Municipales 2020 : on a rencontré Matthias, jeune et militant écolo, “J'ai ressenti le besoin de m'engager”

© Flore Caron / France 3-Centre- Val de Loire (à gauche) et Basile Mesré-Barjon (à droite)
© Flore Caron / France 3-Centre- Val de Loire (à gauche) et Basile Mesré-Barjon (à droite)

L’admiration pour une personnalité politique, l’indignation ou encore la volonté de voir un parti perdurer, les raisons qui poussent les jeunes à devenir militants sont multiples. Nous sommes allés à leur rencontre pour qu’ils nous content leur histoire avec la politique.

 

Par Flore Caron

C’est à la fin de ses études d’ingénieur que Matthias Castaing, 23 ans, a décidé de s’engager auprès de « Greenpeace » puis « Action non violente Cop 21 ». Ce jeune militant apartisan est avant tout un activiste, laissant volontiers le plaidoyer à autrui.

"La garde à vue, ce n’est pas très agréable", admet Matthias Castaing. En juillet dernier, le jeune homme a passé précisément 23 h 40 au commissariat pour avoir participé au décrochage du portrait d’Emmanuel Macron à la mairie de Tours. Mais l’étudiant de 23 ans n’est pas à un désagrément près quand il s’agit d’agir pour l’urgence climatique. "Quand on est au courant des enjeux écologiques actuels, payer une amende et avoir un procès peut paraître dérisoire."

De prime abord, Matthias apparaît comme une personne calme, pas du genre survolté, comme s’il conservait son effervescence pour l’acte militant. Vêtu d’un sweat à capuche, chaussures ergonomiques aux pieds, il nous accueille dans le local de Zéro Déchet Touraine à La Riche, près de Tours. C’est l’endroit où il effectue son stage de fin d'études en école d’ingénieur en mécanique. Il y chapote entre autres la création d’un point d’apport volontaire pour l’agglomération de Tours.


Indignation

Même si sa mère est écolo – Matthias a grandi à la campagne avec un compost dans le jardin et une éducation basée sur la consommation raisonnée  – ce ne sont pas les conversations politiques à table qui l'ont poussé à s’engager pour cette cause. En effet, ces dernières étaient tout bonnement évitées pour prévenir d’éventuelles querelles conjugales. Ce n’est pas non plus durant ses premières années d’études que le jeune homme a développé sa conscience politique puisque en maths sup on a un peu "la tête dans le guidon". "À cette époque, ça ne m’intéressait pas plus que ça", concède-t-il.

En réalité, tout a commencé par une histoire d’amitié. En école d’ingénieur, Matthias et l’un de ses camarades de promo visionnent un soir un débat télévisé pendant la campagne présidentielle de 2017. Puis, à partir de ce jour, ils commencent à s’échanger des articles principalement liés à l’écologie. Cet intérêt commun devient vite une passion et elle continue en Afrique du Sud, où Matthias partira effectuer un stage. De cette période, est née une véritable indignation.

Je trouve ça aberrant de voir que les richesses sont accumulées par une petite quantité de personnes, que les multinationales créent leurs richesses en vendant du plastique, que Monsanto [ancien géant de l'agrochimie racheté par Bayer en 2018, ndlr] sache très bien qu'elle empoisonne, etc. 

"J’ai ressenti le besoin de m’engager et j’étais content de rentrer en France pour pouvoir le faire", se souvient-il. En 2018, il s’engage au sein de Greenpeace puis du collectif Action non violente.


"Ce que je fais est profondément politique"

À présent, Matthias se définit comme un activiste apartisan. Mais la non-affiliation à un parti ne signifie pas un désintérêt envers le monde politique, bien au contraire. "Est-ce que je vais voter à la présidentielle ? Je ne sais pas. Mais ce que je fais est profondément politique." En revanche, les élections municipales ont plus d’intérêt à ses yeux. 

Serait-il prêt à prendre des risques ? "Oui mais après avoir mesuré le pour et le contre. Il faut déterminer l’objectif et une fois qu’il est définit, décider du moyen d’action le plus pertinent." Le jeune homme participe en effet à des actions de désobéissance civile pour alerter la population face à l'urgence climatique, à l'instar des décrochages de portraits. Il a par exemple aussi pris part au Die-in [des activistes qui feignent d’être mort, ndlr] organisé aux Galeries Lafayette de Tours en novembre dernier par plusieurs collectifs  pour protester contre le "Black Friday"

Son engagement l’a poussé à rompre son stage de fin d’études pour se tourner vers Zéro Déchet. Il a ressenti l’envie de mettre ses compétences au service de la cause qu’il défendait. "L’aspect « proposition d’alternative» est très important pour moi et c’est là où mon métier peut servir." À l’époque, cette acte a marqué sa sœur Marion : "C’est là que je me suis rendu compte de l’importance que tout cela prenait pour lui, se souvient Marion. En règle générale, Il est assez discret, il n’est pas du genre à crier ses convictions sur tous les toits."

Pour moi, l’écologie c’est la mère des batailles, si on ne résout pas la question écologique, ça ne sert à rien de se battre pour le reste. La question écologique est une urgence depuis 50 ans,
- Matthias Castaing

 "Je suis plutôt dans l’action que dans la réflexion, Il y a toujours du plaidoyer dans l’action mais je laisse cette partie à d’autres personnes. Moi je vais plutôt organiser l’action." Ce qui n’empêche pas le jeune homme de se pencher régulièrement sur des lectures comme l’ouvrage de Srdja Popovic intitulé Comment faire tomber une dictature quand on est seul, tout petit et sans arme qui aborde les révolutions non-violentes de l’histoire contemporaine.  Le week-end, Matthias se vêt de sa casquette de scout et en profite pour transmettre les valeurs écologiques à ses petits louveteaux. "La transmission est un des aspects de mon militantisme", explique-t-il.
 

Limiter les conséquences du réchauffement climatique

"Beaucoup de mes amis me trouvent extrémiste, explique le jeune homme. La plupart du temps, ils reconnaissent la justesse de ce que je fais mais c’est le mode d’action qui ne leur correspond pas." Néanmoins, d’après sa sœur, la détermination de Matthias ne fait pas de lui quelqu’un de fermé. "Il est convaincu de ce qu’il fait et sur certains point on n’est pas en accord parfait mais il reste ouvert à la discussion. Il n’est pas du genre à faire des généralités et s’il affirme quelque chose, c’est qu’il est allé le vérifier."
 
"Je suis idéaliste mais j’ai les pieds sur terre", affirme quant à lui Matthias. J'ai réalisé que les non-décisions politiques nous emmènent déjà au delà des 2 degrés [l'objectif de l'accord de Paris est de ne pas dépasser une hausse de la tempéraure de 2°C. Une augmentation qui, d'après les scientifiques, aurait déjà de nombreuses conséquences sur la planète] mais je ne ferais pas ce que je fais si je me pensais incapable de participer à la limitation du réchauffement climatique. Chaque dixième de degré est important".

Carte intéractive. Partez à la rencontre de jeunes militants de la région Centre-Val de Loire 
 

 

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