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“L'idée, c'était d'aller chercher les jeunes qui s'en foutent” : Accropolis, chaîne Twitch dans la jungle politique

François Malaussena, commentateur politique chez Accropolis. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
François Malaussena, commentateur politique chez Accropolis. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

Née en 2015, la chaîne Accropolis décrypte la politique pour les jeunes et les désintéressés. Un magma qui mêle jeu vidéo, jeu politique et débat public. Et ça marche. 

Par Yacha Hajzler

14h30, François Malaussena s'installe devant ses deux écrans et son fond vert, mug Karl Marx à la main. Autour de lui, le studio est encombré du matériel utilisé pour la soirée électorale des européennes. Sur les étagères, des livres : "Tous les modèles de discours pour les élus" , "Je vote ou pas", "Ces grands discours qui ont changé le monde". Et des bibelots : personnages de Mario, skateboard bleu république, et même les buzzers du Burger Quizz déposés sur une écharpe tricolore. 
 
Le décor du studio Accropolis qui sert à l'émission Questions au Gouvernement. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Le décor du studio Accropolis qui sert à l'émission Questions au Gouvernement. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
 

Bonjour internet, bienvenue en politique


Nous sommes dans les locaux d'Accropolis, une chaîne de streaming qui se consacre depuis 2015 à la vulgarisation politique. Cet après-midi, François Malaussena anime son émission sur les Questions au Gouvernement. "Le but est d'avoir des éléments de biographie intéressants à relever à l'instant T, pour comprendre pourquoi est-ce-que tel député pose telle question aujourd'hui ? C'est la première clé de compréhension. Le deuxième, c'est comment ça réagit en face. Les applaudissements, les huées, les sourires, les non-dits dans l'hémicycle, c'est des choses très importantes" explique Jean Massiet, le fondateur d'Accropolis. 

"Là, le ministre, il tend la main aux écolo. Il répond à la question mais sans oublier le clin d'oeil : EH LES VERTS EH" décrypte à l'instant François Malaussena.
 
A la perpendiculaire de ses écrans, au bord d'une étagère, la bande dessinée Quai d'Orsay. Sans doute plus qu'une coïncidence. Car en 2015, Jean Massiet, comme le personnage de la BD Arthur Vlaminck, est conseiller au sein d'un cabinet ministériel. Plus précisément, il est la plume de la ministre Marisol Touraine. Survient un événement dont tout le monde se souvient : les attentats chez Charlie Hebdo. 

"C'était très particulier, très émotionnel, mais aussi un moment de réflexion un peu profonde où tout le monde s'est un peu demandé qu'est-ce qu'on foutait, dans quel pays on vivait, pourquoi on se comprenait plus..? revit l'entrepreneur. Ça a rejoint ce que je constatais déjà, c'est-à-dire que les jeunes et la politique, y'avait un truc qui se faisait pas. Pourtant je bossais dans la politique, et je me considérais encore comme jeune à l'époque. Je me suis dit que si je pouvais être utile, c'était en raccrochant un peu les ponts."

A force de cogiter sur son concept, il trouve là où on ne s'y attend pas des modèles de vulgarisation : les commentateurs de jeu vidéo, qui commencent alors à gagner leurs galons sur internet. "J'ai vu des gens avec des moyens assez simples mais beaucoup d'énergie réussir à rendre accessibles des jeux vidéos hyper compliqués, témoigne Jean Massiet, grand fan de ZeratoR. Je me suis dit que je pourrais faire pareil avec le jeu que je connais le mieux, le jeu politique."
 


"La région Centre était pionnière"


Accropolis, entièrement tourné vers le direct, débarque sur la plateforme vidéo Twitch. "L'idée c'était d'aller chercher les jeunes qui s'en foutent, qui aiment pas ça, qui cliqueraient jamais sur un lien qui leur parle de politique, et d'aller les chercher là où ils ne s'attendent pas du tout à entendre parler de politique. Sur une plateforme de jeux vidéos, c'est trop drôle, le décalage est génial !"

