Surcoûts d'énergie : 11 structures culturelles vont recevoir une subvention exceptionnelle de l'État

De 2 700 euros pour les "Bains douches" à Lignières-en-Berry à 41 000 euros pour la Scène nationale d'Orléans, onze structures culturelles de la région Centre-Val de Loire labellisées par le ministère de la Culture vont recevoir une aide exceptionnelle pour faire face à l'augmentation du coût de l'énergie.

La plus petite enveloppe a été accordée aux "Bains douches" à Lignières-en-Berry. Cette scène de musiques actuelles va recevoir 2700 euros de la DRAC, Direction des affaires culturelles, pour compenser le surcoût d'énergie. "La DRAC est venue nous voir en nous demandant d'estimer nos surcoûts d'énergie dans la journée. On leur a donné un montant de 9 000 euros. Deux semaines après, on nous attribuait cette subvention exceptionnelle de 2700 euros", raconte Céline Brulet-Reulier, administratrice des Bains douches. 

Dans les faits, la facture annuelle de chauffage des Bains douches est passée de 7000 euros à 25 000 euros en un an, mais une grande partie est financée par la Ville. "C'est forcément bienvenu, même si on est loin des surcoûts réels. La DRAC avait une enveloppe et l'a répartie entre les différentes structures selon la réalité de chacun. Ils ont fait au plus juste. Je ne suis pas surprise de l'écart entre les différentes subventions accordées". 

Une aide exceptionnelle qui équivaut à 30% du surcoût lié aux énergies

Le 23 février dernier, la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak, a annoncé cette aide exceptionnelle contre le surcoût énergétique au profit des structures culturelles labellisées. Avec cette aide, le soutien apporté par le ministère de la Culture correspond en moyenne à 30% du surcoût énergie et vient en complément des aides transversales de l’État et du soutien apporté par les collectivités territoriales lorsque c’est le cas.

Cette aide exceptionnelle concerne les structures les plus en difficulté parmi celles subventionnées par le ministère de la Culture au titre de ses “labels” : opéras nationaux, orchestres nationaux, centres dramatiques nationaux, centres chorégraphiques nationaux, scènes nationales, scènes de musiques actuelles, fonds régionaux d’art contemporain ou encore centres nationaux des arts de la rue et de l'espace public.

" Ce sont les structures culturelles labellisées "ministère de la Culture" qui nous ont envoyé leurs justificatifs de surcoût d'énergie qui vont recevoir cette aide exceptionnelle", explique la responsable communication de la DRAC, Direction des affaires culturelles de la région Centre-Val de Loire. Nous avons fait remonter les informations au ministère de la Culture et ensuite c'est lui qui va verser cette aide aux structures". 

La Ministre de la Culture a dégagé une enveloppe de plus d’un million d’euros pour soutenir un ensemble de lieux culturels sur toute la France.

Cette aide du ministère de la Culture va nous permettre d'éviter le pire. Sans cette aide, nous aurions dû annuler des spectacles en avril ou mai.

Christophe Galent, directeur de la Scène nationale d'Orléans

En région Centre-Val de Loire, 11 structures vont bénéficier de cette aide exceptionnelle.

Parmi elles, la Scène nationale d'Orléans doit recevoir 41 000 euros. C'est la plus importante enveloppe de la Région Centre-Val de Loire. En fait, la Scène nationale porte trois structures : le Centre dramatique nationale, le Centre national de création Orléans -Loiret et la scène nationale d'Orléans. "C'est un geste significatif qui nous permet de desserrer un peu les contraintes. Cela représente bien 30 % de l'augmentation de notre facture d'énergie," constate Christophe Galent, directeur de la Scène nationale d'Orléans qui sait bien que la subvention ne sera pas versée avant mai ou juin. "Même si on ne la touche pas tout de suite, cela permet de mieux planifie les dépenses."

