Economie : des aides bienvenues mais insuffisantes pour les indépendants en difficulté face au coronavirus

Les commerçants obligés de fermer ou souffrant d'une perte de 50% de leur chiffre d'affaires peuvent bénéficier du fonds de solidarité. / © France Télévisions
Les commerçants obligés de fermer ou souffrant d'une perte de 50% de leur chiffre d'affaires peuvent bénéficier du fonds de solidarité. / © France Télévisions

Critères d’accès au fonds de solidarité élargis, soutien régional, aide du fonds d’action sociale… Malgré cette série de solutions économiques, les commerçants indépendants du Centre-Val de Loire restent inquiets pour leur avenir. Certains demandent l'implication des assurances.

Par Julie Postollec

"C’est toujours bien mais cela reste insuffisant." C’est le ressenti des commerçants indépendants face aux nouvelles aides économiques proposées.

Les petites entreprises, indépendants et auto-entrepreneurs, confrontés à une baisse de leur chiffre d’affaires de 50% en mars 2020, peuvent désormais prétendre au fonds de solidarité et à toucher la somme plafonnée de 1.500 €.

Certains travailleurs indépendants pourront par ailleurs faire une demande d’aide complémentaire de 500 à 2.000 € via le fonds d’action sociale.

Enfin pour les cas les plus critiques, une enveloppe de 2.000 € pourrait être attribuée par la Région.
 
 

"Plein de gens vont rester sur le carreau"

Pour Frédéric Arlettaz, restaurateur indépendant à Chécy depuis 16 ans, "c’est mieux que rien. Mais c’est un peu juste. Il y a plein de gens qui vont rester sur le carreau par rapport à la situation économique".
 

Même ressenti pour Didier Hérisson, crêpier à Chartres. Il gère son restaurant avec son associée, avec qui il va partager l’aide du fonds de solidarité. Et c’est tout : "nous ne sommes pas éligibles" à l’aide régionale ni à celle du fonds d’action sociale.

"Mon sentiment, c’est que c’est insuffisant, mais si on a la capacité de bloquer toutes les autres charges auprès des organismes qui nous prélèvent (report de cotisation, report de loyer, etc.), ça permet à chacun d'entre nous au moins de pouvoir honorer nos besoins vitaux."
 

Il nuance cependant en ajoutant que ce coup de pouce "peut éviter de se retrouver dans une zone rouge" pour certains.

Il se tient au courant de l’évolution de la situation "parce que le gouvernement est en train d’ajuster le curseur des mesures financières pour soulager les entrepreneurs en fonction de l’évolution de la situation sur le plan sanitaire".

On est dans une situation à géométrie variable.

La CCI du Loiret incite d'ailleurs les chefs d'entreprises à faire part de leur expérience pour faire évoluer les mesures.
 

L'employeur avance les salaires

Didier Hérisson suit notamment la question du chômage partiel. Ses deux salariés en bénéficient et peuvent donc toucher 84% de leur salaire net.

Sauf que c’est lui, l’employeur, qui doit avancer tout ou partie de cette somme, avant de recevoir l’indemnisation chômage, alors même que son chiffre d’affaires a chuté de 50% en un mois.

"J’ai versé 60 à 65% des salaires à mes salariés. Je leur ai précisé qu’il y aurait une rallonge, sauf qu’on ne sait pas dans quelles conditions ça va être versé. On complètera quand on aura plus d’informations."
 

"On retarde le problème"

De son côté, Viviane Malet, présidente de l’union commerciale de Montargis, trouve logique d’avoir abaissé le seuil de la perte du chiffre d’affaires à 50% pour prétendre au fonds de solidarité. "On n’avait fait que 15 jours dans le mois donc c’était logique".

Cependant, l’inquiétude reste très présente : "1.500 €, c’est la seule aide sans contrepartie. Maintenant, ça ne couvre pas la perte d’exploitation. Dans les caisses, il nous rentre zéro".

Elle reconnaît que les loyers et les charges sont reportés. Mais pour elle, ce n’est que repousser le problème. "On retarde tout, il faudra quand même payer". 
 

La pandémie en catastrophe naturelle ?

Pour Viviane Malet, la difficulté vient aussi du fait que la pandémie n’est pas comprise dans les assurances.

Faire appel aux assurances, c’est d’ailleurs ce que souhaiterait Frédéric Arlettaz. Pour lui il faudrait "que la crise sanitaire soit déclarée en tant que catastrophe naturelle. On n’entend pas assez parler des assureurs."
 

Bien calculer son prêt

Didier Hérisson, lui, imagine plutôt un savant calcul de prêt à faire auprès des banques.

"La plupart des entreprises vont avoir recours à des emprunts bancaires. Mais le prêt que les banques vont vous accorder en première intention, elles ne vous l’accorderont sans doute pas ensuite", plusieurs semaines ou mois après la reprise.

"Il va donc falloir être capable de se projeter pour savoir de combien on aura besoin", analyse-t-il, et le demander dès le départ à sa banque. Le risque, d’après lui, est d'essuyer un refus de la banque en demandant un second emprunt plusieurs semaines ou mois après la reprise.

Pour l’instant, il est possible de cumuler différents prêts. Le montant maximum cumulé pouvant bénéficier de la garantie de l'Etat est de 25 % du chiffre d'affaires annuel.

Et après le confinement ?

Didier Hérisson pense pour l’instant s’en sortir, si la date de fin de confinement ne change pas. Mais les commerçants s’interrogent aussi sur le comportement des clients.

"Est-ce que les gens vont revenir directement ? Est ce qu’ils ne vont pas être encore sous pression avec la pandémie ?" se demande la présidente de l’union commerciale de Montargis.

Même inquiétude pour le restaurateur de Chécy :"Est-ce qu'ils vont ressortir derrière ? Les gens vont aussi avoir des baisses de salaire. Ne vont-ils pas rester chez eux en intensifiant les repas entre amis ? C’est ma crainte."
 

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