Marie-Claire Chevalier, défendue par Gisèle Halimi au procès de Bobigny après un avortement illégal, est décédée

Publié le Mis à jour le
Écrit par France 3 Centre-Val de Loire

Alors adolescente, Marie-Claire Chevalier avait été accusée en 1972 d'avoir avorté après avoir été violée. Sa relaxe avait été obtenue notamment par la défense de son avocate Gisèle Halimi.

Marie-Claire Chevalier, figure de la lutte pour la légalisation de l'avortement en France dans les années 70, est décédée à 66 ans ce dimanche 23 janvier des suites d'une longue maladie, a annoncé sa famille à France 3 Centre-Val de Loire. 

Marie-Claire Chevalier naît à Meung-sur-Loire en 1955. À 16 ans, elle décide d'avorter après un viol par un garçon de son lycée, dans une France où l'IVG est encore illégale. Inculpée après dénonciation de son violeur, elle devient le centre de l'attention de la presse lors du procès de Bobigny de 1972. Quatre autres femmes sont jugées, dont sa mère, Michèle, pour complicité ou pratique de l'avortement.

Le chemin de la légalisation

Sa défense est alors assurée par Gisèle Halimi, qui parvient à mobiliser dans les médias des personnalités telles que Simone de Beauvoir, pour faire du procès une affaire politique. 

La première avait signé, un an plus tôt, le manifeste des 343, écrit par la deuxième. Les 343 en question : des femmes qui admettaient ouvertement avoir avorté, à une époque où l'acte est illégal, mais pratiqué clandestinement avec des risques sanitaires très élevés pour les femmes y ayant recours.

À l'issue du procès, Marie-Claire Chevalier est relaxée. Un électrochoc dans la société française de la fin de l'ère Pompidou. Trois ans plus tard, l'adoption de la loi Veil acte la dépénalisation de l'avortement. 

Un sujet tabou devant les caméras

Alors forcément, la disparition de Marie-Claire Chevalier "nous touche beaucoup", témoigne Mélanie Goyeau, présidente du mouvement Osez le féminisme d'Indre-et-Loire. La militante se dit "en admiration devant le courage de Marie-Claire Chevalier et de sa mère" : 

Vous vous rendez compte, être violée par un camarade de lycée dans les années 70, avoir le courage d'avorter, et de porter publiquement ensuite la parole de toutes celles qui ont eu un avortement difficile... Elle n'a pas choisi de le faire, mais elle l'a très bien assumé. Et elle était très jeune.

Mélanie Goyeau, Osez le féminisme 37

Une bonne occasion pour Mélanie Goyeau de rappeler que "le sujet était tabou à l'époque" mais que "ces luttes continuent, parce que dès que c'est possible, le droit à l'avortement est remis en question", assure-t-elle. Elle cite notamment la récente élection de l'ouvertement anti-IVG Roberta Metsola à la présidence du Parlement européen.

Transmettre l'Histoire

En 2019, une pièce de théâtre un peu particulière avait vu le jour pour retracer le moment historique que fut le procès de Bobigny. Dans une grande salle, des petits cercles intimes de quelques spectateurs sur leurs sièges entouraient un ou une comédien.ne. Grâce à des oreillettes, les acteurs entendent les témoins et intervenants du procès, et en interprètent les mots à leur petite audience. L'écoute se fait au casque, chacun reste dans sa bulle. 

"On espère que le spectateur sera un peu dans notre position et que par ce dispositif où il circule, il va à la rencontre d'extraits d'archives et de personnes pour essayer de se faire une idée de ce que cela a pu être", racontait Emilie Rousset, metteuse en scène, à France 3 Paris Île-de-France