Il y a 100 ans, l'aviatrice loirétaine Adrienne Bolland traversait la Cordillère des Andes

Publié le Mis à jour le
Écrit par Bertrand Mallen
Anne Bolland, "l'héroïne des Andes" dans la presse de l'époque
Anne Bolland, "l'héroïne des Andes" dans la presse de l'époque © Archives départementales du Loiret

Le 1er avril 1921, l'aviatrice Adrienne Bolland devenait la première femme à franchir la Cordillère des Andes par voie aérienne. Les Archives départementales ont consacré une exposition virtuelle en hommage à celle qui, outre ses exploits aériens, fut aussi féministe et résistante.

Des montagnes, des montagnes à perte de vue. Ce 1er avril 1921, Adrienne Bolland, 25 ans et seulement 40 heures de vol à son actif, entre dans l'histoire en devenant la première femme à traverser la Cordillère des Andes en avion. Avant elle, seule une poignée de pilote a déjà accompli l'exploit. Mais pour comprendre ce qu'elle fait là, couverte de graisse et de plusieurs couches de vêtements rembourrés de papier journal, aux commandes d'un avion obsolète à plus de 4000 mètres d'altitude, il faut revenir quelques mois en arrière.

Une pionnière de l'aviation

Adrienne Bolland a obtenu son brevet de pilote au sein de l'école des frères Caudron, pionniers de l'aviation, le 26 janvier 1920 à l'âge de 24 ans. La jeune femme est rapidement embauchée par René Caudron comme pilote d'essai, et effectue plusieurs vols de démonstration à bord des appareils conçus par son employeur. En 1920, le pilote d'essai de Caudron en Argentine se tue, et Adrienne est choisie pour le remplacer. Elle arrive en Amérique du sud par bateau en octobre 1920 et multiplie les voltiges et les vols publicitaires à bord de son Caudron G3. Mais très vite, la presse locale la met au défi de franchir la Cordillère des Andes, entre Mendoza et Santiago du Chili. A l'époque, l'aviation n'en est encore qu'à ses balbutiements, et les aéronefs pilotés par ces aventuriers d'un nouveau genre ressemblent davantage à un gros cerf-volant auquel on a attaché un moteur qu'à l'A380, et une telle traversée peut écrire la légende aussi bien d'un pilote que de son appareil.

Piqué au vif, Adrienne accepte. Elle sollicite un avion plus puissant auprès de son employeur, mais ce dernier refuse. Elle prend donc les commandes d'un Caudron G3, un appareil conçu en 1913 et déjà largement obsolète en 1921. Elle décolle de Mendoza le 1er avril 1921 à 6h15, sans instrument de navigation hormis une boussole, sans plan de vol, et avec un cockpit ouvert aux quatre vents. "En un mot, j'ai traversé au pifomètre une chaîne de montagne que je n'ai jamais vue", résume-t-elle plus tard. Pour lutter contre le froid glacial, elle se couvre de graisse de la tête aux pieds et revêt plusieurs couches de vêtements : d'abord des bandelettes, ensuite un pyjama de soie rembourré de papier journal, et enfin une lourde combinaison de mécano.

L'intrépide héroïne des Andes

Extrêmement populaire dans son pays d'accueil, elle reçoit des Argentins quelques provisions et de précieux conseils. Elle affire notamment que la veille de son départ une voyante lui a dit : "vous réussirez si, après avoir vu un lac en forme d’huître, vous laissez les vallées qui se présentent à droite pour virer à gauche sur les montagnes." C'est en tout cas l'explication qu'elle fournit pour expliquer le choix de son itinéraire, qui n'a encore jamais été tenté. Quatre heures après son décollage, et après avoir franchi des cols de 4200 mètres avec une machine qui ne doit théoriquement pas dépasser les 4000 mètres, elle atterrit triomphalement à Santiago. L'exploit est tellement insensé que le consul de France au Chili ne s'est pas déplacé pour l'accueillir, croyant à un poisson d'avril.

Dans les années qui suivent, Adrienne Bolland poursuit sa carrière de casse-cou professionnelle. Elle enchaîne meetings aériens, vols de démonstration et voltiges dans les années 1920, frôlant la mort à plusieurs reprises. En 1934, elle est sollicitée par la féministe radicale Louise Weiss, qui lutte pour le droit de vote des femmes, et rallie les aviatrices Hélène Boucher et Maryse Bastié à la cause. Lorsque la guerre éclate et que la France est occupée, Adrienne Bolland rejoint avec son mari Ernest Vinchon le réseau de renseignement de la Résistance CND-Castille du Loiret. Ils sont chargés de dénicher des terrains pouvant faire office de pistes pour l'aviation des Forces françaises libres.

Après sa mort en 1975, Adrienne Bolland est enterrée à Donnery, dans le Loiret, d'où sa famille est originaire. Cent ans après sa traversée héroïque, les Archives départementales lui rendent hommage dans une exposition virtuelle disponible ici.

Les aviatrices du Centre-Val de Loire

Adrienne Bolland n'est pas la seule femme à avoir inscrit son nom au panthéon de l'aviation. Des noms comme Jacqueline Auriol et Maryse Bastié figurent également dans la longue liste des héroïnes de cette période d'aventure.

En Centre-Val de Loire, au moins une autre femme s'est rendue célèbre par ses prouesses aériennes : Hélène Boucher. Née à Paris en 1908, elle a grandi dans la propriété familiale de Yermenonville où elle collectionne les photographies d'aviateurs célèbres. Elle meurt des suites d'un crash lors d'un vol d'entraînement en 1934 et sa sépulture se trouve toujours à Yermenonville.

 

 

 

 

 

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