Sophie Auconie tacle Marlène Schiappa : “Le Grenelle des violences conjugales ? Du blabla et du temps perdu”

Sophie Auconie, à l'Assemblée nationale. / © MAXPPP
Sophie Auconie, à l'Assemblée nationale. / © MAXPPP

Après que Marlène Schiappa a mis en place un Grenelle des violences conjugales en septembre, la députée de la 3e circonscription d'Indre-et-Loire, Sophie Auconie, juge la proposition insuffisante. Elle demande des mesures plus fortes.

Par Victor Lengronne

Sophie Auconie veut être entendue. La députée de la 3e circonscription d'Indre-et-Loire (UDI), co-rapportrice d'un rapport sur les violences faites aux femmes, a fait de ce sujet l'une de ses priorités. Quelques minutes avant une réunion à Paris avec la ministre de la Santé Agnès Buzyn où elle avait prévu d'évoquer ces questions mercredi 10 juillet, elle est revenue avec nous par téléphone sur le Grenelle des violences conjugales, annoncé par la secrétaire d'État chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, le 3 septembre. La députée tourangelle évoque sans détours les actions de la secrétaire d'État, qu'Auconie juge insuffisantes.

France 3 Centre - Val de Loire : Que pensez-vous du Grenelle des violences conjugales annoncé par Marlène Schiappa dimanche ?

Sophie Auconie : C'est décevant. La seule réponse que Marlène Schiappa apporte à la situation dramatique (76 féminicides depuis le début de l'année, NDLR), c'est un Grenelle avec des gens qu'on a déjà réuni des dizaines de fois avec à l'issue, des compte-rendus, des procès verbaux, et du blabla. Il aura lieu en septembre et les conclusions seront rendues en décembre. Du temps perdu...

Vous semblez déçue...

Avec Marie-Pierre Rixin (LREM), comme rapportrices d'un rapport (sur le viol et les violences sexuelles) au sein de la délégation aux femmes, on a fait 24 propositions, toutes remontées du terrain : de Suède, de Belgique, de Gonesse... Marlène Schiappa n'en a pas retenu une seule. Elle en a fait une réformette. J'ai cru en Mme Schiappa, je pensais qu'elle pourrait faire bouger les lignes. Mais elle n'est pas à la hauteur. Même si les députés LREM s'étaient rangés derrière son texte, ils étaient venus me dire de continuer à se battre et que nos propositions étaient justes.
 

D'autant qu'Emmanuel Macron en avait fait une des causes de son quinquennat...

Il avait déclaré en novembre 2017 que la lutte contre la discrimination et les violences faites aux femmes était l'un des piliers de son quinquennat. Il a libéré la parole des femmes par ces annonces de communication et c'est très bien. Ça a poussé les femmes victimes de violences à témoigner. Et dans le même temps, on a rien fait après. Et le nombre de féminicides a doublé. Pourtant, on sait ce qu'il faut faire...
 

Que faut-il faire selon vous ? 

D'abord, développer l'ordonnance d'éloignement du compagnon auteur de violences, à la réception de la plainte de la victime. Cet outil existe. Ensuite, le bracelet électronique pour les hommes violents. On doit en plus faire de la formation initiale pour ceux et celles qui reçoivent les victimes. Actuellement, seules trois heures sont prévues dans le cursus des médecins, ce qui est trop peu. Et les gendarmes et policiers sont formés seulement s'ils se portent volontaires... 

Enfin, on doit développer les Cauva (Cellule d'accueil d'urgences des victimes d'agressions) où il y a une convention entre l'hôpital de Bordeaux, le ministère de la Justice et celui de l'Intérieur. Dans la Cauva, le médecin accueille les victimes, puis les preuves de violences sont placées sous scellé dans une pièce spécifique pendant près de trois ans, le temps pour la victime de refaire sa vie et de déposer la plainte.

Ces mesures ne sont-elles pas trop coûteuses ? 

La formation ne nécessite pas beaucoup de moyens, au même titre que l'ordonnance d'éloignement. Pour les Cauva, c'est une convention à signer entre les trois parties (médicale, judiciaire, policière). Les bracelets électroniques, eux, sont coûteux.
 

Qu'allez-vous faire dans les semaines et les mois à venir à ce sujet ? 

Nous allons prochainement sortir une tribune, avec des députés d'autres groupes politiques, à destination de Marlène Schiappa et de Nicole Belloubet, la garde des Sceaux, pour dénoncer la situation. Il faut qu'on se mette en face de nos responsabilités. 

Nous devons mener des actions jusqu'à octobre et le vote du budget. Pour ces questions, notre budget est bien inférieur au budget espagnol (1 milliard sur cinq ans, NDLR). J'ai renvoyé mon rapport (avec les 24 propositions) à la secrétaire d'État. Nous allons mener une vraie offensive. Une question au gouvernement sera posée la semaine prochaine. 

Fabienne Colboc : "Ce Grenelle n'empêche pas de travailler"

Fabienne Colboc, députée de la 4e cirsconscription d'Indre-et-Loire, de la majorité présidentielle (LREM), a elle aussi réagi mercredi au Grenelle annoncé par Marlène Schiappa : "Ce Grenelle n'empêche pas de travailler. Il est le bienvenu pour trouver des solutions avec un espace de discussion formel. Il ne va pas contre la volonté d'avancer.

Après, il est difficile de trouver des solutions législatives efficaces pour lutter contre ce fléau, très difficile à éradiquer. La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a fait des propositions auxquelles j'adhère : le recours au bracelet anti-rapprochement, la multiplication des ordonnances de protection et l'élargissement du dispositif "Téléphone grave danger"."

 

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