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Johan, victime d'une agression transphobe à Orléans : “Je me suis dit que j'allais y rester”

Johan, victime d'une violente agression transphobe à Orléans. / © F3CVDL
Johan, victime d'une violente agression transphobe à Orléans. / © F3CVDL

Dans la nuit de samedi à dimanche, un jeune homme transgenre a été victime d'une violente agression à Orléans. Un rassemblement de soutien aura lieu jeudi, place de la République. 

Par Yacha Hajzler (propos en partie recueillis par Bérénice du Faye et Vincent Logereaux)

"Je me suis dit que j’allais y rester, que c’était la fois de trop et que c’était fini. Je me suis surtout dit que le monde est vraiment cruel, pour si peu." 

Dans la nuit de samedi à dimanche, Johan rentre chez lui après une soirée en boîte de nuit. Sur le chemin, il est pris à parti par un petit groupe de personnes depuis leur voiture, mineurs ou jeunes majeurs selon son témoignage. Un groupe avec qui il aurait déjà eu une précédente altercation, en raison de sa transidentité. 
 

Une très grave agression transphobe


"Ma transidentité fait partie des propos des gens qui m’agressent, je suis une "honte" parce que je n’assume pas mon propre sexe. C’étaient des gens qui avaient l’air très à cheval sur leur religion. J’étais un peu l’enfant de Satan dans leur histoire. Ils ont dit que j’étais "dégueulasse", que je n’avais pas ma place sur terre, que j’étais une "saleté de gouine". J’en passe, c’était pas beau à entendre."

Après l'avoir insulté, le groupe l'agresse ensuite physiquement. Plusieurs personnes le frappent, puis l'empoignent et le jettent sur la chaussée. La voiture tente alors de lui rouler dessus. Il parvient à l'éviter et à prendre la fuite. 

"Ça aurait pu être pire, si je n’avais pas réagi assez tôt, si je n’avais pas eu les bons réflexes. J’ai encore peur de sortir le soir seul et de rentrer, j’évite de sortir trop tard, j’attends de m’en remettre."
 

Un rassemblement de soutien est prévu


Pour soutenir Johan et dénoncer les agressions transphobes, le Parti Communiste, où il est adhérent, organise un rassemblement de soutien jeudi 19 juillet à 18heures, place de la République. 

"Les questions de transphobie et d’homophobie font partie de nos revendications depuis longtemps, explique Mathilde Moulin, jeune militante. Il nous paraît important de soutenir ces personnes en cas d’agression. On dit que ça n’a pas lieu d’être, que personne ne doit être agressé pour ce qu’il est. En quoi ça dérange ces gens ? Johan ne fait pas barrière à leur vie, à leur façon d’être !"

Le Groupe Action Gay et Lesbien du Loiret (GAGL 45) a fait savoir qu'il serait sans doute présent lors du rassemblement. "On est évidemment disponibles pour soutenir la victime. Nous souhaitons discuter avec lui, l'accompagner pour son dépôt de plainte au commissariat."

Selon Christophe Desportes-Guilloux, le secrétaire du GAGL, Johan n'a pas souhaité porter plainte car son état civil ne correspond pas à son identité. Une décision qui laisse Christophe Desportes-Guilloux perplexe, étant donné les bonnes relations de l'association avec la police d'Orléans. 

"On lui a également proposé l'accès à un psychologue, y compris en urgence, et de l'accompagner pour son changement d'état civil. C'est une proposition que l'on a fait hier après-midi, pour l'instant nous n'avons pas de réponse." 

Pour lui, porter plainte est une étape importante pour lutter contre la transphobie. Mathilde Moulin, elle, n'en revient toujours pas. "J’espère que ces gens ne sont pas conscients qu’ils ont failli tuer quelqu’un, mais j’ai bien peur que si. Il y a des gens qui en sont à ce point : vouloir tuer quelqu’un pour sa différence."

Qu'est-ce que la transidentité ?

"Tous les jours on me met au féminin, on parle à une fille alors que ce n’est pas ce que je suis. Je n’ai pas ma place dans mon corps, ce n’est pas le bon" témoigne Johan. Il parle d'un sentiment qu'on peut difficilement expliquer. 

"Aujourd’hui je me sens mal dans ma peau, ma poitrine me dérange, mes parties génitales et ma voix aussi. C’est féminin, et moi je suis masculin."

La transidentité peut être ainsi définie : le fait d'avoir une identité de genre différente de celui que l'on vous a assigné à la naissance. De nombreuses législations à travers le monde la pénalisent ou l'assimilent à un trouble psychiatrique. L'Organisation Mondiale de la Santé la recensait d'ailleurs jusqu'à présent dans la catégorie des troubles mentaux. 

L'organisation a annoncé courant juin la fin de cette classification, indiquant que la "non-cohérence de genre" figurerait désormais au chapitre de la santé sexuelle. 

La France a simplifié, depuis 2016, le changement d'état civil pour les personnes transgenre. Ils ne sont plus sommés de présenter des "preuves" médicales, mais doivent plus simplement démontrer "par une réunion suffisante de faits que la mention relative à son sexe à l'état civil ne correspond pas à celui dans lequel elle se présente et dans lequel elle est connue."

Sur le nombre des agressions motivées, comme celles de Johan, par la haine anti-LGBT, les chiffres divergent. La Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT estime que le chiffre des agressions LGBT-phobes est resté stable. De son côté, SOS Homophobie note une hausse des dénonciations d'actes transphobes de 53%. 

Il s'agit de chiffres basés sur les témoignages : l'augmentation peut donc aussi être due à une libération de la parole ou à une multiplication des structures d'écoute. 

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