Les restaurateurs du Centre-Val de Loire inquiets d'un prolongement du confinement au-delà du 11 mai

Si un début de déconfinement a été annoncé à partir du 11 mai, Emmanuel Macron a prévenu que les "restaurants, cafés et hôtels resteront fermés". En Centre-Val de Loire, le secteur est très inquiet et craint des faillites, malgré la promesse de l'annulation des charges.

Image d'illustration © pixabay
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Inquiétude, lassitude, et surtout beaucoup de fatalisme chez la plupart des restaurateurs du Centre-Val de Loire, au lendemain de la troisième allocuation d'Emmanuel Macron. Si un déconfinement est envisagé à partir du 11 mai, le président de la République l'a affirmé : la date irait au-delà, pour ce qui concerne les cafés, les restaurants et les hôtels.

On était les premiers à fermer nos entreprises le soir du 14 mars, et on fera partie des derniers à les rouvrir. C’est d'une logique implacable de toute façon, car on reçoit du public et la transmission du virus se fait justement avec les bains de foule, se lamente Xavier Dion.

Patron des bars L'Antidote et La Concurrence à Orléans, Xavier Dion a perdu toute sa trésorerie en l'espace d'un mois. Il n'a toujours pas reçu l'argent du chômage partiel pour ses salariés, et encore moins les 1500 euros du fonds de solidarité prévus pour les indépendants et les Très Petites Entreprises (TPE) notamment. Depuis le 14 mars, il estime que la crise lui a coûté 25 000 euros.

Dans le Berry, Véronique Gaulon, présidente de l'Union des Métiers des Industries et de l'Hôtellerie (UMIH) départementale déplore aussi qu'il n'y ait aucune aide pour que les restaurateurs puissent tout simplement continuer à vivre décemment.

Les cafés-restaurants sont souvent tenus par un couple. Un couple d’indépendants qui a souvent une famille, des enfants, un loyer à payer. Ces personnes sont privées de revenus à deux et n’ont plus rien pour vivre. Je vois des situations catastrophiques autour de moi. Le fonds de 1500 euros, c’est pour l’entreprise, pas pour les individus. 

Si tous les restaurateurs s'accordent à dire que l'annulation des charges annoncée hier soir par le chef de l'Etat est une bonne nouvelle, nombreux sont ceux qui s'inquiètent des autres charges qui pèsent sur eux actuellement.

Si on ne peut pas rentrer d’argent, on ne peut pas en dépenser, c’est aussi simple que ça. Le loyer en est le plus bel exemple, car je n’occupe pas les lieux ! J'ai, par exemple, un loyer de 2000 euros par mois pour l'un de mes deux bars, je fais comment pour payer ? Il va sans doute falloir que je prenne un crédit pour absorber tout ça…, se questionne Xavier Dion.

Même son de cloche du côté de l'Union des Métiers des Industries et de l'Hôtellerie du Loiret (UMIH). Même si les annonces faites hier soir et précisées ce matin par le ministre de l'Economie Bruno Lemaire vont dans le bon sens, il faudrait aller encore plus loin, pour éviter la faillite en masse des établissements de restauration.

Il faut une année blanche pour pouvoir s’en remettre. Ce serait la moindre des choses, car il y a aussi les loyers, les assurances, etc. Sur les locaux appartenant aux mairies et les terrasses, les municipalités ont, pour la plupart, bien joué le jeu. Mais les bailleurs privés n’ont rien dit, ils pourraient faire un effort d'éxonération de loyers dans des locaux vides, s'insurge Jean-Louis Jama, président de l'UMIH du Loiret.

Quant à l'aide exceptionnelle de 1500 euros annoncée il y a près d'un mois, notamment pour les indépendants et les Très Petites Entreprises (TPE), elle se révèle beaucoup trop restrictive, pour Jean-Louis Jama également patron du restaurant le Bistro Le 443 à Saran (Loiret). 

Il y a de nombreuses exclusions au versement de ces 1500 euros. Moi, par exemple je n'y ai pas droit, car je suis retraité en activité. Je touche une pension de 700 euros, ce qui n'est déjà pas grand chose, et je ne vois pas pourquoi un retraité devrait mettre son argent personnel…, confie-t-il.

Dans le Loiret, quatre établissements ont déjà annoncé leur volonté de déposer le bilan à l'UMIH, et c'est sans compter ceux qui ne se sont pas encore fait connaître.

Pour éviter la faillite, le syndicat conseille à ses adhérents de bien se renseigner sur tous les dispositifs d'aide, et de ne pas hésiter à demander un prêt à taux zéro auprès des banques, tout comme à négocier la suppression des agios qui peuvent aussi plomber la trésorerie des entrepreneurs.

Dans le Berry, une interrogation est également soulevée : pourquoi les assurances ne viennent-elles pas en aide aux professionnels du secteur ?

La très grande majorité des cafetiers-restaurateurs et hôteliers a une assurance multirisque professionnelle dans laquelle il y a la catastrophe naturelle, mais comme il n’y a pas de mention de « pandémie », les assureurs disent qu'ils ne nous doivent rien, c’est une honte ! déplore Véronique Gaulon, présidente de l'UMIH Berry.

En attendant d'obtenir quoique ce soit des assurances, les restaurateurs doivent gérer l'urgence. Mais après cela se posera une autre question cruciale : comment organiser la reprise de l'activité après le déconfinement ?

Le plus gros problème c'est comment on va rouvrir, il va falloir des protections, tout cela va être très compliqué. Tous les petits restaurants de ville assez confinés ne pourront remplir qu’à 30 ou 50% leur salle pour respecter les distances de sécurité, ils devront sûrement licencier du personnel, s'inquiète déjà Jean-Louis Jama.

Il faudrait ainsi s'attendre à une toute autre ambiance dans les cafés et les restaurants après le déconfinement. Les clients verront peut-être apparaître des serveurs masqués, et des tables espacées les unes des autres. La crise sanitaire et ses conséquences... un véritable sac de noeuds pour les restaurateurs qui pourraient en subir les effets désastreux, au moins jusqu'à la fin de l'année 2020.
 

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