Vaccin anti-Covid: "Il faut attendre les résultats définitifs pour pouvoir statuer"

Lundi 9 novembre, les laboratoires Pfizer et BioNTech ont déclaré avoir mis au point un vaccin anti-Covid efficace à " 90%". Le chef du service maladies infectieuses à l’Hôpital d’Orléans, Thierry Prazuck, reste prudent.
 
Thierry Prazuck, chef du service des maladies infectieuses au CHR d'Orléans
Thierry Prazuck, chef du service des maladies infectieuses au CHR d'Orléans © France Televisions

L’annonce a immédiatement créé une lueur d’espoir en cette période historique de crise sanitaire et de restrictions. Mais la communauté scientifique se veut prudente depuis l’annonce des laboratoires Pfizer (Etats-Unis) et BioNTech (Allemagne). Selon l’essai à grande échelle de phase 3 mené par les deux laboratoires, un vaccin efficace à 90% aurait été mis au point. Il doit cependant encore être homologué pour être considéré comme sûr et être mis sur le marché. Nous avons demandé son avis au Dr Thierry Prazuck, chef du service maladies infectieuses au Centre hospitalier régional d’Orléans.
 

Comment avez-vous perçu l'annonce d'un vaccin contre le Covid-19 efficace à 90% par les laboratoires Pfizer et BioNTech ?

Toutes les annonces qui viennent des laboratoires pharmaceutiques peuvent être de bonnes nouvelles ou des effets d’annonce, parce qu’il y a quand même une course entre les 10 candidats vaccins actuellement. D’ailleurs, on voit que la conséquence de cette annonce c’est une augmentation du cours de Pfizer de 7,69 %. Donc ce n’est pas totalement anodin.

Et puis il s’agit d’une étude qui n’est pas indépendante. Elle est réalisée par le laboratoire Pfizer qui fait le design de l’étude, l’analyse des données et la rédaction des conclusions.

Maintenant, si le vaccin est effectivement efficace à 90 %, et bien oui, c’est une bonne nouvelle. Mais il y a un certain nombre de réflexions sur lesquelles on doit aller plus loin. Il faut attendre d’avoir les résultats définitifs pour pouvoir statuer.

Comment a été développé le vaccin de Pfizer et BioNTech ?

Il est basé sur l’ARN Messager. On injecte, non pas le virus, mais de la "génétique". L’ARN messager est une espèce de "code barre" qui va fabriquer une protéine : la protéine Spike, qui permet au virus de s’attacher à la muqueuse bronchique et la muqueuse nasale. Cette dernière va ensuite être reconnue par le système immunitaire qui va développer des anticorps contre cette structure.

C’est un vaccin très particulier, on n’a jamais utilisé ce type de vaccin jusqu’à présent, en tout cas ce type de technologie. Cette technique n’aura peut-être pas de conséquences, mais elle peut aussi induire la fabrication d’autres choses, se combiner avec d’autres matériels génétiques.

Êtes-vous étonné par la vitesse de développement de ce vaccin ?

Ce vaccin, avec cette nouvelle technologie, permet d’aller beaucoup plus vite puisqu’il n’y a pas besoin d’effectuer une culture du virus comme on le fait par exemple pour le vaccin contre la grippe. Là ce n’est pas le virus qu’on injecte, on injecte "un code barre".

De plus, depuis le Covid, on n’a jamais vu la recherche avancer aussi vite. Il y a une accélération des techniques de biologie qui sont simplifiées, efficaces. Mais il y a aussi de tels enjeux financiers que ça va forcément plus vite.

Que sait-on de ses effets secondaires ?

L’étude de phase 1 a été publiée récemment. C’est un vaccin qui n’a pas une très bonne tolérance puisque 33 % des patients qui ont été vaccinés ont fait de la fièvre à plus de 38°c, notamment les plus jeunes.

S’il n’est pas très bien toléré, à qui sera-t-il proposé ? Pas à ceux qui font un Covid avec seulement une agueusie (perte du goût NDLR) et quelques maux de tête pendant 24h. S’il est commercialisé, il sera réservé aux personnes qui ont des facteurs de risques pouvant conduire à des formes graves. Je vois mal comment des gens accepteraient de faire ce vaccin qui donne, dans 30% des cas, une fièvre supérieure à 38 et de la fatigue. Donc, des symptômes plus graves que la forme la plus classique du Covid qui est peu sévère et pour un bénéfice limité et des effets secondaires à long terme que l’on ne connait pas.

Par ailleurs, les personnes âgées ont un système immunitaire déficient et - on le voit avec le vaccin contre la grippe - avec l’âge, l’efficacité chute. Donc on nous annonce 90% d’efficacité mais est-ce que c’est la même chose chez les patients qui ont plus de 70 ans alors que ce sont ceux-là même qui sont la cible de ce vaccin ?

Que reste-t-il à faire pour que ce vaccin soit commercialisé ?

Maintenant il faut savoir qu’elle va être la durabilité de la réponse immune et de la protection. Est-ce qu’elle va être d’un ou trois mois comme le vaccin de la grippe qui est maximum de 6 mois ? Est-ce que ça va durer toute la vie comme celui de la méningite C qui se fait une fois et protège à vie? Et ça, compte tenu du fait qu’en plus on ne connait pas ce type de technologie, c’est difficile de répondre. L’autre point à considérer c’est : est ce que les personnes qui ont fait le Covid sont immunisées naturellement ?

Il faut qu’on ait les résultats finaux. Il faut que ce soit validé par des experts indépendants et puis, peut-être, avoir un peu plus d’éléments sur la tolérance, les effets secondaires. Mais vu l’urgence de la situation, cela peut aller très vite. Le laboratoire prévoit une mise sur le marché vers mars 2021. Ca parait court mais vu l’urgence de la situation sanitaire, ça peut aller très vite, plus vite que d'habitude.
 
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