Agressions sexuelles dans le sport : “Le sujet est pris en compte, mais il y a encore beaucoup à faire”

Les casiers judiciaires des bénévoles dans les clubs de football en région Centre-Val-de-Loire sont désormais vérifiés. / © Sebastien Jarry/MaxPPP
Les casiers judiciaires des bénévoles dans les clubs de football en région Centre-Val-de-Loire sont désormais vérifiés. / © Sebastien Jarry/MaxPPP

La ministre des Sports, Roxana Maracineanu a dévoilé, ce vendredi 21 février, de nombreuses mesures pour lutter contre les violences sexuelles dans le milieu sportif. "Des mesures satisfaisantes", pour Fabien Lefèvre de l'association Les Colosses aux Pieds d'Argile en région Centre-Val-de-Loire.

Par Antoine Belhassen

Patinage, équitation, golf... Les accusations d'agressions sexuelles, notamment sur des mineurs, se sont succédé ces dernières semaines. La ministre des Sports, Roxana Maracineanu a annoncé, ce vendredi 21 février, une série de mesures pour lutter contre ces violences.

"Des mesures satisfaisantes", pour Fabien Lefèvre, chargé de développement pour l'association de prévention et de sensibilisation aux risques de pédocriminalité en milieu sportif "Les Colosses aux Pieds d'Argile".

Les contrôles d'honorabilité ?

La secrétaire d'Etat veut généraliser les "contrôles d'honorabilité" à l'ensemble des fédérations et des clubs, ce qui concernera environ 1,8 million de bénévoles et dirigeants. A l'heure actuelle, les éducateurs sportifs titulaires d'une carte professionnelle font l’objet de contrôles systématiques. Ces derniers sont réalisés annuellement par une consultation automatisée du bulletin n°2 du casier judiciaire et du Fichier judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles ou violentes (Fijais). Cette vérification n'est pas systématique pour les éducateurs sportifs bénévoles.

Ces contrôles font l'objet d'une expérimentation dans la région Centre-Val de Loire depuis novembre 2019 : les antécédents judiciaires des éducateurs bénévoles de tous les clubs de football de la région sont surveillés. Sur les 3 200 casiers judiciaires vérifiés, vingt posaient problème. Des affaires d'excès de vitesse, défauts d'assurance, conduite sous alcool ont été relevés et peuvent être frappés d'une incapacité d'encadrement.
 

"C'est un filtrage qui ne concerne que le football. Et encore pas tous les bénévoles. La récolte de toutes les données est trop importante. Mais la quasi-totalité des bénévoles est filtrée. L'objectif serait ensuite de couvrir les autres pratiques sportives. Le basket ainsi que le rugby devaient, dans un premier temps, être aussi surveillés. Mais le renseignement des licences n'est pas le même d'une discipline à une autre", regrette Fabien Lefèvre, chargé de développement de l'association Les Colosse aux Pieds d'Argile.

L'association est à l'origine de cette expérimentation dans la région Centre-Val-de-Loire : "On ne peut que s'en réjouir car le sujet est pris en compte. Mais il y a encore beaucoup à faire, notamment dans la récolte des données. L'objectif serait bien sûr d'étendre ce dispositif à tous les sports et sur tout le territoire."

Un code de déontologie pour les éducateurs ?

Au cours de leur formation, les éducateurs sportifs auront désormais un module "spécifique" et "obligatoire" sur le thème de l'éthique et de l'intégrité. Un code de déontologie pourrait également être mis en place.

"Il serait intéressant que ce genre de formation ne concerne pas que les violences sexuelles, mais également les faits de violence généralisée, les cas de radicalisation ou encore la sensibilisation au handicap", espère Fabien Lefèvre. L'éducateur explique avoir passé de nombreux diplômes dans le sport sans n'avoir jamais été sensibilisé à ces questions. "Un regret", témoigne-t-il.
 

Un répertoire national des associations sportives ?

"Ce serait une très bonne chose", explique le chargé de développement. Le ministère des Sports espère un répertoire national des associations sportives, afin qu'il puisse communiquer directement avec chacune d'elle. Cela permettrait notamment aux clubs de dialoguer plus facilement avec les associations. Une aubaine : "Les clubs sont quasi-démunis devant des affaires d'agression sexuelle ou autres. Ils ne savent pas comment faire."

La ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a également expliqué que le 119, numéro pour l'enfance en danger, devrait être étendu au champ sportif, après une formation des écoutants par la Direction des sports. "Jusqu'ici, nous n'avions pas de numéro dédié. Nous renvoyions déjà au 119 lorsque nous nous déplacions sur le terrain. Cela me paraît donc être une bonne chose que le 119 s'intéresse désormais aux spécificités des violences dans le domaine du sport."

Des mesures "satisfaisantes"

La ministre des Sports a annoncé toutes ces mesures suite aux différentes accusations de violences sexuelles qui ont ciblé plusieurs disciplines sportives depuis plus d'un mois : "En tant qu'association, nous avons eu le sentiment d'avoir été écouté. C'est satisfaisant. Le ministère a su réagir et s'est saisi de tous les enjeux, contrairement à des ministères précédents", se réjouit Fabien Lefèvre avant de conclure : 

Mais, il ne faudra pas pour autant s'alarmer sur une possible inefficacité de ces mesures. Il est possible qu'il y en ait d'autres. Malheureusement, là où il y a des enfants, il y a souvent des affaires...

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus