Régis Loisel, dessinateur et scénariste de BD : “Il faut laisser les égos au vestiaire”

Régis Loisel, au BD Boum 2018, à Blois. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire
Régis Loisel, au BD Boum 2018, à Blois. / © Yacha Hajzler / France 3 Centre-Val de Loire

Créateur des célèbres séries Peter Pan et la Quête de l'Oiseau du Temps, le dessinateur Régis Loisel nous a accordé un entretien, pendant le BD Boum de Blois. 

Par Yacha Hajzler

Régis Loisel, si vous le croisez en festival, ne vous fera pas de dessin. "C’est exténuant, et puis on ne rencontre pas les gens. Vous n’avez pas fini votre dessin que déjà quelqu’un vous tend un autre truc. Maintenant je mets un petit mot, et puis on papote."
 

L'entrée de l'artiste


Papoter, c'est déjà pas mal, avec ce maestro de la bande dessinée. On lui doit les désormais célèbres Peter Pan et la Quête de l'Oiseau du Temps, mais aussi Magasin général, qui va être adapté en film et d'un album de Mickey, bien plus nerveux que ce à quoi Disney nous a habitué. 

 Après 17 ans au Canada, il habite désormais la région et a donc fait son retour dans les allées du BD Boum. "J'ai perdu le fil de cette nouvelle génération de dessinateurs français. Ils viennent me voir en me disant : "J’ai fait de la bande dessinée grâce à vous". Mon dernier coup de coeur, c’est Frédéric Pillot, qui fait des livres pour enfants extraordinaires. Le type est charmant, en plus. Quand on rencontre des gens comme ça, là, on est content. Enfin, moi je suis content."
 

Du mot au trait 


L'après-midi du vendredi 23 novembre, alors qu'il débarque au festival BD Boom, Régis Loisel fait tourner autant de tête que Pélisse, sa déterminée et plantureuse héroïne, et claque la bise de toutes parts. Au milieu des siens, il incarne l'idée selon laquelle la bande dessinée, c'est avant tout un art collectif. 
 
"La collaboration, c’est la clé d’un succès en bande dessinée, il faut laisser les égos au vestiaire. On est là pour faire le meilleur album." Loisel sait de quoi il parle. En 40 ans, il a eu le temps d'explorer, depuis plusieurs points de vue, le triptyque scénariste, dessinateur, coloriste. Il défend sa première chapelle, le dessin. 

"Un dessinateur n’est pas là pour exécuter le texte d’un scénariste, il est là pour le sublimer. C’est pour ça que j’invite les jeunes dessinateurs à participer au scénario ou, quand ils s’acoquinent avec un auteur, à dire : "Je veux qu’on puisse en parler quand je trouve que ça ne fonctionne pas." Le dessinateur, il est sur le terrain. Un scénariste va vous dire : "un paysage de neige, trois mecs marchent difficilement". Le dessinateur va devoir trouver le cadrage, l’émotion, le point de vue le plus efficace. Ce n’est pas seulement montrer les choses, c’est les incarner."

Lui a toujours dit son mot sur le scénario, notamment avec Serge Le Tendre, son acolyte sur la Quête. Il se définit comme "un chieur, un pinailleur" mais c'est pour la bonne cause. La cause de l'excellence. 
 

L'oiseau du temps


Prenez la Quête, encore elle. Deux cycles, pas encore clos, et un troisième à venir. 9 tomes en tout... en 35 ans. 

"On prend notre temps. C’est un problème d’exigence, on est extrêmement vigilants à ne pas faire n’importe quoi, et ne pas faire l’album de trop. Quand l’histoire est terminée, il n’y en a pas d’autre. Là, l’histoire de la deuxième époque n’est pas terminée, donc on ne va pas se précipiter non plus. On fait notre truc, on va à notre rythme."

Et puis, laisser le temps au temps laisse aussi advenir la surprise. En 2016, Régis Loisel renoue avec son enfance en publiant seul un album de Mickey, Café Zombo. "J'ai jamais pris un pied pareil, plus qu'avec tout ce que j'ai pu faire. Moi, si je fais de la bande dessinée, c’est grâce à Donald, Mickey et ses copains. Je lisais, je regardais, je re-dessinais..."
 

Un album avec des sous-tons anti-capitalistes, anti-malbouffe, un Mickey clairement bien plus bagarreur que celui de Disney. "Comment ils ont fait pour me laisser faire ça ? Parce que ça cogne, hein !" s'amuse Loisel. 

A bientôt 67 ans, le dessinateur n'en a pas fini avec l'insolence. Avec Olivier Pont, il prépare une nouvelle bande dessinée. Elle s'appellera "Putain de salopard"

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