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Procès pédophilie à Orléans : première en France, un évêque et un prêtre iront-ils en prison ?

L'abbé Pierre de Castelet est poursuivi pour agressions sexuelles sur mineurs. L'ancien Evêque d'Orléans André Fort doit répondre lui de non dénonciation d'actes pédophiles. / © La République du Centre et France 3 Centre-Val de Loire
L'abbé Pierre de Castelet est poursuivi pour agressions sexuelles sur mineurs. L'ancien Evêque d'Orléans André Fort doit répondre lui de non dénonciation d'actes pédophiles. / © La République du Centre et France 3 Centre-Val de Loire

Ce mardi s'est tenu au tribunal correctionnel d'Orléans, le procès du prêtre Pierre de Castelet et de l'ancien évêque, André Fort. Le prêtre était jugé pour agressions sexuelles sur une dizaine de garçons mineurs. L'autre prévenu, ne s'est pas présenté à l'audience.   

Par Fabienne Marcel avec Juliette Roché

Sur le banc des accusés ce mardi, Pierre de Castelet est présent. L'ancien prêtre d'Orléans doit répondre d'agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans. André Fort, l'ancien évêque aussi poursuivi pour non-dénonciation d' actes pédophiles, est lui absent, "pour raison de santé". Le procureur Nicolas Bessone voit lui de la "lâcheté". "J'ai longuement hésité à envoyer un médecin légiste pour faire constater l'état de santé de Monseigneur André Fort, ce que je faisais avec les mafieux corses ou les truands marseillais." a déclaré Nicolas Bessonne, auparavant procureur de la République en Corse.

Devant une salle comble, l’Abbé Pierre de Castelet, admet. Il admet durant l’été 1993, avoir commis des attouchements sur des adolescents de 11 à 13 ans qui ont eu lieu au cours de fausses visites médicales organisées par l’abbé lui-même.

C’est un dérapage… j’étais demandeur d’affection. J’étais isolé et très fatigué. Je ne savais pas que c’était mal, je ne pensais pas faire du mal à ces enfants. Je n’aurais pas dû le faire. J’avais le désir de me rapprocher d’eux. J'avais besoin de proximité émotive.

 

"Je veux dire seulement que je suis conscient de ce que j’ai pu faire vivre aux victimes, le traumatisme subit. Je souhaite qu’ils puissent grandir comme ils le souhaitent et reprendre une vie que je n’aurai jamais dû interrompre pour ça. " a-t-il poursuivi. 
 

Les réquisitions : ce sera de la prison ferme pour les deux accusés

Ce serait une première en France. Un prêtre et un évêque, iront-ils en prison pour pédophilie et non dénonciation de pédophilie ? C'est en tout cas ce qu'a requis le procureur. Nicolas Bessone a requis 3 ans ferme dont 6 mois avec sursis et mise à l’épreuve plus 3 ans d'obligation de soin, l'interdiction d’exercer la profession de prêtre et l'interdiction de tout bénévolat en contact avec des mineurs. "Je regrette son manque d’empathie pour les victimes. (..). Il faut appeler les pulsions pédophiles et le stratagème mis en place par Pierre de Castelet comme ils sont." a encore déclaré le procureur. Pendant tout le procès, ni les prêtres et archevêques entendus, ni Pierre de Castelet n'ont jamais prononcé les mots agressions, attouchements, pédophilie.

Pour l'ancien évêque, André Fort, le procureur a requis 1 an ferme avec mandat d’arrêt "pour qu’il vienne répondre de ses actes". 
"Son absence est un camouflet porté à la justice des hommes. un déni de responsabilité. André Fort continue de bafouer les victimes. Ce jugement doit être un électrochoc !"
 
Sur le banc de la partie civile, les trois victimes de l'Abbé de Castelet, Paul-Benoît Wendling
Philippe Cottin, Olivier Savignac. / © J. Roché
Sur le banc de la partie civile, les trois victimes de l'Abbé de Castelet, Paul-Benoît Wendling Philippe Cottin, Olivier Savignac. / © J. Roché

S’adressant aux trois victimes, Nicolas Bessone a dit : "Vous avez été extrêmement courageux. Sans vous, sans votre abnégation on n’en serait pas là aujourd’hui. Le courage est du côté de ces enfants qui ont dénoncé.
 

Le témoignages poignant des victimes

Olivier Savignac est le premier à parler. Il décrit un impact immédiat sur sa vie "mon enfance s’est arrêtée." Les faits se sont déroulés dans le cadre du camp de juillet 93. Ce qui a été difficile également c'est l’évêque qui ne les a pas protégés. "On nous a muselés." (...) "J’ai eu des troubles. J’en ai souffert dans ma sexualité, c’est pour cela que je n’ai pas eu de copine avant longtemps. Pour moi c’était sale la sexualité."

A 16 ans, j’ai pensé au suicide.

"J’avais une telle admiration pour les prêtres à l’époque que ce geste a cassé toute spiritualité. Ça a été une déconstruction de tous mes repères dans mon âme, mon corps et dans ma foi." (...) "Cela a été une triple peine quand j’ai envoyé mes courriers sans réponse. Et une quadruple peine quand je me suis posé la question :  est-ce qu’il a touché d’autres jeunes comme il me l’avait fait à moi?"

Philippe Cottin prend ensuite la parole. "La transgression par un prêtre dans l’éducation religieuse, c’est très symbolique. Son image s’écroule." 
"Quand on est adulte, on a des difficulté à faire confiance."

Ce qui est important pour moi et les autres, c’est la reconnaissance en tant que victimes. 

"Je reconnais le sentiment de misère affective chez ce prêtre. Je remets en cause l’irresponsabilité de la hiérarchie." "J’ai mis plus du temps à devenir adulte." a -t-il ajouté

Paul-Benoît Wendling, visiblement très touché par le procès, regarde très rarement directement le père Pierre de Castelet.
"J’ai souffert de garder le secret", témoigne t-il. "J’ai une image de moi dégradée et un fort sentiment d’autodestruction. J’ai eu une attitude dépressive qui a été difficile à concevoir pour ma famille. La révélation des faits à ma famille a été dévastatrice, ça a culpabilisé mes parents, mes frères, mes soeurs de rien n’avoir vu."

Le jugement a été mis en délibéré le 22 novembre à 13h30.
 

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