Eurosatory : avec la guerre en Ukraine, les affaires reprennent pour le marché des armes dans le Cher

La guerre en Ukraine a donné un coup d'accélérateur à l'emploi à Bourges. Les acteurs majeurs du secteur de la défense, comme Nexter ou MBDA, se sont donnés rendez-vous à Eurosatory, le salon international de "l'industrie de la défense" à Paris.

Les voilà déjà en service, les canons Caesar envoyés en Ukraine. Filmés par France 24, ils débarquent dans un champ du Donbass, s'alignent, tirent. Après de longues secondes, un coup de tonnerre lointain signale l'arrivée des obus sur leur cible, à 17 kilomètres de là. Immédiatement, le convoi repart pour éviter d'attirer le feu de l'artillerie russe. Seulement "quatre minutes et vingt secondes" se sont écoulées.

Quand on n'a que du lourd pour parler aux canons

Une semaine plus tard, à 2500 kilomètres de là, ces mêmes canons Caesar sont les stars du salon Eurosatory, le rendez-vous international des fabricants d'armes et d'équipements militaires à Paris. Cette industrie a toujours été plutôt rentable, mais la demande a explosé depuis le début du conflit russo-ukrainien le 24 février.

Le Camion Equipé d'un Système d'ARtillerie (Caesar), élégant acronyme dont l'armée a le secret, est un bijou de technologie à la fois puissant, rapide et précis. Une grande partie du système est fabriquée par Nexter à Bourges, comme l'explique Olivier Fort, représentant du groupe sur le salon. "Tous les tubes de tous les systèmes de l'armée française sont réalisés à Bourges", explique-t-il. Et après les prouesses du canon dans le Donbass -- l'armée ukrainienne affirme qu'il aurait détruit 80 pièces d'artillerie russe -- la demande ne fait qu'augmenter.

Les gens en ce moment parlent beaucoup du Caesar, nécessairement le monde entier voit que c'est un système qui accomplit des performances extraordinaires. Donc pour nous ça ne peut être que bénéficiaire.

Olivier Fort, chargé de marketing de Nexter

Le discours est globalement le même chez le missilier MBDA, "outil de souveraineté au service de la nation" comme le formule son directeur général, Éric Béranger. Mécaniquement, il serait tentant de s'attendre à une embellie du côté des emplois.

L'entreprise employait 10 000 salariés dans le monde en 2018 dont 1650 sur son site de Bourges. Et la tendance est à la hausse. "Cette année encore sur l'ensemble du groupe nous avons embauché 1500 personnes", dont plusieurs centaines en Centre-Val de Loire, indique l'industriel. "Le président de la République a indiqué que nous avons changé de monde, en passant d'une économie de paix à une économie de guerre.

Une industrie qui repart mais des stocks fragilisés

Aucun chiffre, ni sur les emplois, ni sur le nombre de machines produites, ne sera donné par Nexter. Mais après l'envoi de 12 Caesar en Ukraine, "les besoins se font pressants pour l'armée de terre et pour d'autres pays" et le groupe va avoir besoin de recruter et de s'agrandir. 

En effet, si entre 2014 et 2020 la France était largement le premier exportateur d'armes européen à destination de l'Ukraine avec 1,6 milliards d'euros de matériel, la politique de donations entamée au printemps a un coût. Seuls 76 Caesar existaient en France avant la guerre. Avec le départ de 12 unités prélevées, les stocks militaires français se sont appauvris d'autant. Selon certains observateurs du milieu de la défense, le départ au compte-goutte de canons vers l'Ukraine dévoile les faiblesses structurelles de l'armée française, alors même que la fabrication d'un seul Caesar peut actuellement prendre un an.

Déjà vendu à sept pays (Arabie saoudite, Danemark, Indonésie, Thaïlande, République tchèque, Maroc et Belgique) pour un total de 300 exemplaires, les canons Caesar font aussi des envieux du côté des voisins de la Russie. Ce 14 juin, la Lituanie vient de passer commande pour 18 véhicules. En d'autres termes, depuis la hausse des tensions internationales, les affaires reprennent.