Génocide au Rwanda : un ex-haut responsable retrouvé près d'Orléans poursuivi pour "crimes contre l'humanité"

Mediapart a retrouvé le 24 juillet le génocidaire  Aloys Ntiwiragabo, réfugié et caché en banlieue d'Orléans. Une nouvelle enquête est ouverte à son encontre. 
Des objets personnels ayant appartenu aux victimes du génocide - Photo d'illustration
Des objets personnels ayant appartenu aux victimes du génocide - Photo d'illustration © Jacques NKINZINGABO / AFP
"Comment la France a-t-elle pu le laisser passer ?" s'interrogeait Mediapart le 24 juillet. Le journal indépendant a retrouvé, au prix d'une longue enquête, l'un des hauts responsables rwandais qui ont activement participé au génocide des Tutsis, en 1994. Aloys Ntiwiragabo se cache en banlieue d'Orléans depuis des années. "Non seulement [il] réside bien là mais il dispose de documents d’identité à son nom" écrit le journaliste Théo Englebert. 
   

Le fantôme Ntiwiragabo


Le lendemain de la parution de l'article, une enquête préliminaire a été ouverte par le Parquet national antiterroriste pour "crimes contre l'humanité" contre Aloys Ntiwiragabo, chef des renseignements militaires pendant le génocide. Selon une source judiciaire, Aloys Ntiwiragabo ne faisait l'objet d'aucune plainte en France et n'était recherché ni par Interpol, ni par la justice française ou rwandaise. Il a fait l'objet par le passé de mandats d'arrêts de la part du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), qui ont été levés depuis plusieurs années. 

Le pôle "crimes contre l'humanité" du tribunal de Paris avait cherché à l'entendre comme témoin en 2012 dans une enquête et avait sollicité les autorités rwandaises. Ces dernières, selon la source judiciaire, avaient répondu que M. Ntiwiragabo était réfugié dans un pays africain.

Selon l'acte d'accusation du Tribunal pénal international pour le Rwanda, le rôle d'Aloys Ntiwiragabo dans un massacre qui a fait au moins 800 000 morts aurait été central. Il est évoqué comme faisant partie d'un groupe de onze responsables qui, "dès la fin de 1990 jusqu'à juillet 1994 (...) se sont entendus entre eux et avec d'autres pour élaborer un plan dans l'intention d'exterminer la population civile Tutsi et d'éliminer des membres de l'opposition et se maintenir ainsi au pouvoir". C'est notamment lui qui aurait "mis à jour" la liste des civils et politiques à exécuter. 
 

Traque des génocidaires : une France complaisante


Malgré la gravité des faits, l'enquête de Médiapart tend à montrer qu'Aloys Ntiwiragabo a pu s'établir en France assez facilement. La responsabilité de la France dans l'une des plus grandes tragédies du XXème siècle est difficile à quantifier, mais bel et bien existante. La Vème République est restée  jusqu'au bout l'alliée du dernier régime hutu du Rwanda. 
 
Le 16 mai, l'arrestation après une cavale de 25 ans du "financier" du génocide rwandais, Félicien Kabuga, près de Paris, avait jeté une lumière crue sur la présence ancienne et la traque tardive de présumés génocidaires en France. 
    
La cour d'appel de Paris a émis début juin un avis favorable à sa remise à la justice internationale, mais M. Kabuga s'est pourvu en cassation. L'audience lors de laquelle sera examiné ce dossier est prévue le 2 septembre. La même cour d'appel de Paris a par ailleurs confirmé début juillet le non-lieu dans l'enquête sur l'attentat déclencheur du génocide de 1994, une affaire qui empoisonne les relations diplomatiques franco-rwandaises depuis plus de 20 ans.
 
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