Guerre en Ukraine : des parachutistes français sautent sur l'Estonie sur fond de tensions avec la Russie

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Écrit par Bertrand Mallen (avec AFP)

Transporté par l'escadron Béarn, stationné à Orléans-Bricy, des légionnaires français ont participé à des exercices avec l'armée estonienne, sur fond de tension avec le voisin russe.

Une lumière verte, un hurlement et une poussée dans le dos pour sauter de l'avion: les armées françaises et estoniennes ont conduit cette semaine un exercice de largage de parachutistes en Estonie, sur fond de tensions entre la Russie et l'Otan. L'opération, baptisée "Thunder Lynx", est délicate au vu de la situation en Mer Baltique. Mais le contexte géopolitique, les légionnaires du 2e régiment étranger de parachutistes n'y pensent pas. 

"On saute à 80, mais on ne sera peut-être pas 80 en bas !"

"C'est un saut normal, de masse, à 300 mètres. Les difficultés sont liées à la météo", confie à l'AFP le capitaine Guillaume avant le décollage de Solenzara (Corse-du-Sud). "On saute à 80, mais on ne sera peut-être pas 80 en bas. Ça va de la cheville tordue à la vertèbre cassée", ajoute-t-il.

Dans la carlingue de l'A400M Atlas, les parachutistes chargent leurs volumineux paquetage. Ils sautent avec un poids de 165 kilos, soldat compris. Dans l'avion, on parle français avec tous les accents du monde. Malgré le froid, les sourires s'affichent. Certains dorment dans le confort tout relatif du bruyant appareil. 

Après trois heures de vol, la zone de largage de Nurmsi, dans le centre de l'Estonie, approche. Les paras se préparent, rangée après rangée pour ne pas se gêner: l'avion est gros, mais 80 légionnaires équipés prennent tout l'espace. Deux Mirage français rejoignent l'A400M pour l'escorter.

"On est accompagné de deux chasseurs pour travailler la coordination. C'est important de montrer qu'on sait le faire, de montrer que l'on est une armée crédible", explique le commandant Pierre-Yves depuis son cockpit.

"Les opérations aéroportées permettent une action en profondeur, rapide et loin. Cela vient distribuer les forces au sol différemment, au-delà des positions tenues et de la ligne de front", ajoute le pilote de l'escadron Béarn, basé à Orléans-Bricy. 

Les Français, des "alliés fiables"

Au signal du chef de soute, les largueurs ouvrent les portes arrières latérales de l'avion. Suivant leurs gestes, les hommes se lèvent, accrochent leur sangle d'ouverture automatique au câble de largage et attendent, secoués par les lacets de l'avion.

"L'objectif, c'est de respecter la cadence: un parachutiste par seconde. C'est ça la complexité du largage", confirme l'adjudant-chef Cédric, chef largueur du premier régiment du train parachutiste.

Premier passage par les deux portes: la lumière verte s'allume. Vingt secondes après le "Go !", les 40 premiers parachutistes ont sauté. Deuxième passage, les 40 derniers déploient leurs voiles sans accroc. Une fois le contact avec le régiment estonien établi, la mission se déroule selon le plan. Les objectifs sont saisis.

"Tout s'est bien passé. Pas de blessé et des conditions météo idéales. Sur la partie tactique, ça a été assez simple car nous avons les mêmes procédures. Les Estoniens étaient très intéressés par cette manœuvre de recueil de renforts", explique le capitaine Guillaume, de retour sur la base de l'Otan (Organisation du Traité de l'Atlantique Nord) d'Ämari, en Estonie.

Côté français, personne ne s'aventure à faire allusion à la Russie ou au contexte géopolitique. Les soldats baltes, eux, ne boudent pas leur satisfaction après cet exercice de projection.
"Les Français ont fait de l'excellent travail. (...) Ça veut dire qu'ils sont des alliés fiables", se félicite le sergent Jyri. "Nous sommes une petite nation. Nous n'avons pas d'avion, ni de char, mais nous avons des alliés. Ma famille se sent plus protégée avec l'Otan", confie-t-il. 

"Ce genre de mission, c'est important. Ça montre à notre peuple que nous ne sommes pas seuls et que nous ne serons pas oubliés", renchérit le sergent Mattias. "Les violations de l'espace aérien, ça fait des années, c'est toujours pareil", glisse le sous-officier.

Ces choses-là ne nous font pas peur. On se concentre sur les choses importantes: tant que les chars russes ne roulent pas sur le sol national, tout va bien.

Sergent Mattias

Ce 22 juin, le jour même du saut, le ministère de la Défense estonien a justement dénoncé une "escalade" de la part de la Russie, quelques jours après le viol de l'espace aérien estonien par un hélicoptère militaire russe et des simulations de tirs de missile non loin de la frontière.