Roger, charcutier à la retraite et cinéaste de films en Super 8, trois fois primé à Cannes

Roger, le champion de la rosette et du jambon persillé à la retraite, consacre tout son temps libre à sa passion : le tournage et le montage de films sur la nature en Super 8. Dans son film "Le charcutier cinéaste", son fils, Rémy Batteault nous raconte son histoire.

Roger Batteault a passé cinquante ans de sa vie au laboratoire, sauf le samedi où il allait aider sa femme Josette à la boutique. Il aurait bien aimé que sa fille ou son fils reprenne la charcuterie familiale. Une nouvelle tranche de vie pour propulser une génération encore, ses spécialités qui ont fait sa renommée. Mais cela ne s'est pas fait !

Si Roger n'a pas réussi à transmettre son commerce à son fils, ils ont en commun ce talent pour capturer les images de l'instant présent. Les films en Super 8 de Roger pour observer et témoigner de la vie de cette nature en voie de disparition et ceux de Rémy pour retenir tous ces moments partagés.

Ce film "le charcutier cinéaste" est une invitation dans l'intimité d'une famille. On y rencontre Roger, Josette, Rémy et Camille. Trois générations, des mots en suspension et beaucoup d'émotions.

Roger a commencé à faire des films de famille en 8 mm puis il est passé au Super 8 dans les années 70. À partir des années 80, il fait du montage. Sa première vedette est son célèbre jambon persillé.

Je n'avais pas beaucoup le temps de m'occuper de mes films, mais dès que j'avais un moment, j'allais m'enfermer dans ma salle de cinéma.

Roger

Retraité depuis 2003, il passe tout de même chaque semaine au laboratoire. "Un jour, peut-être que je réaliserai un film super 8 sur la charcuterie ! " Roger ne manquant ni d'assiduité, ni de persévérance pour réaliser ses rêves et ses projets, le "peut-être" est sans doute de trop.

Aujourd'hui, Roger et Josette vivent toujours à Beaune en Côte d'Or. Ils se sont éloignés de quelques rues et ils ont changé d'adresse. Aujourd'hui, ils sont domiciliés Rue des rôles ! Rôle et or, des mots qui vont de pair surtout lorsque les films de Roger sont primés dans le monde entier et même au Festival de Cannes.

Josette et Roger 

Josette et Roger comme le dit la chanson, deux prénoms qui vont si bien ensemble. Josette s'en amuse, mis bout à bout, Ro de Roger et sette de Josette font Rosette, comme le produit phare de leur charcuterie. Les jeux de mots, la maman de Rémy ne rate pas une occasion pour les faire jongler, alors quand ils se font prendre en photo sur le port, elle dit avec son éternel sourire :

"Les Batteault au milieu des bateaux, ce n'est pas tous les jours quand même".

Comme les bateaux, sa mémoire part parfois en vacances, mais sa bonne humeur contagieuse est toujours au rendez-vous tout au long de ce film qui vogue au fil de la ligne de cœur.  

Une vie commune, une complicité qui se lit dans un regard, résonne dans le timbre d'une voix. Des mains qui s'accompagnent, une patience réciproque en échange. Des photos du temps qui passe au rythme des saisons qui s'égrènent, sous l'œil attendri d'un fils qui nous transmet ses émotions. 

Chasseur d'images

Ce n'est pas avec un filet que Roger attrape les papillons pour les observer. À l'œil nu, penché en avant et mains dans le dos puis dans l'objectif de sa caméra Super 8, l'image est capturée, sans perturber la star du moment. "On regarde, on ne touche pas". Ce petit monde vivant de toutes les formes et de toutes les couleurs qui font toute la grandeur et la richesse de notre environnement, Roger, l'offre généreusement à la contemplation. 

"Depuis le temps que j'en fais, je me rends compte qu'il y a de moins en moins d'insectes et d'oiseaux, je me dis que mes films peuvent laisser un souvenir ".

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Le papillon ©France télévisions

Le temps perdu, celui que l'on attend, que l'on prendra à la retraite, Roger le retient sur la pellicule, une pose pour une pause dans l'instant présent. Une capture d'image pour s'arrêter sur les petits détails. Une contemplation en partage pour connaître la valeur inestimable de ce temps qui s'attarde. Un regard pour observer ce que l'on voit. Une belle leçon de choses comme dans ces cahiers d'écolier d'autrefois. Un livre d'images grandeur nature où la magie opère quand la vie s'anime à son rythme.

