Tours : foyer épidémique de COVID-19 à la maison d'arrêt, les personnels attendent encore d'être vaccinés

Avec 65 détenus et 4 agents testés positifs, la situation est préoccupante à la maison d'arrêt de Tours, même si la plupart ne présente pas de symptôme. Les personnels assurent la continuité du service, mais comprennent mal pourquoi ils ne figurent pas sur la liste des vaccinations prioritaires.

© France3 CVDL

Le député LREM d'Indre-et-Loire Philippe Chalumeau, lui-même médecin, a publié ce jeudi 11 mars un communiqué évoquant la situation sanitaire à la maison d'arrêt de Tours :

"Face à la situation sanitaire à la Maison d’arrêt, le député de Tours Philippe Chalumeau, a alerté directement le Garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti. Celui-ci l’a assuré que tous les moyens seront mis en oeuvre, et qu’il allait suivre personnellement l’évolution de ce cluster. Le député a notamment plaidé pour une vaccination accélérée sur site en particulier pour le personnel pénitentiaire, et les détenus ayant des facteurs de comorbidité, et alerté l’ARS en ce sens."

Aux yeux des agents de la maison d'arrêt, une vaccination rapide semble effectivement être la seule issue possible à cette situation. Toutes les précautions ont beau être prises, dans un milieu carcéral où la promiscuité est la règle il semble illusoire d'espérer interdire très longtemps l'entrée au virus :

"Les personnels font tout ce qu'ils peuvent pour empêcher les contaminations, estime Sylvain, représentant syndical (le prénom a été changé pour préserver l'anonymat). Mais c'est très compliqué. Les détenus mettent leur masque dans les lieux de circulation, mais le retirent dans la promenade où ils ne respectent pas les gestes-barrière. Et nous avons toujours entre 20 et 30 projections par jour, stupéfiants, alcools, etc, le virus peut entrer aussi par là. L'administration a conscience du problème, des travaux sont prévus, mais ils dureront au moins jusqu'en 2022..."

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Sylvain estime aussi qu'avec les moyens actuels, les entrées et sorties à la maison d'arrêt pourraient être sérieusement revues à la baisse : 

"On n'arrête pas de faire des extractions (sorties de détenus, NDLR) pour aller voir le juge alors qu'on pourrait faire des visios. Pareil pour les visites d'avocats. On n'utilise pas les moyens existants, mais il faut dire qu'on n'a pas de matériel...Il y a de grosses lacunes. Le télétravail, lui non plus, n'a pas été généralisé pour les personnels qui pourraient le pratiquer. Il y a plein de failles...Et pour chaque personne malade, combien de cas-contact? Malgré les travaux, on reste en surpopulation, minimum deux par cellule."

Le droit de retrait contre la menace de contamination?

Depuis plus d'un an, les surveillants de prison vivent dans l'angoisse de contaminer leur famille, leurs proches. La découverte du foyer épidémique suite au dépistage massif du 8 mars n'a évidemment pas contribué à apaiser les esprits :

"On est dans une situation d'alerte qu'il faut prendre en charge rapidement, reprend le délégué. Forcément, c'est anxiogène, il y a du stress, mais ça reste sous contrôle. J'essaie de rassurer mes collègues, mais certains d'entre eux estiment qu'on est dans un contexte de droit de retrait. Je ne veux pas être dans une dynamique de provocation, de confrontation. On aime notre métier, on a le sens du devoir, nos dirigeants ont besoin de nous, je veux qu'ils en prennent conscience. On compte sur la bienveillance de l'administration..."

Une bienveillance qui devrait logiquement se traduire par une vaccination massive et rapide :

"Tout ça aurait pu être enrayé dès le départ si le gouvernement, par le biais du ministère de la Santé, avait prévu de nous compter parmi les personnes prioritaires pour la vaccination. Parce que la réalité, c'est qu'on dans de la gestion de publics. Les familles pour les parloirs, les détenus avec les tentatives de suicide, les agressions...Selon les moments, on porte la casquette de pompier, d'infirmier, de psy...Il est bien regrettable qu'on n'ait pas été priorisé dans les soins."

Un travail en milieu à risques multiples

Vous savez, on travaille en milieu infectieux, à risque. On en parle aujourd'hui, mais la prison, ce n'est pas que le COVID. C'est les hépatites, le SIDA, la teigne, toutes les maladies transmissibles du monde qu'on retrouve en prison car on accueille du public qui n'a pas nos normes de vaccination. Tous les ans je fais, avec ma famille, un check-up sanguin complet...Le problème avec le COVID, c'est la forte contagiosité de la maladie.

Sylvain, représentant du personnel

Selon Sylvain, le cluster découvert à la maison d'arrêt de Tours n'est certainement pas un cas unique en France :

"Ce qui se passe ici se passera ailleurs et c'est sans doute déjà le cas. On ne trouve que ce que l'on veut bien chercher...Nous avons alerté notre direction après l'apparition de symptômes chez plusieurs détenus, et elle a eu le courage de faire la démarche pour un test globalisé. Si l'on dépistait massivement tous les détenus de France, je pense que les chiffres exploseraient partout. Il n'y a qu'une vaccination massive pour voir le bout du tunnel, mais y-a-t'il assez de vaccins? Les personnels culpabilisent, ont mis leur vie de côté depuis plus d'un an, c'est vraiment boulot-dodo, c'est très dur pour tout le monde. Nous voulons en sortir et être vaccinés!"

En attendant cette éventuelle vaccination, un deuxième test de dépistage massif sera organisé lundi 15 mars à la maison d'arrêt de Tours, pour suivre l'évolution de l'épidémie.

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