En un an, la facture d'énergie du Théâtre d'Orléans a augmenté de 135 000 euros. "Et encore, on s'en sort bien parce que nous passons par un courtier et que le prix est indexé sur le nucléaire." 

À la hausse des coûts de l'énergie, s'ajoute celle des frais de fonctionnement. Le prix des matériaux pour les décors, la prestation des artistes, les chambres d'hôtels pour héberger les équipes... l'inflation frappe de plein fouet les structures culturelles. Au théâtre d'Orléans, certains postes ont augmenté de 15 % à cause de l’inflation. "La Scène nationale réglant seule, depuis des années, ces augmentations, fait office de variable d’ajustement pour le Théâtre, les autres scènes résidentes restant exemptes des hausses de coût d’exploitation. C’est la raison pour laquelle la ministre a classé la Scène nationale parmi les bénéficiaires de ce fonds d’aide", explique Christophe Galent.

Et d'ajouter : "cette aide exceptionnelle va nous permettre d'éviter le pire. Sans cette aide, nous aurions dû annuler des spectacles en avril ou mai. Elle est loin de tout régler, mais elle est précieuse. Toutefois, nous devons programmer une saison prochaine réduite. L’automne 2023 en particulier est difficile : nous n’avons pas de réels moyens de programmation. La moitié de la programmation est construite soit avec des partenaires internationaux qui couvrent une partie des frais annexes, soit avec des compagnies qui acceptent de jouer au coût plateau, donc sans aucune marge bénéficiaire pour eux. Elles l’acceptent pour des raisons de complicités historiques, avec la scène nationale ou avec sa nouvelle direction. Ce n’est toutefois pas une option sur le long terme."

Depuis 2019, la Scène nationale d'Orléans a vu sa capacité de programmation artistique s’effondrer de 250 000 euros.

Au Théâtre Olympia de Tours, la saison 2023-2024 verra le nombre de spectacles baisser d'un tiers

Du côté de Tours, le directeur adjoint du Théâtre Olympia, tombe des nues. " J'avais entendu des rumeurs, mais je n'ai rien reçu d'officiel par écrit", nous confie Didier Girard, directeur adjoint du Centre dramatique national de Tours. Et pourtant, l'État va verser 25 000 euros à la structure, ce qui correspond à 30 % de ses 100 000 euros de surcoût d'énergie. " C'est une bonne nouvelle même si je ne sais ni quand ni comment cette aide sera versée. Nous sommes dans une telle tension budgétaire que cela ne peut que nous aider". Mais de là à se réjouir...

Le directeur adjoint se sent pris entre deux feux. "On atteint un taux de remplissage de 75 % contre 90 % en 2019. Il faut maintenir la programmation parce que le public revient et qu'on a eu du mal à le faire revenir après la crise du Covid dévastatrice", confie Didier Gérard. D'un autre côté, l'État et les collectivités conseillent de réduire la programmation pour baisser les coûts. "C'est ce que nous devrons faire après le mois de juin. La saison 2023-2024 verra le nombre de spectacles baisser d'un tiers. Nous n'avons malheureusement pas le choix", déplore-t-il. 

Onze lieux, onze enveloppes

  • Scène nationale d’Orléans : 41 000 €
  • Le centre chorégraphique national d’Orléans (Nouvel Olympia) : 7 800 €
  • Fonds régional d’art contemporain d’Orléans FRAC: 17 000 €
  • L’Astrolabe, scène de musique actuelles, Orléans : 5 400 €
  • Scène nationale de Châteauroux : 24 000 euros 
  • Centre dramatique national de Tours : 25 000 €
  • Opéra de Tours : 25 000 €
  • Le Temps Machine, scène de musiques actuelles de Joué-lès-Tours : 9 000 €
  • Le centre chorégraphique national de Tours : 4 200 €
  • Le Petit Faucheux, scène de musiques actuelles de Tours : 3 000 €
  • Les Bains Douches, scène de musiques actuelles de Lignières en Berry : 2 700 €