Initiative : une commune rurale réhabilite un hôtel-restaurant pour loger des apprentis

Dans le nord de l'Indre-et-Loire, la commune de Saint-Paterne-Racan a transformé les chambres d'un ancien hôtel-restaurant en logements pour les apprentis qui travaillent chez les artisans locaux. Une initiative qui permet à des jeunes d'être logés à prix très modérés tout près de leur entreprise.

La commune de Saint-Paterne-Racan avait déjà aménagé trois chambres au-dessus de la Poste. Ce sont cinq nouveaux logements qui viennent d'être mis à la disposition des apprentis. Cette fois, il s'agit du premier étage de l'ancien hôtel-restaurant fermé depuis 2018 situé sur la place de la République au cœur du village de 1650 habitants dans le nord Touraine. Une idée lancée par Eric Lapleau, le maire de Saint-Paterne-Racan. "Pour les artisans du secteur, le premier problème est le recrutement" constate Eric Lapleau.

"Derrière la problématique de l'emploi, il y a la problématique de la formation. Les entrepreneurs aiment former sur place dans leurs entreprises. Donc c'était stratégique de loger les apprentis d'autant plus qu'en milieu rural, il y a des problèmes de mobilité.

Saint-Paterne Racan est située à 35 kms de Tours et il n'y a que deux trains par jour. "On a obtenu un arrêt supplémentaire mais la mobilité ici reste un problème". 

Des loyers très modérés pour une colocation d'apprentis

Claire Clémenceau est une des jeunes qui va bénéficier de ce dispositif. À 17 ans, elle est apprentie pâtissière chez Taillepied, la boulangerie historique du village qui cherche un repreneur. "C'est très bien. Ça va me faciliter la vie parce que je n'habite pas ici." 

Le loyer est très modéré. Il s'élève à 230 euros. "On est indépendants, mais en même temps, c'est une forme de colocation. Ça va permettre de se connaître les uns les autres", s'enthousiasme Claire. 

Les loyers sont directement versés à la commune. 

"On ne devient pas hôtelier. On loue les chambres du premier étage sur le long terme", explique le maire. "Ça peut être des apprentis qui viennent travailler dans la zone d'activités du Vigneau mais aussi qui viennent se former à la Fabrique d'estime ou dans le cadre du Tiers lieu de compétences". 

Des logements accompagnés d'un restaurant de produits locaux 

Ce dispositif de logements à prix modérés pour les apprentis entre dans le cadre d'une réhabilitation complète du bâtiment. Au rez-de-chaussée, c'est un restaurant accès sur les produits locaux qui doit ouvrir au printemps. "Il y a quelques années, nous avions trois endroits pour nous restaurer. Aujourd'hui, il n'y a plus rien. C'est stratégique pour la commune", explique le maire de Saint-Paterne-Racan. 

Le restaurant prendra la forme d'une coopérative. "Les producteurs locaux seront coopérateurs sociétaires et les habitants, les salariés et la collectivité seront partie prenante de la coopérative", annonce Eric Lapleau. 

Coût de l'opération globale : environ 450 000 euros. La commune a été aidée par le Département pour acquérir le bâtiment, par l'État et dans le cadre de la Dotation d'équipements des territoires ruraux (DETR). Elle a aussi bénéficié du Fonds vert.  "Nous avons pu bénéficier du Fonds vert parce que les performances énergétiques du bâtiment sont bien meilleures qu'avant avec plus de 60 % d'amélioration en terme énergétique", précise le maire.  

Pour le reste, la commune a contracté un emprunt.

Les chambres et le restaurant meublés par la Fabrique d'estime 

Les trois chambres au-dessus de La Poste, les cinq chambres de l'hôtel, la salle commune pour les apprentis et le restaurant ont été meublés par la Fabrique d'estime installée dans un ancien hangar à pommes à Saint-Paterne-Racan. 

Incubée par l'association Valessens, cette manufacture récupère des meubles et matériaux soit en déchèterie soit aux encombrants soit par dons pour leur redonner vie grâce au design. Cela s'appelle le surcylage. "Notre spécialité est le bois", explique Aurélie Minois, designer responsable de la manufacture "La fabrique d'estime". "Nous travaillons avec des menuisiers et des designers pour reconcevoir ces meubles considérés comme des déchets". L'idée est de refabriquer de nouveaux meubles avec de nouvelles fonctions à partir de plusieurs meubles. 

Outre les chambres d'apprentis de Saint-Paterne-Racan, ces meubles sont destinés à équiper des chambres ou appartements d'étudiants, des restaurants ou encore des associations."Les meubles ne font pas plus de 200 kilomètres au total entre le point où ils sont récupérés et le point où ils sont retravaillés", tient à préciser Aurélie Minois.