A Blois, la Coupe de Poudloire ensorcelle le château royal

Les bénévoles de l'association Geek For You se sont improvisés professeurs de sorcellerie le temps d'une journée / © Geek For You
Les bénévoles de l'association Geek For You se sont improvisés professeurs de sorcellerie le temps d'une journée / © Geek For You

Pour la troisième édition de la Coupe de Poudloire, le château royal de Blois ainsi que plusieurs sites, commerces et institutions de la préfecture du Loir-et-Cher ont "transplané" le temps d'une journée dans le monde de Harry Potter.

Par Bertrand Mallen

Posté sur son promontoire rocheux, hérissé de tourelles et peuplée de tableaux et de statues qu'on entend parfois murmurer, l'établissement attend ses élèves. Il ne s'agit pourtant pas de Poudlard, l'école de sorcellerie de la saga Harry Potter vendue à plus de 500 millions d'exemplaires dans le monde, mais du château de Blois. Ce dernier a accueilli le temps d'une journée la Coupe de Poudloire, événement dédié à l'univers de J.K. Rowling.
  

Mages de tous les âges

Avant même l'ouverture du château, à 9h, ils étaient plus d'une centaine à faire la queue sous l'oeil de la statue équestre de Louis XII. Parmi eux, beaucoup de jeunes adultes, qui ont grandi au même rythme que le petit sorcier, mais également un grand nombre de pré-ados et de sorciers plus chevronnés.

Emblème de Gryffondor épinglé sur sa robe noire et chouette en peluche autour du cou, Anne-Claude est venue en famille. Elle est tombée dans la marmite en même temps que sa fille, âgée de 12 ans lors de la sortie du premier tome. Plus de vingt ans plus tard, et désormais mamie, elle a "dû tout relire" de la saga littéraire avant d'emmener trois générations de sorcières à Poudloire. 

Plus loin, des sorcières et des sorciers de tous âges se croisent sans se bousculer. Ici, un père de famille un peu perdu tente de suivre le rythme des deux adolescentes qu'il accompagne, là, un groupe d'amis proches de la trentaine échange des blagues en attendant son tour de passer les portes.
Comme à Poudlard, il est interdit de circuler en balai à l'intérieur. / © F3 / BM
Comme à Poudlard, il est interdit de circuler en balai à l'intérieur. / © F3 / BM

 

Quatre maisons, une seule coupe !

L'entrée franchie, les futurs élèves sont conduits vers l'aile Gaston d'Orléans, au fond de la cour principale. Comme dans la saga, les élèves sont ensuite répartis en quatre "maisons", chacune caractérisée par ses qualités et ses vertus.

Mais, patrimoine oblige, les noms ont été revus pour coller à la culture du val de Loire. Adieu donc Serpentard, la maison de l'ignoble Voldemort et du professeur Rogue, et bonjour à Salamandard, placée sous le patronage du roi François Ier. Tout au long de la journée, ces maisons feront figure d'équipe pour les sorciers, qui leur font gagner des points à chaque épreuve réussie et chaque bonne note : une seule gagnera la fameuse coupe qui donne son nom à l'événement.
Les compteurs de points des maisons Epicdor, Serdygne, Houfsouffle et Salamandard. Chacune est placée sous le patronage d'un personnage historique (Louis XII, Claude de France, Anne de Bretagne et François Ier) / © F3 /BM
Les compteurs de points des maisons Epicdor, Serdygne, Houfsouffle et Salamandard. Chacune est placée sous le patronage d'un personnage historique (Louis XII, Claude de France, Anne de Bretagne et François Ier) / © F3 /BM

Une fois répartis, les élèves s'égaillent à travers le château. Ici, on résout une énigme pour trouver la formule d'une potion. Là, on tente de lire un symbole dans le marc de café. Plus loin, une professeure en tenue bleue et blanche donne un cours de sortilèges en plein air. Pour elle, aucun doute : c'est sa maison, les Serdygne, qui va gagner la coupe, "parce qu'on est plus réfléchis, qu'on ne va pas se lancer tête baissée dans la gueule d'un serpent géant... et parce qu'on est les meilleurs, voilà !"
 

Toute une ville ensorcelée

Au-delà du château, toute une partie de la ville de Blois, dont plusieurs institutions et commerces, comme la bibliothèque Abbé-Grégoire ou la Fondation du Doute, ont joué le jeu. "C'est l'occasion de faire voir la ville sous un autre angle, et de mettre en valeur certain éléments de la collection", note Pascal Girodon, responsable du Muséum d'histoire naturelle et intrônisé pour la journée professeur de botanique et de soin aux créatures magiques. Pour réussir cette dernière, les futurs mages doivent notamment plonger la main dans six sacs et deviner, au toucher, de quel animal fantastique il s'agit. Un banal sabot de cheval devient alors une empreinte de centaure, et un rostre d'un animal marin une corne de licorne.

A la Maison de la BD voisine, l'épreuve de métamorphose se joue, évidemment, à coups de crayons. Deux sorcières d'une vingtaine d'années achèvent de transformer un cygne en voilier. "C'est vraiment unique, les épreuves ont été conçues de façon extraordinaire, il a dû falloir beaucoup d'imagination pour les créer !", se réjouissent-elles à l'issue de leur examen. Comme de nombreux jeunes adultes rencontrés au cours de la journée, elles font partie de la génération chez qui Harry Potter a développé le goût de la lecture et de l'imaginaire, un goût qui ne les a plus lâchés depuis.

 

Refaire le plein de magie

Cet imaginaire, l'association blésoise Geek For You fait tout pour le recréer tous les ans depuis 2017. Un pari gagné avec un seul petit bémol : le nombre de places limité. Avec 400 participants chaque année, les places s'arrachent très vite. Mais au-delà, "on n'aurait pas assez de bénévoles", regrette Sandie Gombart, membre de l'association et directrice de l'école pour la journée. Déjà soumis à un rythme très vif, les quelque 90 bénévoles craindraient d'être dépassés par le succès de l'événement s'il venait à prendre des proportions incontrôlables.

Le sort affectant Blois a continué son effet tout au long de la journée, et même une partie de la nuit, puisqu'au tournoi de Quidditch, le sport des sorciers, et à la remise des diplômes ont succédé un banquet et un bal en bonne et due forme, lancé et animé par l'association blésoise Danse et danceries. En faisant de Blois une ville magique pendant quelques heures, sous l'oeil mi-surpris, mi-amusé des Blésois, la Coupe de Poudloire aura au moins gagné un pari : celui de réenchanter le quotidien.

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