Suicide des policiers : le château du Courbat en première ligne

Le château de Courbat, dans l'Indre-et-Loire, accueille près de 300 agents chaque année. / © France 3 Centre-Val de Loire
Le château de Courbat, dans l'Indre-et-Loire, accueille près de 300 agents chaque année. / © France 3 Centre-Val de Loire

62 policiers et gendarmes se sont suicidés depuis le début de l'année en France. En Indre-et-Loire, le château du Courbat accueille chaque année 300 agents traumatisés par des expériences de terrains. Pour débloquer la parole, et éviter plus de drames.

Par Simon Auffret

46 policiers et 16 gendarmes se sont donnés la mort en France en 2017. Le décompte effectué par le ministère de l'intérieur atteint son plus haut niveau depuis 2014 - 55 policiers et une trentaine de gendarmes s'étaient suicidés, avant une baisse en 2015 et 2016. La semaine dernière seulement, 8 suicides ont été comptabilisés.

Le phénomène est connu, et largement documenté chez les forces de l'ordre. En 2015, Bernard Cazeneuve avait annoncé un plan "anti-suicide" pour tenter de mieux prévenir et accompagner des policiers souvent peu enclins à partager en interne des traumatismes ou difficultés psychologiques dûs à leur travail sur le terrain.

Recrutement de psychologues, mise en place de casier individuels pour permettre aux agents de déposer leur arme à la fin de leur service... Face aux exigences et contraintes de l'état d'urgence pour les forces de l'ordre, ces dispositifs, parfois, ne suffisent plus.

Certains pompiers, policiers, gendarmes font alors le choix du château de Courbat, en Indre-et-Loire. Fondé en 1953 (d'abord grâce à la participation de CRS), l'établissement peut recevoir 53 personnes pour des hospitalisations de 4 ou 8 semaines.

Le Courbat, un château pour aider les policiers à se reconstruire

Le Liège, dans cette ville d'Indre-et-Loire se cache un château de la Loire pas comme les autres. Au château du Courbat, transformé en centre de soins, la plupart des patients sont policiers, gendarmes, gardiens de prison. Ils sont victimes d'addictions, de dépression ou de burn-out , il sont hospitalisés un ou deux mois le temps de se reconstruire.


Séances de sports, ateliers d'art, groupes de parole, rencontre avec médecins et addictologues... L'objectif est d'envisager un retour sur le terrain, après un "burn-out" ou une série de traumatismes psychologiques.

"La police était mon addiction", racontait Steve, lors de son deuxième séjour à Courbat. "J'étais complètement épuisé, stressé également. Le soir je rentrais chez moi, je tremblais".

"Dire qu'on est malade, c'est reconnaître une faiblesse. Il y a ce tabou de dire qu'on ne va pas bien, particulièrement quand on est fonctionnaire de police", explique Fatima Idbrik, médecin addictologue à l'établissement de santé du Courbat.

Pour justifier leur séjour au Courbat, de nombreux policiers ont prétexté pendant des années "un stage de voile", une excuse ironiquement matérialisée par un bateau posé dans la cour de l'un des bâtiments du château.

En 2013, Fanny Bouteiller, Grégoire Grichois, Maxime Vaillant et Séverin Foulon étaient allés rendre visite aux acteurs de ce centre : leur reportage est à retrouver ci-dessous.
Au secours de la police : un clinique tourangelle pour les policiers en détresse
L'établissement du Courbat, situé au coeur de la campagne tourangelle, est la seule clinique de France qui prend en charge la détresse dans la police. Elle est un excellent baromètre du moral des forces de l'ordre : à l'été 2012, elle a enregistré un nombre record de demandes d'admissions... - France 3 Centre-Val de Loire - Fanny Bouteiller, Grégoire Grichois, Maxime Vaillant et Séverin Foulon

 

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