Marie-Amélie le Fur, Manon Brunet, Sarah Guyot et Lucas Mazur réagissent au report des Jeux de Tokyo

Priorité à la santé, le report des Jeux était inéluctable, mais il n'est pas sans conséquences pour nos champions. / © MA. Le Fur, M. Brunet, S. Guyot, L. Mazur
Priorité à la santé, le report des Jeux était inéluctable, mais il n'est pas sans conséquences pour nos champions. / © MA. Le Fur, M. Brunet, S. Guyot, L. Mazur

Le report des Jeux Olympiques de Tokyo a officiellement été annoncé ce mardi 24 mars, à l'issue d'une conférence téléphonique entre Thomas Bach, président du Comité International Olympique, et  du premier ministre japonais, Abe Shinzo. Entre soulagement et déception, nos champions réagissent.

Par Christelle Chapiotin

Les Jeux Olympiques devaient se dérouler cet été, du 24 juillet au 9 août à Tokyo, au Japon, mais depuis la crise sanitaire qui touche le monde entier avec l'arrivée du coronavirus, beaucoup de choses ont été remises en question.

Face à cette situation sans précédent, et aux nombreuses voix qui appelaient au report, un communiqué officiel, émanant du Comité  International Olympique, à officialisé ce à quoi tout le monde s'attendait :

Dans la conjoncture actuelle, et sur la base des informations transmises par l'OMS aujourd'hui, le président du CIO et le premier ministre japonais sont arrivés à la conclusion qu'afin de préserver la santé des athlètes, de toutes les personnes associées à la préparation des Jeux Olympiques et des membres de la communauté internationale, les Jeux de la XXXIIe Olympiade à Tokyo devaient être reprogrammés après 2020 mais au plus tard à l'été 2021.

Ce qui est valable pour les Jeux Olympiques l'est bien sûr également pour les Jeux Paralympiques, prévus quelques semaines plus tard, du 25 août au 6 septembre.

Un mélange de soulagement et  de frustration anime tous ces sportifs qui avaient marqué d'une pierre blanche cet événement, qui n'a lieu que tous les 4 ans. Une préparation olympique, c'est beaucoup de stress et d'heures d'entraînement pour être au pic de sa forme le jour J.
Nous avons recueilli les témoignages de quelques uns de nos athlètes, olympiques et paralympiques, déjà qualifiés pour les Jeux, ou bien placés pour y aller.

Manon Brunet, Cercle d'Escrime Orléanais, équipe de France de sabre :

L'équipe de France de sabre dames, dont Manon Brunet fait partie avec sa camarade de club Cécilia Berder, avait réussi à décrocher sa sélection olympique, ne lui restait plus qu'à confirmer sa place en équipe de France, et avec sa victoire sur la coupe du monde à Orléans cette saison, elle avait marqué de précieux points. Après une grosse période de travail, elle est partie à la Réunion, où elle a commencé son confinement :
"Se reposer un peu, avant de repartir à fond", avec quelques footings pour garder la forme. / © Manon Brunet
"Se reposer un peu, avant de repartir à fond", avec quelques footings pour garder la forme. / © Manon Brunet

Je suis un peu partagée. D'un côté, je suis soulagée, le report était obligatoire, mais si ça se trouve, tout le travail que nous avons fourni depuis un an ne servira à rien, et il va falloir tout recommencer. Je vais tâcher de bien récupérer pour repartir à fond, physiquement et mentalement. J'ai de la chance, à 24 ans, mon corps n'est pas trop fatigué.

Sarah Guyot, Canoë Kayak Club de Tours, équipe de France de kayak :

Sarah Guyot était en stage en Australie au moment où l'épidémie s'est déclenchée en France. A son retour, un moment incertain, elle est allée directement en confinement à Chambéry. Elle était pré-sélectionnée car bien classée au niveau national, mais la plupart des épreuves qualificatives pour les Jeux ont été annulées.
Entraînement en confinement, moins bucolique qu'en Touraine... / © Sarah Guyot
Entraînement en confinement, moins bucolique qu'en Touraine... / © Sarah Guyot
 

Nous sommes tous un peu perdus, en dehors des Jeux nous n'avons pratiquement aucune compétition à venir. J'espère que notre fédération va pouvoir recréer un programme à partir de septembre pour ne pas faire une année blanche. J’espérais un report, parce que plus le confinement dure, plus nous réduisons nos chances d’être bien préparés, et ça rajoute de la pression. Cette décision nous redonne un peu de temps, mais il va falloir se réadapter.

