Coronavirus : le médecin à l’origine de la plainte contre Philippe et Buzyn raconte et se dit « lanceur d’alerte »

Dr Emmanuel Sarrazin a été pendant 7 ans chef de service hospitalier à Saumur. Il exerce aujourd'hui à SOS Médecins Tours. C’est lui qui est à l’origine de la plainte déposée à l’encontre d’Edouard Philippe et d’Agnès Buzyn pour "mensonge d'Etat" / © DR
Dr Emmanuel Sarrazin a été pendant 7 ans chef de service hospitalier à Saumur. Il exerce aujourd'hui à SOS Médecins Tours. C’est lui qui est à l’origine de la plainte déposée à l’encontre d’Edouard Philippe et d’Agnès Buzyn pour "mensonge d'Etat" / © DR

Le Docteur Emmanuel Sarrazin exerce à SOS Médecins Tours. Il est à l’origine de la plainte déposée par 600 praticiens à l’encontre d’Edouard Philippe et d’Agnès Buzyn pour « Mensonge d’Etat ». Une démarche qu’il défend comme « lanceur d’alerte »
 

Par Luc Perot

Le Dr Sarrazin n’en est pas à son premier coup d’éclat. Il faisait déjà partie des professionnels à avoir saisi l’Organisation mondiale de la santé pour contraindre la France à fermer les classes. Jeudi dernier, il a, avec un confrère médecin et un juriste spécialisé, initié un dépôt de plainte collectif contre le Premier ministre et l’ancienne ministre de la Santé, Agnès Buzin pour « mensonge d’Etat ». « C’est la seule possibilité que nous ayons pour faire avancer les choses ! explique-t-il. Nous sommes sur le terrain et il est navrant de constater que l’Etat a tout fait pour traîner la patte. »
 

Concrètement, ces praticiens accusent Agnès Buzyn et Édouard Philippe de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour freiner l'arrivée de l'épidémie en France, alors même qu'ils avaient connaissance du danger.
 

Des tests à grande échelle et un isolement ciblé


Parmi les motifs de colère, il y a bien sûr la question des masques : « par exemple pour nous protéger au cabinet, nous avons dû nous fournir chez des carrossiers ; c’est tout de même incroyable d’en arriver là !  Des stocks existent, affirme-t-il. Pourquoi les distributions ne se font-elles qu’au compte-gouttes ? Nous réclamons un véritable audit sur les stocks de masques. »

Au-delà des masques, c’est la gestion de la crise elle-même qui est remise en cause : « Il fallait agir plus vite et s’inspirer de l’expérience de la Chine et de la Corée du Sud : réaliser des tests à grande échelle et procéder à un isolement ciblé, comme dans ces deux pays. On voit bien que c’est ce qui s’est révélé le plus efficace. »
 

« Nous ne voulons pas briser l’unité nationale ! »


« Notre action ne vise pas du tout à briser l’unité nationale qui reste indispensable ; nous sommes seulement des lanceurs d’alerte ! » explique le médecin. Dans leurs accusations, ils s’appuient sur les déclarations d’Agnès Buzyn qui affirme elle-même dans une interview donnée au journal Le Monde avoir alerté le Premier ministre dès le mois de janvier sur la gravité de la situation. Pour leur avocat, Fabrice Di Vizio, « seule une enquête pénale permettra de connaître l’étendue des informations qui ont ainsi été cachées aux Français ».

Les médecins ont ainsi saisi la Cour de Justice de la République, qui est la seule juridiction habilitée à juger les actes commis par les membres du gouvernement dans l'exercice de leurs fonctions.

Créé pour l’occasion, le collectif C19 a ouvert une page Facebook. En quelques jours près de 3 000 professionnels de santé les ont rejoints et les échanges vont bon train. Certains membres veulent aller plus loin, ne pas se contenter de dénoncer et devenir une véritable force de proposition au sein du groupe « Santé 2022 ». Leur but : utiliser l’expérience du Covid19 pour proposer une gestion de crise et un système de santé plus efficaces à l’avenir.
 

Deux ministres devant la Cour de Justice de la République

La plainte déposée devant la Cour de Justice de la République s’appuie sur l'article 223-7 du code pénal, selon lequel 
« quiconque s'abstient volontairement de prendre ou de provoquer les mesures permettant, sans risque pour lui ou pour les tiers, de combattre un sinistre de nature à créer un danger pour la sécurité des personnes est puni de deux ans d'emprisonnement et de
30 000 euros d'amende 
».
 

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