Patrimoine vivant : un Label d’exception en Centre-Val de Loire

Employés de l'atelier d'Offard à Tours (Indre-et-Loire) / © Corinne Bian-Rosa
Employés de l'atelier d'Offard à Tours (Indre-et-Loire) / © Corinne Bian-Rosa

Crée en 2005, le Label Entreprises du Patrimoine Vivant ( EPV) est une marque de reconnaissance de l’Etat français attribué aux entreprises qui ont un savoir-faire artisanal et industriel d’excellence.

Par Corinne Bian Rosa / A.Lps

Les Entreprises du Patrimoine Vivant sont une cinquantaine en région Centre-Val de Loire : le facteur de hautbois Olivier Cottet, l’Atelier Offard qui fabrique des  papiers peints à l’ancienne et le garage Auto Classique Touraine qui restaure et recrée des voitures d’avant-guerre.
 

Le garage Auto Classique Touraine


Vu de l’extérieur, cela ressemble à un garage comme les autres. Mais il suffit que les portes s’ouvrent pour que l’on soit projeté dans une autre époque. De magnifiques voitures d’avant-guerre à la carrosserie et aux chromes étincelants trônent dans un hangar, tandis que d’autres sont en cours de construction ou de rénovation.

Beauté d'avant-guerre

Nous sommes chez Auto Classique Touraine, l’un des rares ateliers à refaire de A à Z ces mythiques automobiles aux noms évocateurs, telle cette Lancia Astura de 1938  blanche avec une capote électrique beige, désignée par le grand Pininfarina, dont il ne reste que six au monde , et dont les phares arrières coniques ont pu être réalisés grâce à une imprimante 3 D.

3 ans de travail 

Le jeune Maximilien, tout juste embauché chez Auto Classique Touraine , a passé plus de 1500 heures sur la belle italienne. « .Il faut être méticuleux et très patient. Il a fallu  près de trois ans pour refaire ce modèle destiné à un riche client pakistanais ».

Un peu plus loin, Franck Daguise, le chef d’atelier, s’affaire devant la structure d’une voiture entièrement en …bois. « Avant–guerre, toutes les automobiles avaient des structures en bois. J’ai un diplôme de menuisier ébéniste et j’ai appris à faire des escaliers en colimaçon. J’applique toutes ces techniques à l’ossature des voitures anciennes ».

Aujourd’hui les écoles ne délivrent  plus de diplômes de toliers formeurs ou de selliers pour les voitures. Alors, l’atelier forme lui-même les jeunes par le biais de la transmission des savoirs.
 

Les papiers peints comme autrefois

Transmettre les savoirs d’autrefois, c’est aussi le credo de l’Atelier d’Offard, qui fabrique des papiers peints comme il y a plusieurs siècles, dans une arrière-cour du nord de Tours.
François-Xavier Richard a créé cette entreprise il y a 20 ans sur un coup de cœur, lui qui ne venait pas du tout du milieu.

En pénétrant dans le vaste hangar, on est saisi par la chorégraphie bien réglée qui prévaut pour la fabrication de ces décors, anciens ou modernes.
Faits à la main et peints à l’aide de pigments naturels, cette production unique fait le bonheur des monuments historiques du monde entier, et aussi des décorateurs.

Un univers coloré

Les formes de bois où étaient reconstituées à la main les décors ont été remplacés par de la résine dont l’équipe garde jalousement le secret de fabrication. Idem pour la presse également en bois autrefois, et qui bénéficie aujourd’hui des technologies les plus récentes.
 

Les décors de la pharmacie Santa Maria Novella de Florence

En France, l’atelier d’Offard fournit les Monuments historiques et quelques grands décorateurs.
Mais la majeure partie de la production part à l’étranger, dans des palais au Portugal, en Sicile et dans de somptueuses villas. Le maître des lieux nous présente avec fierté le décor en papier peint reconstitué de la magnifique pharmacie Santa Maria  Novella de Florence qui a fait appel aux services du tourangeau lors de sa restauration.

Sous la presse, un subtil papier aux multiples nuances de vert destiné au Musée de Philadelphie. Mais selon François-Xavier Richard,
 

 Le plus compliqué a été de réaliser il y a quelques années un papier gaufré qui a nécessité plus de 11 000 formes ! 

 

le facteur de hautbois Olivier Cottet


Nous remontons au nord de la région, près de Dreux, pour rencontrer Olivier Cottet, le maître incontesté de la fabrication de hautbois et de bassons anciens. Dans son atelier, il imagine et conçoit les outils pour fabriquer entièrement les instruments de musique. Travail du bois, du métal, et même de l’ivoire avant que l'importation n'en soit interdite, rien ne résiste au génie d’Olivier Cottet.

Musicien voyageur, diplômé de l’Ecole des Beaux-Arts de Versailles, il a commencé sa carrière il y a 40 ans en visitant les musées du monde entier à la recherche d’instruments anciens. Une fois repérés, il en prenait les exactes mesures et à partir de ces plans, était capable d’en refaire l’exacte réplique.

Et quand l’instrument n’existait plus, Olivier Cottet le recréait à partir de dessins du Moyen Âge ou de la Renaissance.
Tous les grands orchestres spécialisés dans le répertoire ancien font entendre des instruments fabriqués par le maitre.

Aujourd’hui, c’est le bassonniste Alexandre Salles qui vient tester un magnifique basson tout droit sorti de l’atelier et destiné à une musicienne italienne.
Il fait vibrer l’air dans le corps de l’instrument sous le regard inquiet de son créateur : « c’est comme si une part d’Olivier était inscrite dans le bois de ses instruments».


Mais le basson joue juste et le maitre soupire de soulagement.
 

C’est un des moments les plus importants. Il y a celui où on choisit le bois, et celui où l’instrument va faire entendre son premier son. A chaque fois c’est un mystère… 


Le Léonard de Vinci du basson
Olivier Cottet est aussi un musicien. Chaque semaine, il se rend à Paris pour y retrouver ses amis du Sorbonne Scholars, un ensemble vocal et instrumental spécialisé dans la musique de la Renaissance et dirigé par Pierre Iselin, professeur émérite à la Sorbonne : 7« Olivier, c’est un homme exquis et un musicien accompli. Le Léonard de Vinci du basson. »

Répétition de la Sorbonne Scholars

De fait, plusieurs instrumentistes de l’ensemble jouent sur des bassons et hautbois sortis de l’atelier d’Olivier Cottet. L’occasion pour ce dernier de veiller sur les « bébé » dont il a entendu les premiers sons.
 

 


 

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