Lucas Mazur, Association Badminton Salbris, double champion du monde de parabadminton :

Lucas Mazur, double champion du monde de parabadminton, avait déjà un pied au Japon, pour ce qui aurait été ses premiers Jeux Paralympiques. Toutes les épreuves qualificatives auxquelles il aurait dû particper ont été annulées. Il a trouvé refuge chez ses parents à Tours.
Détente au golf pour le double champion du monde de parabadminton, c'était avant le confinement. / © Lucas Mazur
Détente au golf pour le double champion du monde de parabadminton, c'était avant le confinement. / © Lucas Mazur

Je suis un peu degouté, mais c'est une décision logique. J’aurais aimé un report à l'automne ou cet hiver, pour ce que ça n'impacte pas trop ma préparation. C'était ma première participation aux Jeux, j'en avais fait un gros objectif, et comptais me reposer après, il va falloir attendre. J'espère avoir des nouvelles assez vite concernant les nouveaux critères de sélection.

La double casquette de  Marie Amélie le Fur :  championne paralympique d'athlétisme et présidente du Comité Paralympique et Sportif Français

Est-ce bien nécessaire de présenter l'athlète de l'AJ Blois Onzain, championne paralympique et championne du monde, entre autres. Marie-Amélie le Fur a fait une pause dans sa carrière sportive pour donner naissance à une petite Anna, près de Blois, où elle est confinée. Les Jeux de Tokyo, c'était son retour au plus haut niveau international, et peut-être ses adieux à la compétition.
Entraînement sous haute surveillance pour Marie-Amélie le Fur. / © Marie-Amélie le Fur
Entraînement sous haute surveillance pour Marie-Amélie le Fur. / © Marie-Amélie le Fur

En tant qu’athlète, je suis soulagée du report des Jeux, ça relevait de la condition sanitaire et de la santé de chacun. Ce qui me pose question, c'est que j'avais réussi à revenir à un bon niveau, j'étais  bien placée pour Tokyo, mais en 2020, pour la fin de ma carrière. Me relancer en 2021 ? Je ne sais pas encore, j'ai besoin de digérer la nouvelle et d'en discuter, car je ne suis pas la seule concernée dans cette prise de décision.


Athlète, jeune maman, et présidente du Comité Paralympique et Sportif  Français, Marie-Amélie le Fur était ce matin même en visio conférence avec le Comité National Olympique et Sportif Français, pour justement demander au Comité International Olympique de prendre clairement position pour le report des Jeux de Tokyo. 
Pour la suite, il faudra être patient, car déplacer un tel événement aura forcément un gros impact sur le calendrier international, toutes disciplines confondues. Pour ce qui est des nouveaux critères de qualification, il est encore trop tôt pour affirmer quoi que ce soit.

Le CIO doit composer au mieux, dans l'intérêt de chacun. Une fois les nouvelles dates des Jeux communiquées, les fédérations internationales vont proposer des modalités de sélection, charge ensuite aux fédérations nationales de trouver un nouveau chemin de sélection. Pour l'instant, nous sommes dans l'inconnu.


En tant que sportive de haut niveau, Marie-Amélie le Fur connait le ressenti du champion qui s'est investi pour atteindre son objectif, mais il faut prendre conscience que face à cette situation sans précédent, le Comité International est loin de maîtriser tous les éléments.

Cela dépasse la question du sport, les athlètes doivent être patients. Je tiens à les remercier pour leur implication et leur mobilisation sur les réseaux sociaux pour inciter les gens à bouger pendant cette période de confinement

La clé est maintenant de faire preuve de patience, et de laisser les instances compétentes travailler pour prendre les bonnes décisions, sans non plus se précipiter, dans l'intérêt commun.

 

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