Documentaire. "Les caresses de l'ombre", comment les chevaux aident les femmes à préparer leur sortie de prison

Après des années d'enfermement, quatre femmes en détention appréhendent le moment où elles sortiront du centre pénitentiaire de Rennes. Déracinées de la vie en société, elles vont devoir affronter leurs peurs pour faire face aux interactions du monde extérieur. L'accès à la médiation équine est un atout riche d'enseignement dans leur parcours d'exécution de peine et leur vie future hors des murs.

Catherine Mercier, qui a fait ses premiers pas de psychologue en prison, est à l'initiative de ce projet. Face à une détenue, tétanisée par sa sortie, l'idée de la médiation équine s'est imposée. Une proposition acceptée avec enthousiasme par la direction de la prison de Rennes en 2008.

Aujourd'hui, il est reconnu que les animaux sont des passeurs d'émotions qui se faufilent entre les failles des êtres humains les plus fragilisés. Des baumes au cœur qui ont le pouvoir de passer les obstacles des carapaces et d'atteindre l'insoupçonnable. Ils touchent l'invisible et dialoguent sans les mots, sans jugement et sans a priori. La rencontre est unique. Un face-à-face intime qui interroge et bouscule aussi, quand l'animal n'a pas le comportement attendu. Que cherche-t-il à nous dire ? Catherine Mercier accompagne Sarah, perplexe et déstabilisée par l'attitude d'Amazon, qui n'est pas très coopératif. "On dirait qu'il boude. Il est compliqué, il est comme moi."

La médiatrice lui explique que le cheval l'invite peut-être à réfléchir autrement. "Le cheval, il va venir nous convoquer sur ce qu'on est vraiment fondamentalement, au fond de soi. Ce qui va permettre à la fois, des prises de conscience, mais aussi beaucoup de prises de confiance en soi. "

Chaque année, Catherine et son coéquipier Damien passent les grilles de la prison pour entrer dans l'enceinte close. Trois jours durant, les détenues et les chevaux se découvrent et s'apprivoisent. Des fenêtres, les duos sont observés et les retours sont souvent moqueurs. Une démarche, pas toujours comprise par les autres détenues, enviée aussi peut-être parce qu'il faut oser passer le cap de la vulnérabilité. S'affranchir des regards extérieurs, s'ouvrir à l'inconnu et prendre le risque de laisser tomber l'armure. Se tourner volontairement vers la médiation animale est déjà un engagement et une mise en mouvement.

L'expérience de la médiation animale va plus loin et se joue aussi hors les murs. Véronique Sousset, directrice du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes a défendu auprès du juge d'application des peines et du Procureur de la République, une permission de sortie pour des détenues sélectionnées. Le documentaire de Danièle Alet nous permet de vivre cette immersion dans ce paysage inconnu. L'occasion peut-être de dépasser nos idées préconçues et de répondre à nos interrogations.

Le centre équestre des quatre routes

Quarante-cinq minutes de route, deux femmes à l'arrière. L'une est plongée dans le silence et l'autre est en effervescence. Ce voyage, qui peut sembler anodin pour la plupart d'entre nous, ne l'est certainement pas pour elles. L'excitation pour l'une qui connaît les chevaux et l'appréhension pour l'autre face à l'inconnu. Des approches différentes selon les personnalités et le chemin de vie. Elles feront ce trajet chaque matin pendant quatre jours consécutifs. Si le contrat est rempli, quinze jours plus tard, elles passeront une nuit sur place, sans barreau, sur un bon matelas et dans une chambre avec des rideaux aux fenêtres.

Au-dehors, un ballet incessant de voitures, des panneaux publicitaires et de signalisation, puis le calme de la campagne. Le parfum de la nature et celui, si particulier des chevaux. L'expérience de la route comme celle de la médiation sera singulière pour chacune d'entre elles.

Véronique Sousset tient à le souligner avec insistance : "Ce n'est pas de la récréation, ce n'est pas de la récompense. Ces sorties ont du sens dans l'exécution de la peine parce qu'on sait que la prison infantilise. On n'est pas maîtresse de son emploi du temps. On connaît les effets de désocialisation de la prison. La médiation animale, c'est aussi retisser du lien social avec l'extérieur."

Ce n'est pas facile la liberté. Ce n'est pas aussi évident de l'appréhender. Parfois après de longues années.

Véronique Sousset, directrice de la prison pour femmes de Rennes, jusqu'en juin 2023

L'enfermement dans une cellule de 7 m2 et les règles strictes encadrent les détenues. Dépendantes de leur lieu de vie et soumises aux conditions carcérales, elles ont au fil des années, perdu de leur autonomie. L'une d'elles a été incarcérée si jeune qu'elle ne connaît plus autre chose. Ces murs sont peu à peu devenus ses seuls repères.

Leur peur du monde extérieur a un effet miroir. La peur de se retrouver seule, sans tuteur pour rester droite et ne plus pencher du mauvais côté de la balance. Trouver l'équilibre et le juste milieu quand cela s'avère nécessaire. Une attitude qui demande conscience, confiance et estime de soi. La médiation avec le cheval est là pour ça !

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"Laisser libre cet espace de vulnérabilité pour vous permettre d'avancer" ©France télévisions / Aligal Production

Les murs des apparences tombent, les nœuds se dénouent et les larmes enfouies jaillissent subitement. Un moment inconfortable, surtout, quand il n'est pas vécu dans l'intimité. Un lâche prise bénéfique pour laisser libre cours à ses émotions, pour que les mots coulent de source, enfin !

Le cheval est porteur dans tous les sens du terme.

Catherine Mercier

Chacune expérimente son interaction avec le cheval. Élise craint d'en changer quand Roselyne passe de compagnon en compagnon pour cheminer jusqu'à celui qui lui convient vraiment. Sarah donne sa préférence à Tango, éborgné et moins impétueux qu'Amazon. Les contacts évoluent, les liens se renforcent avec un cheval en particulier ou bien, ils deviennent moins exclusifs pour s'accorder un espace de choix et de liberté.

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"Un bout de cheval avec elles" ©France télévisions / Abigal Production

La route est encore longue pour certaines et le retour derrière les barreaux est douloureux. Elles ont néanmoins ouvert une fenêtre sur un paysage intérieur où des chevaux gambadent. Elles savent aujourd'hui, qu'elles pourront, à leur sortie, retrouver dans la lumière, les caresses de l'ombre.

► Le documentaire "Les caresses de l'ombre" réalisé par Danièle Alet, produit par Aligal Production, France Télévisions, France 3 Bretagne, la Fondation Adrienne et Pierre Sommer et le Centre national du cinéma et de l'image animée (CNC) est à voir sur notre antenne France 3 Centre- Val de Loire, ce jeudi 02 novembre à 23h00 et en replay sur Francetv.fr