Droit à l'avortement : un nouveau "manifeste des 343" demande l'allongement des délais de recours à l'IVG

A l'occasion du cinquantième anniversaire du "manifeste des 343" publié dans le Nouvel observateur le 5 avril 1971, une nouvelle tribune a été publiée ce 4 avril dans le JDD.

Des militantes pour le droit à l'IVG à Bruxelles, en novembre 2020. Photo d'illustration
Des militantes pour le droit à l'IVG à Bruxelles, en novembre 2020. Photo d'illustration © Nicolas Landemard / Le Pictorium / Maxppp

Une tribune dans le JDD signée par 343 "femmes et personnes pouvant vivre une grossesse", militantes féministes, musiciennes, actrices ou politiques dont Vanessa Paradis, Béatrice Dalle ou Najat Vallaud-Belkacem, réclame l'allongement des délais de recours à l'IVG en France, au-delà de 12 semaines. Ce texte est publié à la veille du 5 avril, cinquantième anniversaire du "Manifeste des 343", des femmes célèbres ou anonymes affirmant avoir avorté illégalement, qui a  marqué l'histoire du droit à l'avortement en France. En mai 2020 déjà, le Planning familial tirait la sonnette d'alarme sur le recul du droit à l'IVG.

"Le patriarcat freine nos choix"

Cinquante ans plus tard, "nous n'avons pas encore acquis la propriété pleine et entière de nos corps. Le patriarcat freine nos choix", écrivent les signataires. Parmi elles, des actrices dont Laure Calamy, Julie Gayet et Corinne Masiero, des chanteuses, des réalisatrices mais aussi des journalistes, responsables politiques ou militantes. Outre Sarah Durocher, co-présidente nationale du Planning familial à l'origine de la tribune, on retrouve également la conseillère régionale socialiste Fanny Pidoux.

Au micro de nos confrères de France Bleu Orléans, cette dernière a constaté que "le droit des femmes doit être garanti" dans le contexte de la "crise multiple" représentée par la pandémie, "mais il ne l'est pas parce que l'accès n'est pas efficace". Lors du premier confinement, a-t-elle souligné, la question s'est posée de savoir si les avortements prévus allaient être maintenus ou s'il allait falloir les déprogrammer en tant qu'opérations non urgentes, dans le cadre du plan blanc. En France, contrairement à certains de nos voisins, "l'avortement n'a pas une évidence, ça n'a pas été jugé comme indispensable alors même qu'il y a des contraintes en terme de délais".

Un droit à l'avortement "limité et conditionné"

Le droit à l'avortement, s'il est inscrit dans la loi, reste en effet menacé par les limites et contraintes qui lui sont liées, d'après les signataires du nouveau manifeste. "Par rapport à l'avortement la loi en a fixé la limite: douze semaines de grossesse. Au-delà, les recours sont limités et conditionnés", d'une part aux "médecins qui statuent alors sur la 'nécessité médicale' d'interrompre une grossesse", et d'autre part "à notre situation socio-économique", écrivent ces 343 femmes. "Les personnes concernées dotées de ressources pourront se rendre à l'étranger, dans des pays dont les législations plus progressistes leur permettront d'avorter dans des conditions sécurisées". 

"Enfin, privées de leur droit à disposer de leur corps, il y a ces femmes forcées à poursuivre une grossesse non désirée. Cette violence est infligée dans le silence et l'indifférence", dénonce le texte.

En solidarité avec toutes ces femmes, je déclare que je suis l'une d'elles. Je déclare avoir avorté. En France. A l'étranger. Au-delà du délai légal français. Je pourrais être l'une d'entre elles. Je suis solidaire. J'exige la réelle maîtrise de mon corps, j'exige le respect de mon corps, de mes droits et de mes choix, j'exige l'allongement des délais légaux d'accès à l'IVG

Nouveau "manifeste des 343"

Sur LCI le 4 avril, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a dit "à titre personnel" être "favorable" à l'allongement du délai. "Je crois que le gouvernement regarde ça de près", a-t-il ajouté, soulignant que le Comité consultatif national d'éthique (CCNE) avait donné un avis favorable.

En février dernier, le retrait d'une proposition de loi pour allonger le délai d'accès à l'IVG de 12 à 14 semaines de grossesse avait provoqué des remous à l'Assemblée nationale. Le groupe socialiste avait dû y renoncer en raison des nombreux amendements déposés par la droite, accusée d'obstruction. "C'est un sujet sur lequel on peut s'en remettre à la sagesse du Parlement", selon le porte-parole du gouvernement. Les députés LREM pourraient inscrire le texte à l'ordre du jour d'une semaine leur étant réservée.

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