Duels Nupes-RN aux législatives, "deux candidats extrémistes" : la majorité renâcle à faire barrage malgré les appels au "front républicain"

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Le "front républicain" contre le Rassemblement national est-il valable lorsque la gauche est en tête ? Dans une soixantaine de circonscriptions, la réponse de LREM à cette question n'est pas claire, à commencer par le Centre-Val de Loire.

Depuis plus de vingt ans, les Français connaissent la chanson. Lorsque l'extrême-droite se qualifie au second tour d'un scrutin, il est de bon ton pour les autres partis dits "républicains" de faire front commun derrière l'adversaire du Rassemblement national. Pourtant, les heures qui ont suivi le premier tour des législatives ont donné lieu à un concert de voix discordantes au sein de la majorité.

Le "duel du pire" dans 58 circonscriptions

Au total, 58 circonscriptions seront en effet la scène d'un duel entre d'une part la Nupes, qui rassemble depuis le centre-gauche jusqu'au Parti communiste, et d'autre part le Rassemblement national. Les premières consignes de votes de la majorité le soir du 12 juin ont été de décider "au cas par cas" s'il était acceptable ou non de soutenir l'adversaire du parti d'extrême-droite. A la mi-journée ce 13 juin, la Première ministre Élisabeth Borne a estimé que la majorité n'appellerait pas à voter pour certains des candidats de la Nupes.

Si on a affaire à un candidat qui ne respecte pas les valeurs républicaines, qui insulte nos policiers, qui demande de ne plus soutenir l’Ukraine ou veut sortir de l’Europe, nous n’appelons pas à voter pour lui

Élisabeth Borne, Première ministre

A Montargis, dans la 4e circonscription du Loiret, l'ancien ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a été éliminé à seulement 189 voix près. Au micro de France 3 le 12 juin puis de BFM le lendemain, le candidat de la majorité a renvoyé dos à dos deux Thomas Ménagé, le candidat du RN arrivé en tête, et son adversaire du PCF Bruno Nottin, représentant selon l'ancien ministre "l'extrême-gauche anti-républicaine".

Interrogé par Bruce Toussaint sur les consignes de votes qu'il donnerait pour le second tour, Jean-Michel Blanquer s'est contenté de considérer qu'il faudrait "voir au cas par cas". "Nous sommes des planteurs d'arbres et nous avons face à nous des brûleurs de forêt", a affirmé l'ancien ministre, déplorant la "dérive à l'extrême-gauche" de la Nupes. Il a également déposé un recours suite à des irrégularités qu'il affirme avoir constaté dans la campagne de Bruno Nottin.

Jean-Pierre Door, le député sortant Les Républicains, ne se représentait pas, mais a regretté la défaite de son poulain Ariel Lévy, qui a qualifié pour sa part le duel Nupes - RN de "duel du pire". Aucun des deux n'a donné non plus de consignes de vote pour le second tour le 19 juin.

Je dis que l’électeur est totalement libre de son choix entre deux candidats extrémistes aussi bien l’un que l’autre, et dangereux pour la France et la circonscription.

Jean-Pierre Door, député LR sortant de la 4e circonscription du Loiret

Le contraste est net avec, par exemple, la 3e circonscription du Loiret, à l'Est d'Orléans. Ici, le sortant sorti Claude de Ganay (LR) a, dès les résultats connu, appeler à voter en faveur de Carine Barbier, nouvelle venue de la scène politique et candidate du MoDem et de la majorité présidentielle. Elle affrontera la conseillère régionale RN Mathilde Paris, largement en tête avec 30,82% des votes.

Dans la 2e circonscription du Cher, la seule autre de la région Centre-Val de Loire où le RN affrontera la Nupes, la députée sortante MoDem Nadia Essayan s'est contentée d'appeler, du bout des lèvres, à voter contre son ancien adversaire, le maire PCF de Vierzon Nicolas Sansu. "Un deuxième tour entre les candidats de Le Pen et Mélenchon, ce n'est pas la France que je connais", a jugé la députée sortante au micro de France 3.

"La Nupes ce n'est pas l'extrême-gauche"

Charles Fournier, vice-président écologiste du conseil régional et candidat de la Nupes à Tours, s'est dit "scandalisé" par les tergiversations de la majorité. "Rappelons-nous le deuxième tour de l'élection présidentielle, il n'y a pas eu d'hésitation à gauche, il y a eu un vote pour Emmanuel Macron", indique Charles Fournier.

On peut mesurer l'ambiguïté de LREM sur le sujet, sa manière de placer les deux extrêmes à la même hauteur. La Nupes ce n'est pas l'extrême-gauche.

Charles Fournier, candidat EELV-Nupes dans la 1ère circonscription d'Indre-et-Loire

Le candidat écologiste voit dans cette tactique de la majorité une "façon de faire de la division sur la peur. Or on ne gagne pas sur la peur mais sur un projet". Arrivé troisième au premier tour de l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon avait en effet martelé "pas une voix pour Madame Le Pen". Néanmoins, la consultation en interne lancée par LFI avait donné priorité à 37% au vote blanc.

Lors de ce premier tour, les candidats de la majorité ont été soutenus par seulement un électeur sur quatre, la pire performance d'une majorité sortante au cours de la 5e République, tandis que l'abstention culmine à 52,59%, un nouveau record. Lors du second tour le 19 juin, la coalition Ensemble pourrait néanmoins conserver de 255 à 295 sièges selon les instituts de sondages, tandis que la gauche en gagnerait entre 150 et 210.