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Depuis la rentrée 2018, le Groupe d'Action Gay et Lesbien du Loiret (GAGL45) intervient dans les collèges et lycées du Loiret pour sensibiliser les professeurs et infirmier(e)s scolaires à la question de la transidentité. Le premier bilan est positif. 

Tout commence fin juin, avec une élève de sixième. Elle est une fille, l'état civil dit le contraire. Les profs disent comme l'état civil. "La jeune fille allait mal, elle se scarifiait... Le genre est un identifiant très, très fort de notre société. Quand on est identifié dans un genre qu'on ne reconnaît pas, manifestement les souffrances sont considérables" analyse gravement Christophe Desportes-Guilloux.

Après la visite de cette jeune fille transgenre et de ses parents, en fin d'année scolaire 2018, le Groupe d'Action Gay et Lesbien du Loiret, dont il est le secrétaire, décide d'agir. Pour cette petite association orléanaise, dont aucun membre bénévole n'est transgenre, c'est une première.
 

"Pas légitime" mais légitimé

"Les personnes trans, souvent, expriment que le fait qu'elles doivent s'occuper elle-même des sujets trans. Je ne suis pas légitime. Mais ici, il n'y en a pas. Qu'est-ce qu'on dit aux parents qui demandent de l'aide ? Qu'on ne peut pas faire ?" désamorce Christophe Desportes-Guilloux. 

Alors on cherche de la documentation. On demande des retours d'expérience aux autres associations. Le GAGL45 cherche, et ne trouve pas. L'association décide alors de rédiger son propre guide pédagogique à destination des professeurs, de l'encadrement, et des infirmier(e)s scolaires. "L'idée, c'était un peu de lister toutes les questions possibles, les réponses qu'on peut donner, sans paraître prescripteurs, ni en se prétendant des hyper spécialistes de la transidentité." Le document convainc : il est distribué à l'ensemble des infirmier(e)s scolaires du Loiret., à la rentrée 2018. 
 

"Episode suivant. Le jour de la rentrée scolaire, un homme vient ici et nous dit : j'ai un garçon transgenre, et ce matin, il nous a dit qu'il faisait son coming out au collège" s'étonne encore le secrétaire qui, auparavant, n'avait jamais eu à traiter un cas relevant de la transidentité. Une réunion est organisée avec le collège.

C'est le début d'une série d'ateliers, dans 5 établissements publics du département. 
 

50 nuances de genre

On connaît le Ginger Bread, le petit bonhomme de pain d'épices, qui a notamment inspiré le personnage de Tibiscuit, dans le dessin animé Shrek. Christophe Desportes-Guilloux et le GAGL45 ont importé un concept tout aussi américain : le Gender Bread. Le secrétaire l'utilise lors des ateliers, pour montrer que le genre est une question bien moins binaire qu'il n'y paraît

"La question qu'on pose c'est : est-ce un garçon ou une fille ? Comme ça, on ne sait pas. Alors : que faudrait-il voir, ou savoir, pour pouvoir le dire ? Sur le moment ça ne marche pas." 

Alors, Christophe Desportes-Guilloux range un instant son Gender Bread et se prend comme exemple, pour se faire genrer. "J'ai un peu de barbe, ma voix, je vous ai dit que je m'appelais Christophe. En fait, tout ça, ce n'est pas mon genre, c'est ce que j'exprime : mon expression de genre" soulève-t-il, presque malicieusement.

L'amorce lui permet d'établir toutes les nuances. L'expression de genre, ce que l'on montre. Le sexe, qui est une manifestation physique. La sexualité, le spectre des personnes vers lesquels on va être attirées ou non. Et enfin, l'identité de genre : l'expérience intime que l'on a de son propre genre. 
 

"A côté, je mets des choses qui sont très binaires, et la nuance. Par exemple, pour l'expression de genre, on a féminin, masculin, mais on a aussi androgyne. Pour l'orientation sexuelle, on a hétéro, homo, bi, et le curseur se balade. Pour le sexe, ça permet d'introduire la question des intersexes. Et puisque les personnes intersexes existent, il peut y avoir des gens qui se revendiquent d'un genre non-binaire", développe Christophe Desportes-Guilloux. 
 

"Ils sont déjà tous au courant"

Quatre points majeurs sont abordés : l'usage du prénom, l'usage du genre, la fréquentation des lieux non-mixtes, et les questions de l'équipe pédagogique. 

Une inquiétude revient, souvent : ne vaudrait-il mieux pas avoir l'avis d'un médecin avant de prendre une décision ?

"La loi de 2016 est claire, tranche le secrétaire du GAGL. Pour qu'une personne adulte change de sexe à l'état civil, il lui suffit de se présenter comme appartenant au sexe revendiqué, et d'être reconnue par d'autres comme étant de ce sexe-là. C'est bien écrit : l'absence de documents médicaux ne peut justifier le rejet de la demande. La loi dit que ce n'est pas une question médicale."

Autre grosse peur du corps enseignant : comment en parler aux autres élèves ? Là, Christophe Desportes-Guilloux se marre gentiment. "Je leur ai dit : je ne suis pas allé voir dans les classes, mais, à mon avis, ils sont déjà tous au courant ! Et franchement, tous les élèves qu'on suit ont un fort soutien de la part de leurs camarades."
 

Il réfléchit à voix haute. "Pour les élèves, la question de la transidentité est au final moins compliquée que celle de l'homosexualité. La transidentité pour eux, bon : c'était un garçon, maintenant il dit qu'il est une fille. Alors qu'un homosexuel... Il pourrait me draguer."

Ces appréhensions levées, le reste roule tout seul : les six élèves suivis par le GAGL sont désormais nommés avec leur prénom choisi, et genrés comme ils le souhaitent. 
 

Ecoles privées : l'angle mort

"On suit six élèves transgenres, mais ils sont neuf, en réalité. Les trois derniers sont dans des établissements privés, on n'a pas de contact à l'intérieur, regrette Christophe Desportes-Guilloux. La question des établissements privés, c'est celle de la religion, et en particulier catholique. Et la question de la religion, dans le monde LGBT, c'est une question compliquée..."

Pour essayer d'établir un lien, le secrétaire du GAGL a rencontré Jacques Blacquart, l'évêque d'Orléans. "On a discuté de l'église et de l'homophobie, du rejet dans les famille. Je lui ai dit qu'on n'intervenait dans aucun établissement privé, il a dit : "Ce n'est pas normal." Il m'a aidé à prendre rendez-vous avec le directeur diocésain de l'enseignement catholique."

Christophe Desportes-Guilloux s'est entendu longuement avec un adjoint, sans suites. Même silence du côté de l'APE, l'association des parents d'élèves. 

"Il y a encore un mur entre ce monde-là et nous, et c'est dommage. Les gamins, homo, bi ou trans, ils souffrent plus, dans ces établissements. Pas à cause de l'établissement, mais à cause de l'idée que tout le monde se fait de ce qu'on doit faire dans l'établissement."

Le docteur Erik Schneider, luxembourgeois spécialiste de la transidentité estime qu'un enfant sur 500 serait transgenre, soit potentiellement un par établissement scolaire. "Quand on présente les choses comme ça, un(e) infirmier(e) scolaire se dit : ah oui, je vais avoir à gérer ça un jour. C'était un peu ça l'idée : si ça arrive, ça existe, on sait quoi faire."
 
Une carte des collèges publics de Loiret