“Je ne vois pas les semaines passer !” : Chantal, retraitée orléanaise, confinée dans son camping-car en Ariège

Depuis le 23 mars, Chantal est confinée avec son chien et ses cinq chats sur la pelouse d'une famille à Foix. / © Montage France Télévisions
Depuis le 23 mars, Chantal est confinée avec son chien et ses cinq chats sur la pelouse d'une famille à Foix. / © Montage France Télévisions

Depuis plus d’un mois, Chantal est confinée dans son camping-car à Foix, dans l’Ariège. Originaire d’Orléans, cette retraitée de 72 ans a trouvé refuge sur la pelouse d’une famille, alors qu’elle a été interrompue dans son voyage par l’épidémie. Témoignage.

Par Barbara Gabel

Si on lui avait dit, elle ne l’aurait pas cru. Chantal Estève n’aurait jamais penser vivre plusieurs semaines sur la pelouse d’une famille de Foix, dans l’Ariège, dans son camping-car. Cette retraitée orléanaise de 72 ans y est confinée depuis le 23 mars avec son chien et ses cinq chats, après avoir été stoppée dans son voyage en camping-car.

Le 19 février, Chantal part d’Orléans pour un périple dans le sud de la France : elle rejoint le Camping-car club du Centre à Saint-Raphaël, pour un voyage sur la Côte d’Azur et un passage par la fête du Citron de Menton. L’événement annulé, elle décide de rejoindre des amis à Montpellier, et prévoit de rejoindre les Pyrénées pour visiter les sites Cathares, puis de se rendre à Biarritz.


Foix, plus proche des montagnes

Mais quand le confinement est annoncé le 16 mars au soir, Chantal se trouve dans l’Hérault, au bord de l’étang de Thau. La retraitée se demande si elle peut rentrer chez elle, à Orléans. Elle évalue le temps qu’il lui faut pour rentrer : “plus de trois jours, car je conduis entre 200 et 250 kilomètres par jour”. Elle se met alors à chercher un lieu avec une aire de camping-car reliée à l’eau, dans un département peu contaminé. “Et surtout à proximité d’une ville… Si jamais je tombais malade, il était important que je puisse consulter un médecin”, explique la septuagénaire.
 
C’est à ce moment qu’elle pose son choix sur la ville de Foix, plus proche des montagnes comme elle le souhaitait. Le lendemain, elle prend la route à 7 heures du matin, traversant l’Hérault et l’Aude, où le virus circule déjà. “Je suis arrivée à midi pile sur l’aire de camping-car municipale de Foix qui n’est pas fermée !”, raconte-t-elle.
 

Entraide entre camping-caristes

Après quelques jours, Chantal veut trouver un autre lieu, avec un accès à l’électricité. “Mes batteries commençaient à se vider et mon panneau solaire n’aurait pas suffit pour 15 jours.” Le camping de la ville n’accepte plus de clients. Elle consulte alors son fil d’actualité Facebook et tombe par hasard sur J’accueille un Camping Car gratuitement chez MOI !, un groupe d'entraide entre camping-caristes. Le 23 mars, elle poste un message et obtient une réponse en quelques minutes. Un couple de camping-caristes qui vit à seulement un kilomètre avec leurs cinq enfants lui propose son aide.

Miracle, grande surprise...  j’ai eu une réponse dans la foulée ! Lionel et Sandrine étaient prêts à accueillir mon camping-car dans leur champ. Ils sont absolument adorables, très gentils et attentionnés. Et j’ai tout ce qu’il me faut : de l’eau, de l’électricité, la possibilité de faire la vidange, etc.
Chantal, 72 ans, confinée dans son camping-car


Pas de coup de blues du confinement

Ses hôtes aussi sont ravis. Dix mètres séparent leur maison du camping-car de Chantal, installé sur une parcelle de pelouse tondue pour l'occasion. “Tout se passe très bien. On a pris une certaine dynamique pour faire les courses ensemble, faire son plein d’eau ou encore vider la cassette WC du camping-car”, assure Lionel qui tente, depuis l’arrivée de Chantal, de réparer un court circuit empêchant l’allumage du chauffe-eau et du frigo. Un frigo de substitution attend Chantal, qui ne veut pas s’en servir. “Je ne veux pas les s’embêter”, explique-t-elle avec pudeur. Quant à la douche, elle se lave à l’eau froide. Là aussi, elle ne se plaint pas. “On a la chance qu’il fasse très beau !”

Pas plus tard qu’hier, on s’est permis de l’inviter sur la terrasse pour prendre le café ensemble, en respectant les gestes barrières évidemment. On se voit environ tous les deux jours et je lui passe un coup de fil régulièrement pour savoir si tout va bien. Comme c’est une personne vulnérable, on garde un oeil sur elle.
Lionel, camping-cariste ariégois qui accueille Chantal gratuitement

 
Lionel et Sandrine sont camping-caristes. Ils comptent garder contact avec Chantal après le déconfinement. / © Montage France Télévisions
Lionel et Sandrine sont camping-caristes. Ils comptent garder contact avec Chantal après le déconfinement. / © Montage France Télévisions

Le coup de blues du confinement, Chantal ne l’a pas. Cette période, elle la vit bien, même très bien. Avec son chien et ses quatre chats dans le camping-car, pas question de s’ennuyer. “C’est une vraie ménagerie !”, plaisante-t-elle. Depuis son camping-car, elle a vue sur le château de Foix, “un cadre idéal”.
 

Je ne vois pas les semaines passer ! Entre passer du temps avec Lionel et Sandrine, faire les courses, la lessive, promener mon chien, ou encore regarder la télévision dans mon camping-car… J’ai l’embarras du choix !
Chantal, 72 ans, confinée dans son camping-car


Rester plutôt que rentrer

Chantal ne regrette pas du tout sa décision d'être confinée ici. À Orléans, la retraitée n’a pas de voiture. “Je ne peux pas garer mon camping-car dans ma rue, il est trop long. J’aurais dû aller jusqu’à mon garage à Marcilly-en-Villette puis revenir en bus. Et comme je me déplace en transports en commun à Orléans, je n’étais pas rassurée avec le virus.”

Par ailleurs, elle ne voulait pas interrompre son périple. “Descendre dans le Sud, cela représente beaucoup de kilomètres. À mon âge, on ne sait pas si on pourra revenir. Je ne peux pas prévoir de plans sur la comète. Alors, dès que je pourrai de nouveau rouler, je partirai dans les Pyrénées.” La septuagénaire se dit rassurée qu’aucune interdiction pour les personnes âgées n’ait été prononcée en vue du déconfinement. “De toute évidence, ce n’est pas dans les montagnes que je risque d’attraper le coronavirus !”, déclare celle qui se dit “impatiente de voir du pays”. Chantal, qui a l’habitude de passer dix mois sur douze dans son camping-car, n’envisage pas de rentrer à Orléans... avant l’automne. 
 

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