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“Et cette médaille, tu l'aimes” : Dina, e-athlète sur Just Dance et vice-championne du monde

Amandine "Dina" Morrisset, e-athlète, en démonstration à l'Orléans Game Show. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Amandine "Dina" Morrisset, e-athlète, en démonstration à l'Orléans Game Show. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

A l'Orleans Game Show, nous avons rencontré Dina. Elle n'est pas athlète, elle est e-athlète. Et elle a amené plusieurs fois la France sur le podium de son jeu, l'ultra populaire Just Dance. 

Par Yacha Hajzler

Quel est le point commun entre les études démographiques et le plus célèbre des jeux de danse ? Dina. A 32 ans, elle est trois fois championne de France et vice-championne du monde de Just Dance. Sorti en 2009, le jeu a généré une secousse pour les joueurs de deux consoles, la wii et la XBox, et généré autour de lui une véritable communauté de fans

"Le jour où j'ai découvert un jeu vidéo où on pouvait danser, j'avoue que... j'ai beaucoup kiffé ! entame Dina dans une grande inspiration. J'ai pu l'essayer un après-midi dans ma famille, je suis tombée tout de suite amoureuse. J'ai réussi à faire mon premier 5 étoiles. C'était sur Cotton Eye Joe, je m'en rappelle encore". Et d'entonner la chanson dans la foulée. 

Un peu plus qu'un athlète, un peu plus qu'une gameuse, ce jeu où l'on doit reproduire à la perfection une chorégraphie qui défile à l'écran a fait de Dina une e-athlète. Presque par hasard. "Ah, je suis née professionnelle... Ma maman savait que j'allais devenir championne de jeux vidéos. Non, pas du tout !", se marre-t-elle franchement. 

En réalité, la course folle commence en 2014, lorsque l'éditeur du jeu, Ubisoft, décide d'organiser la première coupe du monde de Just Dance. Amusée, Dina s'inscrit aux premières qualifications en ligne. Les organisateurs doivent retenir pour la France les huit premiers. Elle termine 10ème, sur des centaines de participants. 
 

Sur le toit du monde


"Et là, il s'est produit le miracle... C'est le destin. Il y a eu deux désistements, ils m'ont appelée. A l'époque, je savais pas que ça allait changer ma vie. J'ai fini championne de France, et qualifiée pour les mondiaux dans la foulée. Je suis passée de mon salon à la scène de la Paris Games Week devant 6000 personnes, en trois semaines."
 

Et cette fois, elle est entraînée ! "J'ai posé des jours de congé à mon taff, je me suis achetée la console officielle de la compétition, que je n'avais pas les moyens de me payer. Du coup, je l'ai prise sur internet pour avoir 30 jours pour la renvoyer et récupérer les sous... Système D ! Je l'ai poncée, la console" admet-elle, geste à l'appui. La magie opère. Elle sort gagnante de son groupe. Ils ne sont plus que quatre. 

"Trois brésiliens, et moi, la seule fille, la française. Mais les brésiliens... Popopooo ! Ils ont la réputation d'être chauds mais ils le sont vraiment !", admire Dina. Elle termine sur le podium, à la troisième place. Pour elle, c'était hier encore. "Quand je suis remontée sur scène, je me rappelle avoir vu le drapeau de la France, à côté des deux drapeaux brésiliens. Et c'était un sentiment incroyable. J'ai représenté mon pays jusqu'au podium. On t'apporte la médaille, c'était la première de toute ma vie! Et cette médaille tu l'aimes."
 

L'effet boule de neige


Rentrée chez elle, la déprime guette, dans son institut d'études démographiques. "J'avais une vie très cool, j'étais heureuse, mais c'était plus standard que ce que ma vie est maintenant." Puis vient le premier message, suivi de près par plein d'autres, et les premières demandes sur les réseaux sociaux. Devant l'enthousiasme de ceux qui la contactent, elle qui pensait n'être "personne" finit par ouvrir une page Facebook. Ils sont aujourd'hui 12 000 à la suivre. 
 

Les réseaux sociaux créent ce qu'ils savent faire de mieux : un effet boule neige. "J'ai vu la chaîne d'un des mecs que j'avais affronté en demi-finale, il se filmait en train de danser, c'était plus grosse chaîne Just Dance de Youtube. Je trouvais ça cool, et je me suis dit que j'allais faire encore plus cool : récréer Just Dance dans la vraie vie. Aller me filmer dehors, dans des lieux qui rappellent les décors du jeu."

