Loir-et-Cher : PAIS, le dispositif qui vous garantit un médecin dans la journée

Un médecin généraliste avec son stéthoscope - Photo d'illustration / © L'ALSACE/MAXPPP
Un médecin généraliste avec son stéthoscope - Photo d'illustration / © L'ALSACE/MAXPPP

Ce 11 février, les pionniers du dispositif présentent PAIS dans le Nord du département, avec la volonté d'étendre leur initiative. En plus de faire des économies, PAIS a considérablement amélioré la vie des médecins comme des patients. 

Par Yacha Hajzler

"Ce qui se met en place par le biais des Maisons de Santé, moi je suis persuadé que ça s'inspire de notre dispositif, même si ça n'est pas dit". Le docteur Yannick Legeay vient de prendre sa retraite, alors même que le système dont il a été un pionnier est à l'aube d'une nouvelle étape. Depuis 2009, il a oeuvré au sein du dispositif PAIS (Plateforme Alternative d'Innovation Santé), qui couvre le sud du Loir-et-Cher. 

Début des années 2000. Les médecins de ville sont en grève. Déjà, le tiers-payant, les contraintes administratives, la charge de travail. A Blois comme ailleurs, les urgences s'engorgent. C'est celui qui est alors responsable du SAMU 41, le Dr Isaac Gbadamassi, qui tire la sonnette d'alarme et appelle à se coordonner, suivi dans son initiative par Patrick Expert, directeur adjoint de l'hôpital de Blois. 
 

"Ça nous fait gagner une heure par jour"


Près de 10 ans plus tard, avec l'entrée en piste du département et de l'ARS, cette réflexion accouche d'un bébé nommé PAIS. Il propose aux médecins de se coordonner, non seulement avec les urgences, mais entre eux, et d'alléger ainsi leur emploi du temps. 

"C'est un mode de fonctionnement qui permet de gagner du temps médical, entame le Dr Legeay. Dans sa ville de Saint-Georges-sur-Cher, c'est lui qui a milité pour appliquer ce dispositif. C'était le tout premier PAIS, quand le système couvre maintenant 13 communes, de Noyer-sur-Cher aux  Montils.

"D'abord, on perçoit des aides pour le secrétariat : 430e par mois et par médecin, à la condition que les secrétaires aient suivi une formation. C'est-à-dire une journée au SAMU pour gérer les appels urgents et une journée à la CPAM pour une formation administrative. Ça nous fait gagner environ une heure de temps administratif par jour."

Avec les 7 médecins de son cabinet, ils ont pu financer un poste de secrétaire à temps plein, à 3000 euros par mois. Celle-ci peut rediriger vers le SAMU les appels qui ne relèvent pas de la médecine de ville.
 

Un médecin toujours disponible


Autre avantage du système pour ceux qui y participent, et qu'on appelle les "païsous" : la journée d'astreinte. "Au début, on appelait ça la journée d'imprévus. Au sein du canton, un médecin prend en charge tout appel justifiant une réponse dans la journée. Le médecin a une journée sans rendez-vous et absorbe le tout venant. Moi, je ne supportais plus d'avoir une maman à 8h30 du matin qui me réclamait un avis pour son bébé qui avait 39.5 et que je ne pouvais recevoir que le soir à 19h30. Ça n'était pas satisfaisant, et ça c'est terminé." Le médecin d'astreinte, lui aussi, peut-être joint à tout moment par le SAMU pour organiser l'offre de soins. 

Pour Yannick Legeay, après déjà 20 ans d'exercice, c'est la découverte d'une nouvelle qualité de vie. "Moi, ça m'a permis de reprendre une activité sportive. Je ne faisais plus rien ! Je ne faisais que de la médecine. Le jour où vous êtes d'astreinte, vous êtes tenu d'être joignable de 8h à 20h, les autres jours, vous organisez votre journée comme vous l'entendez ! La consoeur qui a pris ma succession est maman, ça lui permet d'organiser ses journées de travail différemment."

Et c'est visiblement attractif. Alors que la région est en proie à la désertification médicale, le nombre de médecins de l'ancien canton n'a pas baissé depuis 40 ans. 
 

Petit PAIS deviendra grand


En 10 ans, déjà 5 thèses ont été rédigées sur le dispositif PAIS, et elles sont unanimes. En plus du gain de temps et de qualité de vie, l'économie réalisée est très appréciable. Selon une thèse écrite en 2019 par le Dr Gauthier Cassien, "PAIS [...] contribue au désengorgement des urgences des hôpitaux de proximité, avec une baisse de 20% du recours aux urgences des plus de 75 ans)".

"Quand on envoie quelqu'un aux urgences, il y a un coût, qui n'a rien à voir avec les 25 euros pris en consultation" rappelle Yannick Legeay. De fait : la même thèse estime l'économie réalisée sur l'année 2017 à plus de 250 000 euros. 

Aujourd'hui, les premiers acteurs de PAIS veulent l'étendre au département, pourquoi pas au reste de la France. Parmi eux, Monique Gibotteau, conseillère départementale et vice-présidente en charge des solidarités, sera présente ce 11 février pour présenter PAIS dans le nord du département. "Des communes et des grandes villes de la région l'ont mis dans leur programme pour les municipales, par exemple Serge Grouard à Orléans" s'enthousiasme-t-elle. 

"Prochaine étape, on va financer un référent dans chaque contrat local de santé du département. Le Grand Chambord, Marchenoir, Oucques, on va aller le présenter dans tous les syndicats mixtes de pays. On compte aussi sur la CPAM pour financer le dispositif, avec les économies qu'on leur permet de réaliser, on espère avoir un retour. Je l'ai présenté également à François Bonneau, le président de région, il avait l'air emballé !"

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