Témoignages. "Quand on sent quelque chose dans son corps, il faut s’écouter", deux femmes témoignent sur leur solitude face au cancer du sein

Publié le Écrit par Isabelle Amelot

Laëtitia et Nathalie ont découvert qu’elles étaient atteintes d'un cancer du sein alors qu’elles n’étaient pas en âge pour le dépistage. A l'occasion d'Octobre rose, elles reviennent toutes les deux sur cette maladie qui touche chaque année plus de 60 000 femmes en France.

Le cancer du sein est le plus fréquent chez la femme. Plus d’un tiers des cancers diagnostiqués chez la femme sont des cancers du sein, et c’est la première cause de mortalité chez la femme. Aujourd’hui, en France, le dépistage du cancer du sein est ouvert aux femmes à partir de 50 ans. Pourtant, Laëtitia et Nathalie en témoignent. Le cancer du sein touche les femmes de plus en plus jeunes, souvent dès la quarantaine, comme elles. 

C’est l’écoute de mon corps qui m’a sauvée

Laëtitia découvre qu’elle a un cancer du sein à l’âge de 38 ans : "Ça m’est tombé sur la tête, je ne m’y attendais pas.". Sept mois auparavant, Laëtitia sent une boule très dure dans le mamelon. Le gynécologue la rassure, mais lui prescrit tout de même une mammographie. Soulagée par l'échange avec son praticien, Laëtitia range son ordonnance. 

Quand elle se décide à faire la mammographie, elle comprend rapidement que quelque chose ne va pas. La radiologue lui fait faire une biopsie en urgence. Et le vendredi 13 octobre 2017, elle apprend qu’elle est malade : "Il a fallu expliquer à mes 2 filles âgées de 10 et 7 ans. On a été accompagné à l’hôpital. 'Parole d’enfants' permet d’avoir un rendez-vous avec un médecin psychologue pour leur expliquer ce qu’il se passe et ce qu’il va se passer. Ma fille cadette avait surtout peur de l’opération, ça l’a rassurée."

Laëtitia estime qu'elle a "eu de la chance" : "J'ai seulement eu une tumorectomie. J’ai pu conserver mon corps de femme entier ou presque. Juste avant les vacances de Noël, on m’annonce que je suis à la limite de la chimiothérapie et que des analyses plus poussées vont être réalisées... Et on me souhaite de bonnes vacances de Noël ! J’ai passé mes vacances à me demander ce qui allait se passer pour moi l’année suivante. Finalement, je n'ai eu que de la radiothérapie."

Mais le traitement est lourd, les rendez-vous sont quotidiens, du lundi au vendredi pendant deux mois : " C’est fatigant, ça brûle la peau, on ne veut plus y retourner." À la fin de la radiothérapie, Laëtitia se voit prescrire de l’hormonothérapie pour cinq ans et c'est là qu'elle se sent seule face à la maladie.

Je quitte l’hôpital avec mon ordonnance, mon nouveau traitement. Et là tout s’arrête, on n’a plus de rendez-vous médicaux, on ne va plus à l‘hôpital tous les jours, c’est un soulagement. Mais en même temps, j’ai eu un sentiment d’abandon. C’est là que je me suis sentie le plus malade.

Laëtitia

"J’étais épuisée par la radiothérapie et par le début de ce traitement. Un petit comprimé, ça paraît anodin, mais ça nous chamboule de l’intérieur, ça nous épuise. J’ai passé plus de deux mois à vraiment ne pas être bien, à découvrir des douleurs dans mon corps que je ne connaissais pas."

Elle se retrouve face à des médecins qui lui disent de reprendre le travail car pour eux "c'est terminé"."Non, ce n'est pas terminé. On a besoin de temps, de se reconstruire. Il n'y a pas que le physique. Il y a le psychologique. Il faut prendre son temps, écouter son corps et se reposer tant qu'on en a besoin."

Faites-vous dépister

Nathalie, elle, apprend qu’elle a un cancer du sein à 47 ans. Cinq ans auparavant, elle découvre un kyste sur l’un de ses seins. Après la mammographie, on la rassure et on lui dit : "On se revoit dans 10 ans et un cancer, ça ne fait pas mal". Mais la grosseur continue de lui faire mal et de la gêner. Elle découvre alors qu’elle a un cancer du sein. Le cancer du sein, elle ne le connaît que trop bien : "Dans ma famille, il y a des cas de cancers, mon père a déjà eu quatre cancers dont deux du sein, ce qui est rare chez un homme."

Depuis Nathalie milite beaucoup pour le dépistage. Actuellement en France, le dépistage du cancer du sein, c'est tous les deux ans de 50 à 74 ans.

Ce n’est pas assez parce que les malades sont de plus en plus jeunes. La tranche d’âge devrait être abaissée bientôt à 40 ans. Il faut tenir des antécédents familiaux, si l’un des membres de votre famille a été touché par un cancer, il faut faire le dépistage.

Nathalie

Une fois l’annonce de la maladie, Nathalie se sent perdue : "On vous donne aucune information pour la suite. On ne sait pas où aller puiser les informations pour pouvoir discuter avec des gens qui sont comme nous. C’est un chemin qu’on ne connaît pas. Quand on a une grippe, on va voir le médecin, on nous soigne et ensuite tout va bien. Avec l’hormonothérapie, j’ai eu des douleurs osseuses affreuses, l’oncologue me disait que ce n’était pas le traitement. Maintenant, je sais que c'était ça. On ne sent incomprise. Y’a plein de choses qui peuvent être faites pour vous aider. Il y a des associations qui sont là pour répondre à vos besoins."

Pour répondre à ces besoins, Nathalie est devenue prothésiste capillaire pour s’occuper des personnes qui traversent la maladie : "Au travers de la prothèse capillaire, le malade va pouvoir garder une vie sociale, faire ses courses, se balader avec des amis sans attirer l’attention." Nathalie trouve que cet accompagnement est insuffisant. Elle fonde alors l’association les Fées du bien.

Quatorze bénévoles touchées par le cancer sont là pour accompagner les malades. L’équipe de professionnelles offre une prise en charge bienveillante et empathique, tout en sensibilisant au traitement du cancer. Elles proposent des soins de support pour soulager le quotidien des personnes en traitement de chimiothérapie : hypnose, réflexologie, sophrologie, yoga, diététique...

"Parler des effets secondaires avec les malades, comment booster les globules blancs grâce aux protéines, il y a plein de choses que l’on peut faire. Et pour ça il faut du temps. En structure, vous avez une heure avec la personne, c’est insuffisant pour rassurer et écouter la personne. Les infirmières d’annonce font ce qu’elles peuvent, il y a tellement de cas. Je n’ai pas la prétention de colmater toutes les brèches mais j'essaye de faire tout ce que je peux pour la personne que je prends en charge."

Tout ce qui a été négatif pour elle, Nathalie veut le transformer "en positif pour la personne". Malades et ex-malades pourront ainsi expliquer ce par quoi elles sont passées. "Pas pour leur faire peur", précise-t-elle, mais pour les aider à anticiper et surmonter cette épreuve.

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