Coronavirus : en réponse à la crise économique, Guillaume Peltier veut supprimer 5 RTT

Guillaume Peltier, député du Loir-et-Cher et vice-président Les Républicains / © Philippe de Poulpiquet/LE PARISIEN/MAXPPP
Guillaume Peltier, député du Loir-et-Cher et vice-président Les Républicains / © Philippe de Poulpiquet/LE PARISIEN/MAXPPP

Le député de Loir-et-Cher souhaite la création d’un conseil national de la reconstruction. Il pourrait accorder une prime aux salariés, financée par l’augmentation du temps de travail. Une mesure choc loin de faire l’unanimité.
 

Par France 3 Centre-Val de Loire

Après avoir souvent changé d’étiquette au début de sa carrière politique, Guillaume Peltier, aujourd’hui vice-président Les Républicains, a au moins le mérite de la constance. Il ne change plus de parti comme avant, ni de projet, ni "d’obsession " comme disent ses détracteurs.

En 2012, il proposait d’augmenter la durée du travail de 35 à 40h. En 2013, il voulait "briser le tabou des 35 heures". En 2018, il proposait d’augmenter le temps de travail des fonctionnaires de 35 à 39 heures. Aujourd’hui, l’augmentation du temps de travail est encore sa réponse à la crise économique qui s’annonce. En supprimant définitivement jusqu’à 5 RTT, il souhaite financer une prime de 5 000 euros annuels versée à tous les salariés.

5 questions à Guillaume Peltier

  • Quelles sont selon vous les mesures d’urgence à prendre pour limiter l’ampleur de la crise ?
Je fais quatre propositions pour répondre à l’urgence.

1- Le gouvernement doit reconnaître l’état de catastrophe naturelle pour aider nos artisans et nos commerçants. En ce moment, l’Etat, les collectivités locales et les banques font ce qu’il faut mais les assureurs sont plus en retrait. Pour sauver la trésorerie des TPE, l’état de catastrophe sanitaire doit être reconnu comme celui de catastrophe naturelle. Les assurances pourraient ainsi être actionnées pour les TPE en difficulté.

2 - La création de prêt à taux zéro. Les taux de 0,5 ou 1% proposés aujourd’hui sont encore trop élevés.

3 – Je demande la suspension des dividendes versés aux actionnaires dès qu’une grande entreprise est aidée par l’Etat. Celles qui bénéficient de mesures de chômage partiel ou de prêts doivent avoir pour priorité la pérennité de l’entreprise et le versement des salaires uniquement.

4 – Je veux encadrer les prix des biens de première nécessité car beaucoup de familles modestes voient leurs revenus baisser aujourd’hui .

Les deux premières mesures ont été discutées avec d’autres membres de LR dont Eric Woerth. Pour les deux autres, je proposerai ces amendements à mes collègues parlementaires.
 
  • Et après les mesures d’urgence, quels sont vos projets?
Les mesures d’urgence, c’est vrai, ne suffiront pas. Il faut créer un Conseil National de Reconstruction (sur le modèle du conseil national de la résistance NDLR) qui rassemblerait des parlementaires de tous bords, des représentants des collectivités territoriales, des chefs d’entreprise et des salariés.

Le CNR devra élaborer le monde d’après car ce que nous vivons n’est pas une crise de plus. C’est la fin d’un monde. On nous a vendu une société sans nations, sans frontières, sans agriculture et sans villages. La mondialisation heureuse est devenue le malheur des peuples.

Il faut répondre à l’échec du mondialisme financier et de la bureaucratie centralisée. Il faut comprendre pourquoi notre administration ne fonctionne pas. Avec 1 000 milliards d’euros d’impôt, on manque de tout : de masques, de tests et les salaires des soignants, des chauffeurs et des caissiers sont trop faibles.
  • Quel type de mesures pourrait prendre ce CNR ?
Je veux créer un électrochoc social en augmentant les salaires des travailleurs. En particulier pour ces héros du quotidien qui permettent à la France de tenir : les livreurs, éboueurs, infirmiers, femmes de ménage.

Il faut permettre aux entreprises de leur accorder une prime de 5 000 euros par an totalement défiscalisée de charges. Cette prime serait ensuite pérennisée. Pout la financer il faut supprimer quelques journées parmi les 33 jours de congés et RTT dont disposent en moyenne les français.

