Réforme des retraites : une Orléanaise condamnée à de la prison ferme pour avoir manifesté cagoulée

Venue participer à la manifestation du 28 décembre à Orléans, une habitante d'Amilly a été condamnée à douze mois de prison dont six avec sursis. Lors de son interpellation, Karine Martin était cagoulée et portait un gros couteau cranté ainsi que deux cartouches de 22 long rifle.

L'audience de Karine Martin a eu lieu au tribunal d'Orléans
L'audience de Karine Martin a eu lieu au tribunal d'Orléans © Marie Belhomme - Max PPP
Ce mardi 31 décembre, le tribunal correctionnel d'Orléans a jugé en comparution immédiate une affaire d'actualité. Karine Martin, habitante d'Amilly (Loiret) est sortie libre du palais de justice, mais a été condamnée à douze mois d'emprisonnement dont six avec sursis

La quinquagénaire habituée à manifester auprès des gilets jaunes à Montargis avait été interpellée en marge d'un rassemblement non-déclaré contre la réforme des retraites à Orléans, samedi 28 décembre.


Interpellée en possession d'un couteau cranté

Elle avait refusé de retirer la cagoule qui lui dissimulait le visage, et se trouvait en possession d'un gros couteau cranté ainsi que de deux cartouches de 22 long rifle.

Placée en détention lundi 30 décembre, Karine Martin a  reconnu être la propriétaire des armes retrouvées dans ses affaires. 

Face à la réquisition de 18 mois d'emprisonnement du procureur, l'accusée a expliqué avoir oublié ce couteau dans son sac après l'avoir acheté pour ouvrir les cartons des patients qu'elle visite en tant qu'auxiliaire de vie.
 
Durant l'audience comme lors de ses dépositions, la prévenue a longuement insisté sur les étapes douloureuses et traumatisantes qui ont jalloné sa vie : une famille peu présente, une situation conjugale conflictuelle, et deux décès par balles parmi ses collègues au cours des dernières décénies. La dernière affaire évoquée avait d'ailleurs marqué la région, en octobre dernier.


"Une provocation presque adolescente"

Très émue au moment de se justifier à la barre, Karine Martin a expliqué posséder des cartouches de fusil en souvenir de ses collègues décédés.

Du côté de son avocate, maître Greffard-Poisson, l'accent a été mis sur le comportement irréprochable de sa cliente lors de la manifestation.

Elle a ainsi mis sur le compte de l'immaturité de sa cliente son refus de se découvrir le visage :

"Le port de la cagoule et son refus de l'enlever n'est rien d'autre que la manifestation d'une provocation presque adolescente".


Selon elle, cette attitude est la seule qui peut être reprochée à Karine Martin.


"Il faudra vraiment qu'il y ait de la casse"

Bien que sa cliente s'en soit réclamée sur les réseaux sociaux, maître Greffard-Poisson a affirmé que Karine Martin ne faisait pas partie du mouvement des black-blocs, et qu'elle venait à la manifestation en dehors de toute organisation contestataire.


Lors de la fouille de son téléphone, les forces de l'ordre ont constaté que Karine Martin, pourtant présentée par son avocate comme une manifestante lambda, avait envoyé plusieurs messages sur des groupes Facebook de black-blocs, dont l'un incitant à venir cadenasser le commissariat de Montargis : "il faudra vraiment qu'il y ait de la casse, que ce soit matériel ou humain", avait alors encouragé l'accusée.

Elle avait également fait connaître sa volonté d'aller combattre Daesh en Syrie sur les réseaux sociaux.


Interdiction de manifester pendant deux ans, obligation de soins

Karine Martin n'aura pas été poursuivie pour les publications Facebook incitant à la casse, mais bien pour avoir dissimulé son visage ainsi que pour avoir porté des armes lors de la manifestation du 28 décembre dernier.

A sa peine de prison ferme s'ajoute une interdiction de port d'arme de cinq ans, une obligation de soins ainsi qu'une interdiction de manifester à Paris durant les deux prochaines années. 

La peine de prison ferme de Karine Martin pourra être aménagée si celle-ci présente un projet cohérent au moment de son incarcération.
 
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