Indre-et-Loire : dans le Val d'Amboise, les habitants partagent les anecdotes les plus marquantes de leur vie

Le centre culturel de La Charpente, à Amboise en Indre-et-Loire, accueille en résidence l'écrivain François Beaune pendant deux ans. Sa mission : rassembler des histoires vraies d'habitants du territoire, pour transmettre la vie des Amboisiens aux générations futures.

François Beaune à Amboise.
François Beaune à Amboise. © La Charpente

Comment combattre l'oubli ? Ls livres d'histoires racontent les anecdotes des grands de ce monde et les conditions de vie des peuples. Les anecdotes de monsieur Tout-le-monde, elles, s'éteignent avec leurs raconteurs. Sauvegarder cette mémoire orale, c'est la mission que se sont fixée François Beaune et Isabelle Robert.

Depuis décembre 2020, François Beaune, écrivain, est accueilli en résidence par La Charpente, centre culturel associatif à destination des acteurs du spectacle vivant, situé à Amboise en Indre-et-Loire. Et rassembler des histoires, ça le connait : 

Entre décembre 2011 et mars 2013, je suis parti faire un tour de la Méditerranée avec un micro, pour qu'on me raconte des histoires dans plein de langues différentes. J'ai passé un mois dans un grand nombre de pays.

François Beaune

"Rassembler et rencontrer les gens"

Entre Marseille et Beyrouth en passant par Tunis, l'écrivain rassemble 1 500 histoires vraies -"la condition pour qu'une histoire soit vraie est que celui qui la raconte la croit vraie"- dont le travail d'archivage est toujours en cours. Il renouvèle ensuite l'expérience dans différents secteurs en France, comme dans le quartier de Chambéry-le-Haut, en Savoie.

C'est lors de l'une de ces collectes, organisée par la Scène nationale de La Roche-sur-Yon en Vendée, qu'il fait la connaissance d'Isabelle Robert, alors chargée de mission pour Familles Rurales 85. Ensemble, ils visitent nombre de familles du département, et François Beaune en tire un recueil sous forme de roman : Une vie de Gérard en Occident, plus tard monté en spectacle par Gérard Potier.

Depuis cinq ans, Isabelle Robert s'est installée en Touraine. "Avec François, nous avions créé des liens en Vendée, explique-t-elle. Alors nous avons voulu réitérer cette expérience dans le Val d'Amboise.

L'idée a tout de suite séduit La Charpente. Pour Anne-Laurence Badin, chargée de projet pour l'association, c'est "typiquement le projet qui permet de rassembler et rencontrer les gens, de faire un récit du territoire. C'est pile ce qu'on souhaite faire avec La Charpente".

L'histoire la plus marquante de votre vie

La communauté de communes du Val d'Amboise, c'est 14 communes et 28 0000 habitants. François Beaune espère recueillir le plus de témoignages possible de leur part, en leur posant une question : "Parmi les récits de votre vie, quelle est l'histoire la plus marquante que vous souhaiteriez transmettre au monde ?

© La Charpente

Une entreprise lancée en février dernier, et qui devait se traduire par des rencontres, des veillées, et des échanges entre les habitants. Confinement et couvre-feu sont passés par là, réduisant considérablement la capacité à rassembler.

"Dans l'idéal, on se retrouve autour d'un repas, on boit des coups, et on se raconte nos histoires", abonde Isabelle Robert, qui a dû annuler plusieurs évènements, pour mieux les reprogrammer.

Car les organisateurs ne manquent pas d'idées pour faire vivre la collecte : veillée au château d'Amboise, une autre à Saint-Règle, ateliers d'écriture avec François Beaune, rencontres avec les élèves du collège Malraux, paroles d'auditeurs via une radio locale... L'association Unis-Cités a également été sollicitée, pour que ses jeunes en service civique aillent recueillir les histoires des personnes âgées dont ils s'occupent.

Tout le monde peut participer

En attendant, l'initiative s'organise avec les moyens du bord, et dans le respect des règles sanitaires, comme le détaille la chargée de mission : "On se réunit à six, l'un se lance pour raconter une histoire, et ça encourage les autres à raconter les leurs et à échanger."

Tous ces récits enregistrés trouvent ensuite leur place sur un blog dédié, sous forme d'enregistrements audio, mais aussi de récits écrits. Chacun peut, en se rendant sur le site, livrer son témoignage sous la forme qu'il souhaite. Et, "à part les propos racistes ou problématiques", note l'écrivain, les histoires sont mises en ligne telles quelles. 

Et pour ceux qui ne peuvent pas passer par internet, des boîtes à lettres sont installées à la médiathèque, devant la librairie "La faute à Voltaire", et au syndicat d'initiative d'Amboise. 

A la date du 24 avril, 35 histoires avaient déjà trouvé leur place sur le site, après deux mois de collecte.

A la recherche de l'authentique

Mais, pour les deux moteurs du projet, rien ne vaut l'échange en face à face. Car les rencontres permettent à François Beaune et Isabelle Robert d'enregistrer directement la voix des habitants du Val d'Amboise. "Ca amène quelque chose en plus de pouvoir entendre la personne, dans sa langue, son patois, sa manière de parler, estime François Beaune. On essaie de faire du style en écrivant et ça peut sonner faux. A l'oral, c'est du vrai."

L'idée est en effet de faire vivre la mémoire du quotidien. "Ce ne sont pas des histoires de vie, ce sont des petites choses qui sont arrivées", affirme Isabelle Robert, pour qui ces textes et enregistrement "permettent de se faire une idée des gens de la région en-dehors des châteaux". Un leg que les deux comparses souhaitent laisser aux générations futures...

... Mais pas que. Isabelle Robert et François Beaune veulent, avant tout, faire vivre ces histoires dans le présent, sous des formes très diverses et encore assez peu définies. Tous ces récits passent, dès leur publication en ligne, dans le domaine public. Il appartient ensuite à qui veut de se les approprier.

Objectif : 300 histoires en Val d'Amboise

Parmi ces projets d'appropriation, Isabelle Robert envisage "des balades en barques sur la Loire, avec des arrêts sur les îles où des comédiens interpéteraient les histoires", ou encore "des saynètes à créer en 48 heures par des comédiens et des metteurs en scène du département". 

Si François Beaune verra sa résidence d'artiste à Amboise s'achever fin 2022, le projet devrait perdurer après cette date. "On va garder le site ouvert", assure Isabelle Robert. Avant son départ, François Beaune espère recueillir au moins 300 histoires, pour dresser un portrait le plus exhaustif possible des 28 000 habitants du territoire. "Plus on en aura, mieux les habitants pourront se découvrir entre eux", glisse-t-il. 

Prochain rendez-vous pour les collecteurs : une veillée dans le château d'Amboise avec des vignerons le 6 mai prochain.

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