Tu auras vu de près une mante religieuse, c'est chouette.

Roger à son petit-fils Camille

 

La complicité et la transmission, un héritage familial qui vaut toutes les récompenses. Camille, le fils de sa fille, marche sur les pas de son grand-père. Les jeux vidéo, ce jour-là, ont déclaré forfait pour le bonheur des deux protagonistes. Roger sait trouver les mots d'encouragement pour éveiller la curiosité et susciter l'intérêt du jeune cinéaste.

Josette, incitée par son fils à prendre une photo par jour et à écrire ses ressentis, compare l'une d'elles à l'écran de Roger. Face à la caméra de Rémy, elle dit sur un ton enjoué : "Une fois qu'on sera parti, il y aura les films qui resteront avec vous ".

Le savoir-faire de Roger et de Josette 

Roger est polyvalent, il fait tout de A à Z. Les différentes étapes avant la projection exigent dextérité, inventivité et minutie. Tous les plans sont notés dans un carnet soigneusement tenu et écrit à la main. Une banque d'images à disposition pour ses nouvelles créations. Tout un art et un savoir-faire forgé au fil des années.  

Femme de sa vie, Josette tient une place primordiale aux côtés de Roger, le cinéaste. Assistante éclairagiste, lectrice des commentaires, elle éclaire de sa voix pétillante et de son rire ensoleillé les séances de travail qui prennent des airs de vacances. Quand le top est lancé, elle retrouve son sérieux pour jouer son rôle. Un duo gagnant, tout en modestie, invité dans les festivals internationaux

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Roger et Josette sur le montage du film ©France télévisions

Coupes, médailles, diplômes, les récompenses du charcutier et du cinéaste cohabitent pour honorer les deux passions d'un homme qui se donne les moyens d'aller jusqu'au bout de ses rêves.

Super 8 sur grand écran

"Même s'il a déjà participé à nombre de festivals de films amateurs, il faut attendre dix ans pour que la carrière de cinéaste de mon père s'envole et s’internationalise en 2012."

Cette année-là, Rémy est invité à Curitiba au Brésil pour présenter son documentaire "Super 8 mon amour", un film sur la vitalité de ce format. L'année précédente, il avait inscrit son père au festival Curta 8. Il avait remporté le prix de la meilleure photo. Une participation remarquée pour le cinéaste senior convié à donner une master class !

On voyait des films super 8 tous les soirs, ce n'était pas en français mais quelqu'un avec moi pouvait traduire.

Roger

Un voyage en avion mémorable immortalisé par Roger, convié à filmer l'intérieur du cockpit ! "C'était la première fois que mon père voyageait aussi loin, il en avait même cauchemardé que l'avion était décapotable."

En 2016, son fils récidive et l’inscrit à une compétition de Super 8 à Cannes, organisée par Straight 8, une association britannique fondée par Ed Sayers. Le principe de ce concours consiste à tourner une bobine de 3 minutes sans la possibilité de faire le moindre montage puisque la pellicule est envoyée non développée. Parmi la centaine de films reçus, huit seront projetés pendant le festival ! "Splendor in the grass", fait partie des lauréats.

" Quand on est sur les marches, tout va bien, on suit le mouvement, on se demande si c'est réel."

Josette et Roger

Pour vérifier, ils y retournent en 2018 pour un film imaginé par Rémy : "Winter in my life". L'histoire de Josette et Roger explorée en trois minutes vingt, est fabriquée à quatre mains. Comme il est en anglais, Rémy "speak english" à la place de son père ! Un an plus tard, un autre film de Roger est projeté à Cannes, "Le chasseur d'images".

Le couple Batteault ne s'en lasse pas. Quelques jours plus tard, ils sont conviés à fêter les vingt ans de Straight 8. Le jambon persillé est du voyage !

Charcutier cinéaste jusqu'au bout des doigts, vous étiez prévenu !

Son petit-fils Camille, âgé de onze ans, aimerait réaliser des films en Super 8 comme papi quand il sera plus grand, mais avec les accessoires de son époque. Ses démonstrations de sonorisation sur sa tablette donnent déjà des idées à Roger !

"Le charcutier cinéaste", un documentaire de Rémy Batteault à voir ce jeudi 18 avril à 23 h sur France 3 Centre-Val de Loire.
Une coproduction SaNoSi Productions, France Télévisions et Bip TV