Massiet en rit encore. Il est banni de Twitch deux jours plus tard, parce que justement... c'est une plateforme uniquement dédiée au jeu vidéo. (Il y reviendra en fanfare quelques temps plus tard, on le précise). En 2016, Accropolis essaime tranquillement sur Youtube avec ses analyses des questions au gouvernement. Jean Massiet croise alors la route du vice-président du conseil régional de la région Centre-Val de Loire, Charles Fournier. Il est en train de monter le projet "La démocratie permanente" et cherche une équipe à même de le faire vivre. Jean Massiet se propose : c'est la naissance de l'émission Bouge ta démocratie, qui va suivre la tournée citoyenne en région Centre d'étape en étape. 

"Ça s'est terminé en apothéose avec le conseil régional. C'était la 1ère fois en France qu'une séance était commentée en direct sur internet. La région Centre était pionnière et on a eu des supers retours."
 


La politique à l'apéro


Aujourd'hui, Accropolis, c'est jusqu'à sept émissions hebdomadaires, deux gestionnaires à plein temps, quatre streamers, deux réalisateurs et une belle brochette de bénévoles et stagiaires. Il faut ajouter à cela quelque 28 000 fidèles sur Twitch, 25 000 sur Youtube, entre 15 et 35 ans. Fin de la session chiffre, car les chiffres, c'est pas sexy. Pas plus, d'ailleurs, que la politique, non ? 

"On a réussi à accrocher le public justement par un dispositif éditorial radicalement différent de ce qui existe, répond monsieur Massiet. Quand on demande aux jeunes pourquoi ils ne regardent pas les émissions politiques, il répondent tous la même chose. La politique, c'est chiant, c'est des vieux en costard, les sourcils sont froncés, on parle de sujets sérieux, c'est très jargonneux... C'est comme les jeux vidéos, quand on n'y connaît rien, on regarde ça avec des yeux ahuris en se disant : "vraiment, je pige que dale".
 
Jean Massiet, créateur d'Accropolis, sous son meilleur angle. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Jean Massiet, créateur d'Accropolis, sous son meilleur angle. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

Ton familier, tee-shirt et tutoiement, Accropolis sert la politique à l'heure de l'apéro et a capté comme ça son public. "Et on a une posture - qui était plutôt iconoclaste dans le paysage web à l'époque - de dire : on va parler de politique, sans donner notre opinion. On est ni neutres, ni objectifs, mais on essaie d'être honnêtes et sincères. Les gens savent qu'on n'essaie pas de les convertir à quoique ce soit, pas même au vote d'ailleurs. Des fois, ça nous est reprochés. Si vous allez pas voter, demandez vous pourquoi. Qu'est-ce qui ne vous plaît pas dans le système démocratique ? Discutons-en quoi !"
 

"On a eu un ministre qui a dit "Je ne sais pas"


A force de se diversifier et de se professionnaliser, Jean et ses associés ont finit par affronter directement ceux qu'ils analysent à longueur de semaine : les hommes politiques. Des sénateurs, comme l'élu PS du Loiret Jean-Pierre Sueur mais aussi dix ministres en un seul round pour un "debathon", et même Emmanuel Macron, interviewé par Hugo Travers. 
 

Un exercice inédit pour des hommes et femmes politiques qui, après des années de polissage destinés aux médias traditionnels, viennent s'essayer à une communication moins verticale. "Ils y arrivent pas, ils sont trop mignons ! moque gentiment Massiet. Ils font des efforts mais... la télévision et la radio sont vraiment les médias autour desquelles s'organisent les représentations politiques depuis 40 ans et ça se décrotte pas si rapidement."

Si certains restent enchaînés à leurs éléments de langage, l'équipe reconnaît de bonne grâce le naturel de quelques-uns. "Quand on a fait le debathon, on a eu un ministre qui a dit "Je ne sais pas" après une question. Pour un ministre, c'est hyper rare, un ministre ne dit pas qu'il n'a pas la réponse ! Nous on était contents, c'est ça qu'on cherche. L'interview classique est un exercice codé qui nous intéresse peu."

Décoder la politique et démonter ses codes, une mission sisyphéenne qu'Accropolis veut encore étendre. Prochaine étape pour les croisés de la vulgarisation : la création de chaînes régionales. Bonjour internet, bienvenue en politique. 

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