Carton plein. Sa chaîne touche du doigt les 100 000 abonnés. En particulier grâce à une vidéo à 4 millions de vues, tournée au Louvre, toute en costumes et scénario. 
 

Aujourd'hui, Amandine "Dina" Morisset est à la programmation d'une trentaine d'événements par an, a ouvert sa propre chaîne de streaming sur Twitch, et joue les animatrices pour une Le Stream (ah oui, et elle travaille toujours dans son institut d'études démographiques). Elle a été vice-championne du monde, en 2016. Mais il y a une chose que selon elle, elle n'est pas : danseuse. 
 

Danser ou scorer ?


"Je suis une joueuse. Il y a des danseurs qui viennent à nos compets', et il y en a qui ont déjà tenté leur chance, et pour moi, c'est un tout autre niveau. Ils rajoutent leur patte, alors que dans Just Dance, à mon sens le but c'est de coller au jeu." Un débat qui fait rage chez les aficionados. Car lors des compétitions, les scores du jeu ne font pas loi. Un jury attribue aussi des points et, lors de la dernière édition de la coupe du monde, ils ont apporté une attention toute particulière au style. 

"La Just Dance World Cup est en hiatus pour un an, justement parce qu'Ubisoft va prendre le temps de se demander vers quoi va s'orienter la compétition. Il y a ceux qui pensent qu'on n'a pas besoin de jury, et que le jeu a raison, et ceux qui veulent voir quelque chose de beau."

Pour Dina, son métier, c'est scorer, et elle ne ménage pas sa peine. "En phase de compétition, j'essaie de me consacrer jusqu'à 5 ou 6heures par jour à l'entraînement. Je me filme, je regarde, j'analyse les chorégraphies, j'essaye de pousser chaque mouvement au perfect." 
 
Dina, sur "Finesse" de Bruno Mars et Cardi B. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL
Dina, sur "Finesse" de Bruno Mars et Cardi B. / © Yacha Hajzler / France 3 CVDL

Parce qu'une XBox, ça reste une machine, et qu'une machine, c'est bête et méchant, mais au moins, c'est carré. "L'outil, il perçoit une succession d'images, pas une vidéo. Il attend que tu sois au bon endroit au bon moment, tes pieds, ta tête, ton bras. A force, tu vas savoir que tu vas mettre ta main un peu plus en avant, un peu plus en arrière. Tu vas aussi apprendre qu'il y a des mouvements qu'il faut faire une miliseconde en avance, ou en retard. Il y a des choré que j'ai dû faire 300 fois, sans exagérer."

Et si elle en a marre, elle regarde vers l'objectif : devenir championne du monde. 
 

"Comment tu fais pour arrêter ?"


Alors boulot la semaine, Just Dance le soir, événements le week-end, Twitch et Youtube par-dessus... Ça sentirait par un peu le craquage ? Même pas en rêve, pour la tornade aux cheveux d'or. 

"Je vis ma meilleure vie ! s'émerveille Dina. Je fais des choses que je ferais jamais sans ce jeu. Je vois plein de gens, je visite plein d'endroits..." Ses premiers adversaires de 2014 sont devenus ses amis : elle a même eu droit à des vacances au Brésil, avec celui qui lui a ravi le titre mondial. "C'est des vrais liens d'amitié. C'est une passion qui est vraie, où tu mets ton coeur. Quand tu danses, tu peux pas te cacher derrière des faux mots ou des fausses attitudes."

Et même au plus près d'elle, on retrouve Just Dance. "J'ai la chance d'avoir un conjoint qui est aussi à fond dans ce que je fais. On s'est rencontrés grâce au jeu. On était tous les deux envoyés à Los Angeles pour l'E3 par Ubisoft, lui pour le jeu de voiture The Crew. Il est vidéaste et monteur, il vient avec moi dans les événements."

On avait prévu de lui poser la question : et après Just Dance, quand ce sera fini ? Mais c'était pas une bonne question.

Elle a parlé de Just Dance 2020, de ce qu'elle fera de la choré du livreur de sushi... "J'ai pas envie d'arrêter les événements, parce que je vois les gens, y'a une énergie de malade, que peux pas décrire. Mes stream, ça me permet de rester en contact avec ceux qui habitent loin ; ma chaîne youtube, je veux pas l'arrêter parce que c'est trop bien et... Les gens sont là : "merci pour ce que tu fais, tes streams me redonnent la pêche"... Je vais arrêter ? Comment tu fais pour arrêter ? Tu peux pas arrêter !"
 

 

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