contempler la Loire aux plus belles heures. / © Marine Rondonnier-France 3CVDL
Le bivouac permet de contempler la Loire aux plus belles heures. / © Marine Rondonnier-France 3CVDL

3ème génération de pêcheur

Pour contempler la Loire au lever du soleil, une autre solution : la pêche avec un professionnel. Sylvain Arnoult est la troisième génération de pêcheurs. Il est le seul professionnel à plein temps du Loir-et-Cher.

Sa philosophie : pêcher ce que la Loire veut bien lui donner et de façon raisonnée. " Le but n'est pas de vider la Loire. J'ai des enfants. Je pense à eux. Je pêche des poissons que la plupart des gens ne transforme pas comme le silure, le chevesne, l'aspe, les poissons blancs. Ensuite, je les transforme en terrines ou en vends à mon ami et chef Christophe Hay (NDLR : " la Maison d'à côté "2 étoiles au guide Michelin) qui partage ma façon de voir les choses.
 
Sylvain Arnoult pêche 9 mois par an dans le Loir-et-Cher et transforme tout ce qu'il pêche. / © Marine Rondonnier-France 3 CVDL
Sylvain Arnoult pêche 9 mois par an dans le Loir-et-Cher et transforme tout ce qu'il pêche. / © Marine Rondonnier-France 3 CVDL

Que dit la loi sur la pêche en Loire ? 

Sylvain Arnoult a trois lots sur la Loire ce qui lui permet de pêcher sur 20 kms. 

La région Centre Val de Loire compte une douzaine de pêcheurs professionnels.
Pour avoir le droit de vendre le fruit de sa pêche, il faut obtenir un bail de pêche qui permet d'accéder à des lots. 

Le métier de pêcheur professionnel est strictement réglementé. Les droits de pêche et de commercialisation sont délivrés par un service gestionnaire dans certaines conditions, comme la présentation d'un projet d'entreprise pluriannuel, la réponse à certaines formalités administratives, et la preuve des qualités requises.

Pour obtenir un droit de pêche, il faut d'abord contacter le service gestionnaire compétent, Direction départementale des territoires (DDT), Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM), Voies navigables de France (VNF), collectivités locales, antennes locales du ministère de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie…
 
Sylvain Arnoult vient de pêcher un silure de 35 kgs, poisson présent en abondance dans la Loire. / © Marine Rondonnier -France 3 CVDL
Sylvain Arnoult vient de pêcher un silure de 35 kgs, poisson présent en abondance dans la Loire. / © Marine Rondonnier -France 3 CVDL
 

Les obligations du pêcheur professionnel

Dès que le pêcheur a obtenu son ou ses lots, ou sa licence, il doit alors s'inscrire au Centre de formalités des entreprises (CFE) des chambres d'agriculture, puis à la Mutualité sociale agricole (MSA).
Vient alors le moment de l'inscription à l'association des pêcheurs professionnels (AAPPED) du lieu d'activité. Le coût de l'adhésion comprend les cotisations à l'AAPPED et au Conapped ainsi que le montant de la redevance versée à l'agence de l'eau.

Selon l'article R434-40 du Code de l'environnement, l'adhésion à l'association agréée de pêcheurs professionnels en eau douce est subordonnée à l'engagement par le demandeur (uniquement le pêcheur professionnel d'origine fluviale) :
- de participer à la gestion piscicole et de tenir un carnet de pêche
- de consacrer au moins 600 heures par an à la pêche professionnelle en eau douce

La pêche aux saumons, truites de mer, anguilles argentées ou écrevisses (autres qu’américaines ou de Louisiane) y est interdite toute l’année.

La vente et l’achat de tout produit de la pêche amateur sont interdits, de même que le colportage, la vente ou l'achat de grenouilles vertes ou rousses.
 
En 2018, près de 200 000 personnes ont découvert la Loire en bateau-promenade dans la région CVDL / © Marine Rondonnier -France 3 CVDL
En 2018, près de 200 000 personnes ont découvert la Loire en bateau-promenade dans la région CVDL / © Marine Rondonnier -France 3 CVDL
 

La batellerie de Loire en pleine expansion 

Dans la région Centre-Val de Loire, le nombre de bateaux a augmenté d’une vingtaine d’unités depuis 2016.
Ainsi en 2018, près de 200 000 passagers ont été transportés en région à bord de bateaux-promenade. 

Au-delà de la batellerie traditionnelle de Loire, c’est l’ensemble du tourisme fluvial qui profite d’un contexte favorable. Cela s’est traduit par une forte progression de la fréquentation des bateaux-promenades entre 2014 et 2017 (derniers chiffres connus), qui a progressé de 24% en nombre de passagers.

La répartition spatiale des projets sur l’axe ligérien confirme une forte prédominance des structures de batellerie en Touraine qui concentre plus de la moitié des projets ( 12 projets/ 20 retenus ) puis sur le Loiret  (5/20), 2 en Loir-et-Cher et un dans le Cher.

La flotte s’est également modernisée (généralisation de la coque en métal avec un habillage bois) et rajeunie, tant pour les associations que pour les entreprises de batellerie.
 
Un nouveau concept : l'apéro - bateau sur la loire / © Marine Rondonnier-France 3 CVDL
Un nouveau concept : l'apéro - bateau sur la loire / © Marine Rondonnier-France 3 CVDL
 

Que dit la loi sur la navigation ? 

La Loire n'est plus une voie navigable depuis 1957. Le dernier transport de marchandises date de 1918. 
  • Elle fait partie du domaine public fluvial
  • La Loire n'est pas une infrastructure de transport
  • Aucun entretien n'est fait pour assurer sa bonne navigabilité
Toutefois elle peut être naviguée pour le transport de passagers :
25 personnes maximum, 10km/h max pour traverser agglo, 20KM/h max le reste du temps. 

Il faut demander autorisation auprès de la Direction départementale des territoires. 

La navigation s'effectue aux risques et périls des usagers.

La DDT gère la partie domaniale en délivrant des autorisations d'occupation temporaire, ce qui pour les bateaux se traduit par des autorisations d'amarrage. La DDT demande aux pétitionnaires à ce que leur bateau soit en règle sur le plan administratif (certificat de bateau). Ces démarches concernant les bateaux sont à effectuer à la DDTTM ( 44) ( Pays de la Loire). 
La batellerie de Loire en pleine expansion au port de Chaumont-sur-Loire / © Marine Rondonnier- France 3 CVDL
La batellerie de Loire en pleine expansion au port de Chaumont-sur-Loire / © Marine Rondonnier- France 3 CVDL

Enquêtes de région : "La Loire, notre ADN" mercredi 11 septembre à 23h15

Dans leur magazine Enquêtes de région qui sera diffusé sur France 3 Centre-Val de Loire ce mercredi 11 septembreà 23h15, Des Hommes et la Loire, la nouvelle histoire d'amour, Marine Rondonnier, Grégoire Grichois et François Belzeaux vous embarquent à la rencontre de ces hommes et ces femmes qui relancent l'activité sur la Loire.

Pêcheur professsionnel à Montlivault, salariés en insertion sur un chantier naval dans le Loir-et-Cher, bivouac sur une île près d'Amboise, balade en canoé, apéro-bateau à Chaumont-sur-Loire, c'est un dépaysement garanti pendant treize minutes. 
 


 

Le dernier transport de voyageurs sur la Loire date de 1840

De la préhistoire jusqu'au milieu du XIX ème siècle, la Loire est un important axe de navigation et de transport de marchandises et de personnes. 

Florissant jusqu'au XVIII ème siècle, le trafic ligérien est d'abord altéré par l'amélioration de l'état des routes, puis par l’arrivée du chemin de fer.
Le débit irrégulier du fleuve limitait fortement la circulation, en particulier la remontée de celui-ci, qui pouvait être cependant aidée par le halage des bateaux. Le trajet Orléans-Nantes dure deux jours et la remontée trois. En amont, le bateau pouvait rejoindre Nevers en deux jours supplémentaires.

L’arrivée du rail, aussi pratique, beaucoup plus rapide et moins cher que le bateau, signe la fin des transports fluviaux. 
Les derniers passagers emprunteront la Loire à la fin des années 1840 et les dernières marchandises seront transportées sur le fleuve royal en 1918.

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