Documentaire. Jenny de Vasson, une pionnière de la photographie à (re)découvrir

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Écrit par Catherine Lacroix
autoportrait de jenny de Vasson
autoportrait de jenny de Vasson © Jenny de Vasson

Née à la Châtre en 1872, Jenny de Vasson laisse derrière elle une œuvre de quelques 5000 plaques de verre photographiques, sauvées du néant, révélant l'une des toutes premières photographes françaises, dont les qualités du travail et de l’inspiration sont aujourd’hui reconnues dans le monde entier.

Rien ne prédisposait Jenny de Vasson, issue d’un milieu aristocrate, cultivé, et progressiste à devenir une photographe de talent, aujourd’hui reconnue comme telle. Son père était magistrat et elle passe son enfance dans le Berry. Ses parents reçoivent dans leur salon, la fine fleur culturelle qui gravite à cette époque dans la région. Amis de George Sand, ils sont très sensibles à l’art dans son ensemble, familiers des peintres Fernand Maillaud et Bernard Naudin. Ce dernier demeurera un proche de Jenny.

A vingt-deux ans, en voyage dans les Pyrénées, elle se lie par l’entremise d’un jeune garçon Jean-Richard Bloch, dont elle admire la vivacité d’esprit et dont la notoriété littéraire va bientôt se développer, à un groupe d’intellectuels dont l’écrivain Emile Herzog  qui s’illustrera plus tard sous le nom d’André Maurois.

Le déclic de la photographie

En 1899, Jenny achète un appareil photographique et installe un laboratoire dans la maison familiale. Outre ses carnets de voyage, aujourd’hui détruits, ainsi qu’elle en avait fait la demande, elle fixe les souvenirs de la vingtaine de voyages effectués dans plusieurs pays, sans oublier la France.

Elle pratique notamment l’art de l’autoportrait et de la composition esthétisante, en vogue à l’époque. Très complexée par son physique et son embonpoint depuis son adolescence, qui l’ont même dissuadée de se marier, elle aime paradoxalement se mettre en scène déguisée dans ses autoportraits.

Michèle Naturel, ancienne Directrice des Musées de Châteauroux, qui a organisé une grande exposition rétrospective de son œuvre, l’analyse comme suit : "l’autoportrait lui permettait de se déguiser. Et même si elle ne s’aimait pas, cela lui permettait de changer d’identité".

Son père en retraite, ses parents s’installent l’hiver à Versailles et l’été à l’abbaye de Varennes dans le Berry, dont la mère vient d’hériter. C’est d’ailleurs là qu’ils se réfugient tout au long de la première guerre mondiale. Pendant ces quatre années, Jenny de Vasson multiplie ses clichés. Les soldats qui partent, la vie des champs, les familles de paysans qui l’entourent, apportant un précieux témoignage, sensible, de tous ces êtres qu’elle rencontre. Deux ans après la fin de la guerre, en 1920, elle décède d’une angine de poitrine.  

La redécouverte du fonds Vasson

L’abbaye de Varennes dans le Berry, recélait un trésor. Les plaques photographiques presque oubliées de Jenny de Vasson. Son actuel propriétaire, Gilles Wolkowitsch, a d’ailleurs beaucoup écrit à son sujet et a été la cheville ouvrière de la redécouverte du travail de cette femme, témoin de son époque et pionnière de la photographie.

Depuis les ouvrages et expositions sur Jenny de Vasson se multiplient.

Dans la droite ligne de cette renaissance, Pascal Guilly, auteur et réalisateur installé en Berry vient de terminer un documentaire sur la photographe. Tourné à l’abbaye de Varennes, il retrace cette histoire. "Jenny de Vasson, le miroir inversé", 52 minutes pour tout savoir sur une femme dont le charisme permet une fois de plus de faire rayonner le Berry dans le monde.

Lui a découvert Jenny de Vasson un peu par hasard à l’occasion d'un tournage sur Bernard Naudin, mais surtout de l’exposition organisée fin 2019 au musée Bertrand de Châteauroux. Il a été séduit par son personnage, cultivé, côtoyant les intellectuels progressistes de son temps, et par l’histoire de ses photographies.

Sur les cimaises du musée, étaient alors exposés 130 tirages pour admirer les multiples facettes de son talent. Permettant de voir la maîtrise technique, l’art du cadrage, le choix des sujets, faisant de cette femme une artiste et une professionnelle accomplie.

D’autres villes, la Châtre, Versailles où elle vécut, ont à leur tour intégré Jenny de Vasson dans leur liste de personnalités. Elle réside en bonne place dans les plus grandes institutions culturelles de notre pays. Et bien sûr l’abbaye de Varennes est aujourd’hui le lieu privilégié pour y retrouver sa trace.

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