Salon à la ferme : les agriculteurs ouvrent leurs portes aux consommateurs pour montrer la réalité de leur métier

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Lancée l’an dernier, à l’annonce de l’annulation du Salon de l’Agriculture à Paris, cette manifestation destinée à permettre aux consommateurs de rencontrer sur leurs fermes des paysans avait rencontré un grand succès. Forte de celui-ci, la Confédération Paysanne, organisatrice de la manifestation, a décidé de la renouveler.

On ne change pas une idée qui a fait son chemin. C’est un peu la philosophie de cette deuxième édition. "L’année dernière a été une réussite," nous confie Robin Doublier, co-porte-parole du syndicat dans l’Indre. "Il y a eu un vrai engouement, les gens sont toujours contents de voir comment on produit leur nourriture".

Cette année le Salon de l’Agriculture va rouvrir ses portes, mais la Confédération paysanne "trouve légitime de maintenir des rendez-vous sur les territoires, pour permettre la rencontre entre les paysans et les consommateurs". D’autant que les sujets d’échanges ne manquent pas. Au-delà des prix et des difficultés inhérentes à chaque production, c’est aussi de l’avenir que ces agriculteurs veulent débattre et plus précisément du renouvellement du monde paysan.

L’avenir de l’agriculture et le renouvellement des générations : un sujet sensible

"Dans les années qui viennent il va y avoir énormément d’agriculteurs en âge de prendre leur retraite, et si toutes ses fermes ne sont pas reprises, ce sera un vrai souci pour le monde rural" nous explique Robin Doublier qui ajoute que "la défense d’une agriculture paysanne qui défende le vivant, qui créée de la vie et de l’activité dans les territoires, nécessite d’avoir un maximum d’hommes et de femmes qui y  travaillent au quotidien".  

Dans l’Indre, cinq exploitations agricoles ouvriront leurs portes entre le 26 février et le 6 mars. Producteurs, transformateurs et vendeurs de leurs produits en circuits courts ne ménagent pas leurs efforts pour faire vivre les campagnes. Ils sont aussi employeurs pour certains, car la transformation des produits de la ferme permet de générer de la valeur ajoutée et de créer des emplois sur place. Un atout supplémentaire, qui plaide en faveur d’un modèle auquel ces agriculteurs sont attachés.

Une exploitation laitière qui a choisi la transformation de ses produits

Yannick Guénin est installé à Buxières d’Aillac à la Chaume aux Gendres : une exploitation laitière Bio, la plus  ancienne de l’Indre, fondée par son père. Aujourd’hui on y transforme sur place. Dès l’an passé, Yannick avait participé à la première du "salon à la ferme". Il nous raconte "l’an dernier on avait ouvert. Il y a eu pas mal de passage, les gens avaient bien apprécié. Nous faisons une visite de la ferme et de l’atelier, on explique comment on travaille. Les gens étaient contents de voir comment on fait ça de A à Z".

L’installation de Yannick et de son épouse comporte 135 hectares de prairies et cultures destinées à la nourriture du troupeau : une trentaine de vaches laitières et pas plus de 65 animaux. Le plus, c’est bien sûr la transformation des 135 000 litres de lait récoltés chaque année en caillé, yaourts et fromages.

Yann emploie quatre personnes et la ferme fait donc vivre six personnes sur une surface de taille moyenne. Il reconnaît volontiers que ça ne serait pas possible sans l’atelier de transformation qui permet de créer de la valeur ajoutée au produit brut, le lait. Le vendredi après-midi est consacré à la vente à la ferme, le samedi au marché de Châteauroux. Ses produits sont aussi distribués dans des boutiques et des cantines.

Il admet volontiers que c’est un travail prenant. "Ça demande beaucoup de main-d’œuvre, d’être présent tout le temps. Pas mal d’exigences, mais être juste éleveur, c’est la même chose, c’est très exigeant. Là, ce qui crée le travail, c’est la transformation des produits et la valeur ajoutée qui en découle".

