Municipales : "un scrutin extrêmement fragile" pour le politologue Pierre Allorant

Entre les maires élus dès le premier tour, de nombreuses triangulaires et des quadrangulaires, un second tour reporté sine die et un taux d'abstention record, l'élection municipale est difficile à lire. Sur le plateau de France 3, le politologue Pierre Allorant a tenté d'y voir plus clair

Le politologue Pierre Allorant sur le plateau de France 3 Centre-Val de Loire
Le politologue Pierre Allorant sur le plateau de France 3 Centre-Val de Loire © F3
Que vaut une élection où plus de la moitié des électeurs sont restés chez eux, à l'aube de la crise sanitaire du siècle ? Fallait-il annuler ou reporter le premier tour ? Pour le spécialiste de l'histoire du droit et politologue orléanais Pierre Allorant, interviewé sur le plateau de France 3 le 16 mars, "il est essentiel que le scrutin se tienne dans des conditions de sincérité", et le report du second tour confirmé le soir-même paraît "bien plus raisonnable qu'un maintien dimanche prochain".

En l'état, la crise quasiment sans précédent à l'échelle nationale a donné lieu à des situations locales variées. En Centre-Val de Loire, un peu plus de 70% des villes de plus de 3500 habitants suivies par France 3 ont consacré un vainqueur dès le premier tour, avec une légitimité parfois fragile malgré des écarts énormes. A l'extrême inverse, Pierre Allorant distingue le "cas de Pithiviers, où il y aura une 'quinquangulaire' et 18 quadrangulaires" dans la région, ce qui "rend le scrutin extrêmement fragile". "On ne peut pas du tout prévoir le résultat dans ce cas de figure", surtout dans la mesure où le second tour n'aura pas lieu avant longtemps.

   

Des villes sens-dessus-dessous

A Tours, le premier round de l'élection municipale a mis à mal le maire sortant Christophe Bouchet (25,6%) et donné la première place au candidat écologiste Emmanuel Denis (35,5%), avec le LREM Benoist Pierre qualifié de justesse à la triangulaire (12,7%). "L'élection est une dynamique sur deux tours", rappelle Pierre Allorant, notant toutefois "qu'il y aura probalement une longue période entre les deux". "A Tours, il est clair que les verts ont le vent en poupe, mais si Christophe Bouchet réunit une large alliance, il a une chance."

A Orléans, c'est l'ancien maire Serge Grouard qui est en tête (35,62%), "beaucoup plus qu'on ne le pensait", mais il peut être mis en difficulté au second tour face à une "hypothétique alliance entre Jean Philippe Grand et Baptiste Chapuis, ou encore plus hypothétique, avec Nathalie Kerrien". A Bourges, le maire sortant du Mouvement radical Pascal Blanc n'arrive que deuxième ex aequo, dix points derrière son concurrent de gauche Yann Galut. Dans cette commune qui renoue avec le clivage gauche-droite, la question reste de savoir si "Galut peut recoller les morceaux"
 

Annuler le second tour ? "C'est un peu du Jean-Michel Aulas !"

C'était en tout cas une suggestion de Serge Grouard à Orléans. Etant donné le report du second tour à une date encore inconnue, il s'agirait de former une équipe municipale dès maintenant en se basant sur les scores du premier tour. "C'est un peu du Jean-Michel Aulas !" pour Pierre Allorant. "Grouard est en tête donc si on arrête le match il a gagné. Mais cela ne me paraît pas faisable juridiquement."

Cependant, les scores du premier tour sont acquis et ne seront pas remis en cause malgré l'abstention, comme l'a annoncé Emmanuel Macron lors de son allocution du 16 mars. Une décision qui tend à confirmer la débâcle des candidats étiquetés ou soutenus par LREM et la "poussée écologiste notable à Orléans, très forte à Tours et dans beaucoup de grandes métropoles en France".
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