Le Rassemblement national et Les Républicains à couteaux tirés à Montargis

Publié le Mis à jour le
Écrit par Bertrand Mallen .

Le maire Les Républicains de Montargis, Benoît Digeon, a refusé d'inviter le député Rassemblement national de sa circonscription, Thomas Ménagé, aux commémorations du 11 novembre. Un nouveau palier franchi dans l'inimitié très politique entre l'élu local et le parlementaire.

C'est la guerre à Montargis. Comme l'ont révélé nos confrères de la République du Centre, le maire de la ville, Benoît Digeon (LR), n'invitera pas le député RN de la circonscription, Thomas Ménagé, aux commémorations du 11 novembre.

"Il faut rester ferme vis-à-vis de nos valeurs"

"Je n'ai rien contre Thomas Ménagé en tant que personne", indique Benoît Digeon, joint par France 3, "mais les valeurs que son parti défend ne sont pas les nôtres". Estimant que le Rassemblement national, ex-Front national, fondé il y a 50 ans par diverses mouvances d'extrême-droite, mais aussi d'anciens collaborateurs et Waffen-SS, n'était toujours pas compatible avec la République, le maire a estimé "qu'il faut rester ferme vis-à-vis de nos valeurs".

Depuis le début, j'ai signifié à M. Ménagé qu'il ne serait pas reçu en mairie, qu'on ne répondrait pas à ses courriers. J'ai été très clair.

Benoît Digeon, maire LR de Montargis

Sans se consulter, d'autres élus de l'agglomération de Montargis ont pris la même décision, comme Gérard Dupaty (divers droite) à Amilly et le maire communiste de Châlette-sur-Loing, Franck Demaumont. Comme dans un certain nombre de communes dans le reste de la région, ces maires se considèrent "orphelins de députés".

S'agit-il, après le rendez-vous manqué des législatives, de la naissance d'un nouveau "front républicain" dans le Montargois ? Pas du tout, répond le maire. "On a la même attitude, mais pas de déclaration en commun", indique Benoît Digeon. 

Déjà, pendant les élections législatives, l'idée de faire à tout prix barrage au RN avait été battue en brèche. Après sa défaite au premier tour des législatives, le candidat LR Ariel Lévy, dont Benoît Digeon était le directeur de campagne, n'avait pas particulièrement appelé à faire battre le candidat RN, opposé au communiste Bruno Nottin. Le perdant du premier tour avait même décrit ses deux adversaires comme étant "la peste et le choléra" dans un "duel du pire".

Désavoué par l'État, qui lui a demandé par le biais de la préfète du département et du sous-préfet de revenir sur sa décision et d'inviter Thomas Ménagé à Montargis, le maire reste droit dans ses bottes. Il affirme avoir reçu beaucoup de soutien, notamment de ténors du parti comme Xavier Bertrand. Mais également des messages de haines. "Bien sûr, le RN dispose de sa petite armada sur les réseaux sociaux, mais j'ai les épaules larges et le cuir épais !"

Élu local contre représentant national

Pour sa part, Thomas Ménagé voit dans ce refus non seulement un déni de démocratie, mais une persécution visant spécifiquement le RN. Joint par France 3, le parlementaire estime que l'État lui "donne raison" en l'invitant à Villemandeur pour une commémoration en présence du sous-préfet Régis Castro, plutôt que d'organiser la cérémonie à Montargis sans le député.

Selon le parlementaire, le maire de Montargis l'aurait dans le collimateur depuis déjà quelques mois. "Benoît Digeon a décidé que j'étais son pire cauchemar", grince Thomas Ménagé, qui prête à l'élu locale des motivations bassement politiciennes.

Benoît Digeon fait partie de ces maires qui considèrent que leur commune leur appartient [...] il craint de voir des personnes que je pourrais soutenir le battre lors des prochaines élections.

Thomas Ménagé, député RN de la 4e circonscription du Loiret

"Je tiens à rappeler que contrairement à lui, j'ai été élu avec les voix de 51% des électeurs de sa commune", appuie Thomas Ménagé, élu avec 50,92%  des voix au second tour des législatives à Montargis (64% sur l'ensemble de la circonscription). L'affirmation est techniquement vraie, mais cette avance dans la sous-préfecture n'est pas aussi nette qu'on pourrait le croire. Au second tour de l'élection municipale, Benoît Digeon a été élu avec 43,87% des voix (soit 1128 votes)... lors d'une quadrangulaire qui l'a vu devancer de 400 voix son plus proche opposant, Bruno Nottin. Le RN, quant à lui, n'avait pas été en mesure de présenter un candidat.

En comparaison, Thomas Ménagé a récolté 1444 voix à Montargis au second tour des législatives, seulement 52 voix devant le même Bruno Nottin. Les deux élections ont été marquées par une très forte abstention.

Pour appuyer cette volonté prêtée au maire de persécuter le RN, Thomas Ménagé cite l'exemple de l'assemblée générale de l'Association du don du sang bénévole du Montargois, où il a été invité avec d'autres élus et responsables politiques.

Petites vexations et grandes phrases

Selon le député RN, en apprenant sa venue, le maire a tenté de faire pression sur l'association, jusqu'à menacer de lui retirer la salle prêtée à titre grâcieux. En fin de compte, il aurait fini par leur adresser la facture de la location, en guise de représailles.

Renseignement pris, Fabrice Bouscal, président de l'association, nie la version du député en bloc. "La salle nous a bien été prêtée gratuitement par la mairie, qui a d'ailleurs été représentée par l'un des adjoints", explique Fabrice Bouscal. Quant à la facture, "elle faisait partie du contrat dès le départ, et couvre la location de matériel".

Une chose est sûre en revanche. Entre petites vexations et grandes phrases, le torchon qui brûle à Montargis entre sa gouvernance locale et sa représentation nationale n'est pas prêt de s'éteindre. Et les Montargois eux-mêmes seront au premier rang.

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