Chambre royale : à Chinon, en Indre-et-Loire, la dynastie Plantagenêt retrouve sa place au sein de la forteresse

Avec Henri II, Roi d'Angleterre et Aliénor d'Aquitaine, son épouse, la dynastie Plantagenêt a marqué l'histoire tourmentée de la forteresse royale de Chinon. Un nouvel espace lui est entièrement dédié, avec en point d'orgue, une reconstitution surprenante, mais très minutieuse de la chambre royale.

© Christophe Raimbault

Peu de temps après son mariage avec Aliénor d'Aquitaine, le comte d'Anjou Henri Plantagenêt hérite du trône d'Angleterre. Il devient, en 1154, le maître d'un empire qui s'étend alors de l'Ecosse aux Pyrénées. Et fait de Chinon sa capitale continentale :

"La forteresse de Chinon a pris une importance particulière à ses yeux, car elle était au centre de son empire continental, explique Marie-Eve Scheffer, responsable de la forteresse royale de Chinon. Il y a effectué de nombreux séjours, en a fait sa base arrière administrative, et y a entreposé une partie de son trésor, c'est-à-dire la trésorerie royale, un choix très significatif."

Pour ses besoins propres et ceux de son administration, Henri II Plantagenêt a aussi fait construire un vaste palais, dont il ne reste aujourd'hui que des vestiges (reconstitué dans l'histopad pour les visiteurs).

Construit par Henri II Plantagenêt, le palais du fort Saint-Georges se dressait à l'Est de la forteresse
Construit par Henri II Plantagenêt, le palais du fort Saint-Georges se dressait à l'Est de la forteresse © ADT Touraine / JC Coutand

C'était certes pour l'Angleterre, mais la dynastie Plantagenêt a bien consacré la destinée royale de Chinon :

"Ce lien entre les Plantagenêt et la forteresse de Chinon n'était jusqu'à présent pas suffisamment mis en avant dans notre scénographie, reprend Marie-Eve Scheffer. Et puisque, contrairement à d'autres châteaux de la Loire, la forteresse n'est pas un monument meublé, nous avons eu l'idée de reconstituer une chambre royale au XIIème siècle, celle des époux Henri et Aliénor."

Une chambre qui ne peut se trouver à son emplacement exact, puisque le palais des Plantagenêt a été détruit, mais dont l'aménagement a été conçu avec la plus grande rigueur.

© Stevens Frémont

"C'est un projet que nous avons envisagé sous un angle scientifique, pour obtenir la reconstitution la plus fidèle possible, précise la responsable du site. Nous avons travaillé avec des historiens et archéologues qui ont guidé nos choix, et ce sont des artisans d'art et des entreprises du patrimoine vivant qui ont été chargés de réaliser le mobilier et la décoration."

Une reconstitution très minutieuse

A titre d'exemple, le décor est peint à la façon du XII ème siècle, comme sur les fragments de murs retrouvés lors de fouilles réalisées sur le site du palais Plantagenêt.

Sur le lit, la courtepointe à motif de chasse au guépard s'inspire d'un fragment de tissu des XI et XIIèmes siècles conservé au musée Le Carroi à Chinon : la Chappe de Saint-Mexme. Et cette courtepointe est réalisée uniquement à base de lin et de soie sauvage, sans coton, comme au temps des Plantagenêt.

La même rigueur a présidé à la création du moindre petit objet (jusqu'au peigne d'Aliénor!) présent sur cette installation.

© Stevens Fremont

"Il n'existait pas jusqu'à aujourd'hui de chambre complète du XIIème siècle dans nos musées ou nos châteaux, poursuit Mme Scheffer. Au mieux peut-on trouver des reconstitutions de chambres du XVème, avec des meubles gothiques, foncés, un décor chargé...Ici, on est dans un registre très différent, presque contemporain, avec un mobilier sobre et clair, des touches de couleur. Cela va certainement surprendre les visiteurs."

Un couple royal heureux...à ses débuts

Un nid d'amour parfait pour un couple royal très uni, du moins dans les quinze premières années de leur mariage. Répudiée par le roi de France Louis VII, Aliénor d'Aquitaine épouse très vite, en 1152, Henri Plantagenêt. Ils vivent heureux...et ont beaucoup d'enfants, huit au total (dont Richard, le futur Coeur de Lion, successeur d'Henri II à la tête du royaume d'Angleterre).

Cela va se gâter par la suite, à partir de 1170, comme le rappelle Marie-Eve Scheffer :

"Henri II est un roi autoritaire, peu partageur, il ne veut déléguer aucun pouvoir à ses fils. Poussés par Aliénor, ceux-ci vont comploter contre leur père en s'alliant au roi de France. S'ensuit une fuite rocambolesque, Aliénor veut rejoindre la cour de son ancien époux, mais elle est rattrapée et mise en résidence surveillée à Chinon."

Aliénor d'Aquitaine, sera conduite par la suite en Angleterre, où elle restera sous surveillance, jusqu'à l'accession au trône de son fils Richard, qui la fera revenir au premier plan.

Le roi d'Angleterre est désormais bien seul, il mourra à la forteresse royale de Chinon en 1189 :

"Il meurt dans un grand isolement familial, abandonné des siens, après avoir été poussé à conclure une paix avec le roi de France, dite la trêve d'Azay-le-Rideau, peu avantageuse pour lui. Et il sera inhumé à l'abbaye de Fontevraud, non parce qu'il le souhaitait, mais parce que la météo caniculaire en ce mois de juillet 1189 ne permettait pas de transporter le corps plus longtemps..."

Echec et mat pour Henri II d'Angleterre
Echec et mat pour Henri II d'Angleterre © Stevens Fremont

Quant à la forteresse de Chinon, elle ne tardera guère à revenir dans le giron du royaume de France. Elle sera reprise en main par Philippe Auguste au début du XIIIème siècle, en 1205, après plusieurs mois d'un siège éprouvant. Et elle conservera sa dimension stratégique, par sa situation aux portes de l’Anjou, demeuré territoire des Plantagenêt.

 

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
châteaux de la loire culture patrimoine histoire