À l’image de la journée de solidarité créée en 2003, les salariés travailleraient chaque année de un à cinq jours de plus. Une journée de RTT économisée, c’est 2,8 milliards dans les caisses de l’Etat qui pourrait ainsi les redistribuer aux fonctionnaires. Dans le privé, les entreprises feront la même chose.
  • En supprimant des RTT, vous ne craignez pas d’augmenter le chômage ?
Le premier frein à l’emploi c’est avant tout la faiblesse des salaires. Il y un écart trop faible entre les revenus de l’assistance et les revenus du travail. En additionnant les aides, on n’est pas très loin du salaire de base. C’est ça le frein principal.

En Centre-Val de Loire et en Loir-et-Cher, il y avait avant la crise un énorme besoin de recrutement et des difficultés à recruter parce que les salaires sont trop bas.
  • Vous ne proposez de baisser les cotisations sociales que sur la nouvelle prime de 5000 euros ?
Ce n’est pas le moment d’aller plus loin. Plus tard, il faudra repenser le système fiscal et social. Les budgets de la santé et de l’agriculture doivent être sanctuarisés. Et pour financer ça, il faut aller chercher l’argent là où il est en luttant contre l’évasion fiscale et les paradis fiscaux. Je veux qu’on double les amendes contre les fraudeurs.

"Pourquoi punir ces gens en leur supprimant les jours de repos ?"

En proposant un nouveau "travaillisme à la française", Guillaume Peltier a, depuis quelques années, bousculé les lignes politiques. On n’était plus habitué à entendre des représentants de la droite militer pour une hausse du SMIC ou des salaires. Ses idées ont parfois suscité des réactions hostiles au sein de sa famille politique et ses propositions actuelles recoupent parfois celles de la gauche.

Gérard Filoche, ex-inspecteur du travail et spécialiste du droit du travail souhaite également qu’on aille chercher dans les paradis fiscaux l’argent qu’il manque pour résoudre la crise. Il veut également que les 60 milliards de dividendes à verser aux actionnaires cette année ne soient pas versés.

En revanche, créer une prime financée par la suppression de RTT ne lui semble pas une bonne idée. "Pourquoi créer une prime ?" interroge-t-il. "Il faut encourager la France du SMIC, celle qui fait tourner le pays, par du salaire. Et pourquoi punir ces gens en leur supprimant les jours de repos ? Ce n’est pas à eux de payer la crise. L’argent des dividendes doit être utilisé. Nous avons un des taux de productivité les plus élevés au monde mais la richesse est pillée par le CAC 40, l’optimisation et la fraude fiscale. C’est pour ça qu’il manque 600 milliards dans les caisses de l’Etat. On peut tout de suite redistribuer de l’argent dans les hôpitaux, les maisons de retraite et la recherche."

Augmenter le temps de travail ne sert à rien. En ce moment, six millions de personnes travaillent 60 heures par semaine et six millions n’ont pas de travail. Avec la semaine de 32 heures tout marcherait mieux. Et pour faire face temporairement à la crise, les grandes entreprises qui donnent les ordres et produisent la moitié du PIB peuvent aider leurs sous-traitants.

La semaine de 32 heures est aussi une des revendications de la CGT. L’un de ses représentants en Loir-et-Cher, Didier Calvo, y voit une solution alors que les propositions de Guillaume Peltier lui semblent "scandaleuses."

Ça ne me surprend pas de la part de Guillaume Peltier. Il veut profiter de la crise pour faire aboutir des revendications patronales et démolir des droits sociaux. Il veut "récompenser" les salariés en leur supprimant des droits. Il serait plus efficace de récupérer l’argent des dividendes et de revenir sur la suppression de l’impôt sur la fortune.

A défaut de convaincre tout le monde – ce qu’il n’espérait pas – Guillaume Peltier a ouvert le débat sur la base de ses propositions. Si un jour il devait se trouver dans le tour de table du Conseil National de la Reconstruction qu’il imagine, les débats avec les représentants des salariés promettent d’être animés avant qu’on aboutisse à une solution consensuelle.

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