Yannick Guénin semble satisfait de son modèle d’exploitation qui lui permet de respecter sa conception de l’agriculture, insérée dans un territoire et une communauté d’êtres vivants, dans le respect de la nature. Il nous explique pourquoi "déjà on fait vivre six personnes sur 135 hectares, c’est plutôt bien. Le prix du lait est lié au marché, mais nous en transformant, ne sommes pas liés au marché. On est lié au marché de Châteauroux, c’est déjà beaucoup plus simple à gérer que le marché international ajoute-t-il en plaisantant".

Le renouvellement des générations

Concernant le thème de cette année, autrement dit le renouvellement de générations au sein de l’agriculture, Yannick Guénin n’a pas ce problème de reprise à court terme. Agé de 48 ans, il est loin de penser à la retraite. Mais reconnaît s’intéresser de près aux projets des stagiaires qu’il côtoie, pour leur expliquer les avantages de son métier.

Il abordera ce thème lors des visites qu’il va organiser justement à travers ce prisme d’éleveur laitier.

On perd beaucoup d’élevages de vaches laitières chaque année, parce qu’il n’y a pas un renouvellement automatique des générations.

Yannick Guénin

"On perd beaucoup d’élevages de vaches laitières chaque année, parce qu’il n’y a pas un renouvellement automatique des générations". Et dans des territoires où la terre ne s’y prête pas, difficile de remplacer un élevage par des cultures. La seule alternative est l’élevage d’animaux à viande.

Autant de paramètres à ne pas négliger pour que le monde rural puisse continuer à exister en harmonie.  

Le maraîchage : une solution pour l’installation des jeunes

Sur les cinq fermes qui participeront à cette deuxième édition, trois sont des installations maraîchères. Et ce n’est pas un hasard. Voilà une profession qui illustre bien une certaine vision de l’agriculture défendue par le syndicat et ses adhérents. Une production respectueuse du souhait des consommateurs de consommer sain et local.

La vente directe fait donc partie du quotidien des producteurs, ainsi que la rencontre directe avec leurs clients, car ils ont choisi ce modèle de développement. C’est le cas de Sarah et Benjamin Dieu, installés récemment tout près de la Châtre. Tous deux âgés d’une trentaine d’années, hors cadre familial, c’est-à-dire n’ayant pas eu avant eux de parents dans le monde paysan, se sont lancés dans le maraîchage en 2020 à la suite de reconversion professionnelle.

Ils ont trouvé deux hectares de terrain qui leur ont permis de s’installer en bio directement, n’ayant pas été cultivés depuis plus de dix ans. Pour l’instant, ils travaillent sur un hectare sous serre.

Le reste, c’est Sarah qui nous le raconte. "On est installé en maraîchage bio depuis janvier 2020, sur sol vivant, c’est-à-dire qu’on essaie de ne pas travailler notre sol. On fonctionne beaucoup avec du paillage organique ou classique, très peu de mécanisation. On travaille sous serres et sur un hectare, et nous avons la possibilité de monter en puissance progressivement. Mais notre objectif est de travailler à deux et de garder notre mode de culture, qui correspond à ce que nous sommes et pensons".

Tous les deux souhaitent ne pas franchir certaines limites, comme travailler 70h par semaine et perdre leur vie à la gagner. Ils sont donc encore en "réglage" du fonctionnement de leur exploitation, car la culture c’est aussi l’apprentissage de la patience. Il faut laisser le temps au temps, faire des essais parfois infructueux, avant d’arriver à un juste équilibre.

Ils ont décidé de vendre à la ferme, le vendredi soir et le samedi matin, et grâce à leur site internet, qui propose aux gens de confectionner leurs paniers qu’ils viennent récupérer.

Ils sont d’ailleurs en train de mettre en place de nouveaux points de dépôts, plus proches de certains clients. Ils souhaitent rester sur du local et fournissent aussi le magasin de producteurs de la Châtre.

L’an dernier, ils n’avaient pas eu le loisir de participer, étant en pleine installation, mais cette fois-ci, ils sont impatients de monter leur technique et leur production à des gens qui partagent l’envie de mieux les connaître.  

La Confédération Paysanne organise cette opération dans toute la France. Il suffit de se rendre sur le site de votre département afin d’avoir les adresses et tous les détails des heures et jours de visite. Une autre façon de montrer aux agriculteurs qu’on s’intéresse à eux qui nous nourrissent.