VIDÉO. Le long combat de Gaston Ferry, reconnu victime des essais nucléaires

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A 73 ans, Gaston Ferry souffre de multiples pathologies graves liées à sa participation aux essais nucléaires en Polynésie dans les années 70. Après des années de lutte, cet habitant de Beaulieu-sur-Loire dans le Loiret vient d'être reconnu victime et indemnisé par l'Etat. ©Théophile M'baka / Alain Heudes / France Télévisions

A 73 ans, Gaston Ferry souffre de multiples pathologies graves liées à sa participation aux essais nucléaires en Polynésie dans les années 70. Après des années de lutte, cet habitant de Beaulieu-sur-Loire, dans le Loiret, vient d'être reconnu victime et indemnisé par l'Etat.

Sur la table de la salle à manger, Gaston Ferry a disposé son ancien livret militaire et quelques photos en noir-et-blanc. Sur l'une d'elles, un groupe de jeunes hommes en tenue de marins jouent de la musique sur un bateau. "Trois mois en mer c'est long, alors j'avais créé un orchestre sur le bateau pour apporter un peu de gaieté à notre vie en mer",  explique le vétéran de la marine que l'on voit jouer du saxophone sur le cliché.

C'est sans doute le seul bon souvenir que Gaston Ferry conserve de son passage en Polynésie française. Originaire de Moselle, il a grandi dans une cité minière où travaillait son père avant de s'engager dans la marine à 18 ans. Il a ensuite rejoint le Pacifique en 1970 pour y effectuer une mission dite "météo". "Quand on est partis pour cette campagne d'essais nucléaires, on est partis en toute confiance, insouciants, parce qu'on était ignorants de ce qu'il pouvait nous arriver."

Les bombes étaient attachées à un dirigeable et elles pétaient dans l'espace. Alors je peux vous dire que les compteurs Geiger crépitaient de partout.

Gaston Ferry

L'opération consiste bien à effectuer des relevés météorologiques, mais après l'explosion de bombes atomiques. En témoigne cet autre cliché que Gaston Ferry a posé à côté de celui de ses anciens compagnons musiciens mais qui n'évoque, en revanche, aucune nostalgie à l'ancien militaire. "C'est la photo d'un champignon atomique, décrit-il. La seule que j'ai gardé afin de témoigner".

Au moins six maladies graves et chroniques diagnostiquées

Gaston Ferry a assisté à l'explosion de huit bombes atomiques en trois mois et les premiers effets de l'exposition aux radiations se font rapidement sentir. Le jeune homme commence à avoir des vertiges et des troubles du rythme cardiaque. Puis, à vingt-cinq ans, une première alerte sérieuse : il est opéré d'un ganglion dans la joue dont l'origine, à l'époque, était inconnue et inexpliquée.

Mais c'est au début des années 2000 qu'une longue et impressionnante série de maladies graves lui est diagnostiquée. "En 2006, on m'a découvert un cancer de l'estomac, donc on m'a enlevé la totalité de l'estomac. Cette opération s'est assez mal passée et j'ai dû être réopéré pour une péritonite aiguë. En 2013, j'ai dû être opéré du cœur, à cœur ouvert, pour le remplacement d'une valve aortique. En 2015, on m'a découvert un cancer de la graisse. C'est un cancer très peu connu et qui affecte essentiellement les gens qui ont été irradiés. Quelques années après, on a découvert une tumeur au cerveau. Tout ça est aggravé par un diabète complètement ingérable depuis l'ablation de l'estomac", énumère, résigné, l'ancien militaire.

L'Etat envoyait des gamins de 20 ans au casse-pipe en toute connaissance de cause, mais nous, nous ne savions pas ce qui nous attendait.

Gaston Ferry

Depuis, Gaston Ferry vit au rythme de son état et des examens médicaux. "On faisait beaucoup de montagne, d'alpinisme, de trekking, des marathons, raconte Jeanne, son épouse depuis cinquante ans. Tout ça s'est arrêté. C'était des choses qu'on vivait ensemble et qui ne sont plus que des souvenirs."

Mais si le couple a dû renoncer à ses passions sportives, il n'a en revanche jamais baissé les bras face à la maladie mais aussi face à l'Etat que Gaston Ferry a toujours considéré comme responsable de sa situation.

"L'Etat doit assumer ses responsabilités"

Il s'engage alors dans un long et éprouvant combat pour être reconnu victime des essais nucléaires auprès du CIVEN (Comité d'indemnisation des victimes d'essais nucléaires). Il puise l'énergie nécessaire à sa lutte auprès de sa femme et de ses enfants qui le soutiennent dans sa démarche, mais aussi dans son expérience d'ancien président national CGT de la fédération des mineurs de France. "Je suis un battant. J'ai passé ma vie à me battre. Je ne lâche jamais. Confronté à la maladie, j'ai fait appel à ces ressources-là."

Et les efforts, aussi éprouvants soient-ils, ont fini par payer. Gaston Ferry vient d'être reconnu victime des essais nucléaires par l'Etat qui lui a versé une indemnité. "Pour moi justice est faite … en partie. Parce que malheureusement, quelle que soit la somme d'argent qu'il aurait pu me verser, rien ne réparera ce que j'ai pu endurer, que j'endure et que j'endurerai le reste de ma vie (…) Je savais très bien que rien ne réparerait mon état, mais ce combat m'a permis de montrer à tous que l'Etat est responsable et doit assumer ses responsabilités."

L'Etat ne remplacera pas les organes qui sont atteints. L'Etat et cette somme d'argent ne me redonneront pas la force que j'avais avant. Ma vie a été détruite, elle n'est pas reconstruite avec cette indemnité qu'il m'a versée.

Gaston Ferry

Ce combat, Gaston Ferry l'a aussi mené pour toutes les autres victimes des essais nucléaires, bien conscient d'être un survivant. Entre 1960 et 1996, 210 essais nucléaires français ont été menés dans le désert du Sahara algérien puis en Polynésie française. "J'ai réussi à passer un certain nombre d'années malgré mes maladies et donc, j'ai pu aboutir à faire reconnaitre la responsabilité de l'Etat. Mais beaucoup d'autres avant moi n'ont pas pu engager les démarches ou sont morts avant qu'elles n'aboutissent."

La famille aspire désormais à profiter de chaque instant autour de plaisirs simples comme la musique que Gaston pratique toujours au sein de l'Harmonie de Beaulieu-sur-Loire, la peinture, le jardinage et les quelques virées en camping-car que lui et sa femme arrivent à faire parfois. "On prend conscience que les petites choses de la vie sont importantes, explique Jeanne qui reste lucide sur l'état de santé de son époux. "Il n'y a pas de raison que ça aille mieux, mais on va continuer à être forts tous les deux".

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