Cannabis récréatif : Caroline Janvier appelle Gérald Darmanin à "sortir du débat idéologique"

La discussion et le pragmatisme, plutôt que la méfiance et la répression : au sein du débat sur le cannabis récréatif, deux écoles s'opposent. L'élue du Loiret Caroline Janvier appelle à "échanger". 
Un plan de cannabis - Photo d'illustration
Un plan de cannabis - Photo d'illustration © Michel Clementz/MAXPPP
La lutte contre le trafic de stupéfiants ? "L'alpha et l'oméga de toutes nos interventions". La dépénalisation du cannabis ? Une "lâcheté". Interpellations, saisies, proverbes... Gérald Darmanin ne ménage pas sa peine pour communiquer sur l'entrée en vigueur de l'amende forfaitaire destinée aux fumeurs de cannabis. Venant du ministre de l'Intérieur, issu des rangs de la droite traditionnelle, ce discours n'est pas surprenant. Il semble pourtant un rien à contre-courant.

Car en janvier 2020, plusieurs députés ont été investis d'une mission d'information parlementaire sur les usages du cannabis en France, et invités à réfléchir sur un changement de paradigme. Caroline Janvier, élue LREM du Loiret, a été chargée au sein de cette mission du volet sur le cannabis récréatif, sans doute le plus sensible. Lundi 7 septembre, elle a décidé d'interpeller le ministre de l'Intérieur sur les réseaux sociaux. 


"Que l'Etat contrôle qui consomme"


Interrogée par France 3, la députée du Loiret en prie Gérald Darmanin : "Sortons de ce débat idéologique, avec des confusions où on fait appel au registre de la morale ou de la sociologie, qui ne sont à mon avis pas les bons. Il faut être pragmatiques et regarder notre objectif. J'ai fait cette proposition à Mr Darmanin de regarder mon rapport et je l'invite à en discuter. Quand on s'intéresse de près à ce sujet extrêmement compliqué, on peut avoir une opinion qui évolue, et nous partageons cette volonté de faire baisser la criminalité et de sortir de ce système de marché noir."

Mais l'approche répressive n'intéresse pas la députée Caroline Janvier, bien au contraire. Elle s'était prononcée pour une légalisation dès février 2019.  "Mon idée initiale était de créer un monopole public, que l'Etat reprenne et gère la distribution de ce produit, en s'assurant de la protection des mineurs. Que l'Etat contrôle qui consomme, quel produit, dans quelle quantité, et puisse financer une vraie politique de santé publique grâce à des recettes qui lui échappent aujourd'hui. On le fait pour l'alcool et le tabac" argumente-t-elle. 
 

Répression : et pourtant, la France fume


Aux petites phrases, elle préfère "les choses concrètes, qu'on peut mesurer", et s'appuie comme beaucoup d'autres sur le succès Portugais, qui met en lumière la défaite de la politique des drogues à la Française. En effet, si la France est le pays européen le plus répressif, il est aussi le premier état où l'on consomme le plus de cannabis, et le troisième pour la cocaïne. Le Portugal, lui, a dépénalisé l'usage de toutes les drogues en 2000, avec des résultats plus qu'intéressants en matière de santé publique. "Ce n'est pas de la lâcheté si on construit un vrai modèle, où l'on protège et où on explique les dangers. Le principe de l'amende forfaitaire, j'ai envie de donner rendez-vous aux partisans de ce modèle dans un an ou deux pour en voir les effets, mais je ne suis pas convaincue, il n'a pas fait ses preuves", anticipe l'élue du Loiret. 

Et si une vision plus sécuritaire venait tout de même à s'imposer ? Selon la députée, les travaux menés ne seront en tout cas pas inutiles. "Ça peut servir à ce qu'on ait un positionnement différent en 2022, pourquoi pas..."
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