TÉMOIGNAGE : professeur des écoles, retraité, avocat, ils racontent pourquoi ils seront dans la rue le 5 décembre

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Écrit par P.S.

C'est la mobilisation générale ce jeudi 5 décembre. Enseignants, avocats, retraités… Ils vont se retrouver dans les rues du Centre-Val de Loire et ont chacun des revendications propres à leur profession. Ils expliquent pourquoi ils sont contre la réforme des retraites proposée par le gouvernement.

Stéphane Ricordeau, professeur des écoles, secrétaire départemental FSU Loir-et-Cher

« Pour les enseignants, on estime que selon les postes, la réforme aboutirait à des pertes de pension allant de 300 à 900€ par mois, sur des pensions qui ne sont déjà pas mirifiques. Les professeurs des écoles seront les plus touchés car ils ne reçoivent quasiment pas de prime, or les primes seraient intégrées dans le nouveau calcul.

La question des retraites rejoint la question des salaires et des conditions de travail. Nous débutons nos carrières 5 ans après le baccalauréat avec des salaires autour de 1,1 et 1,2 fois le smic. Là, en fin de carrière, je gagne 2400€ net par mois.  Avec cette réforme, la retraite des fonctionnaires sera calculée sur l’ensemble de la carrière et non plus sur les 6 derniers mois de salaire, ce qui nous permettait d’avoir, tout est relatif-des niveaux de retraites décents.

Aujourd’hui, avec le système de décote, très peu d’enseignants partent avant 62 ans. Cette réforme oblige les gens à travailler plus longtemps.  Or nous faisons face à des conditions de travail qui se dégradent, à des difficultés quotidiennes. On n’en peut plus.
Dans le premier degré le taux de grévistes est estimé entre 70 et 80%. Les organisations syndicales se rassembleront vendredi pour décider de la suite à donner au mouvement. »  

Philippe Chamoux, postier retraité, militant Solidaires, membre de l’Union Départementale Interprofessionnelle des Retraités Solidaires dans le Loiret


« Cela peut paraître surprenant de nous voir dans le cortège mais malgré l’enfumage, nous les retraités nous avons bien compris qu’on n’était pas à l’abri de voir nos retraites amputées par cette réforme. Quand le gouvernement dit qu’il ne faut pas que les retraites dépassent 14% du PIB, et qu’on sait que le nombre de retraités va considérablement augmenter, pas la peine d’avoir fait Sciences po pour comprendre qu’on sera de plus en plus nombreux à devoir se partager le gâteau.

J’ai été gilet jaune de la première heure, il y avait de nombreux retraités parmi nous. Nous sommes une des catégories sociales les plus attaquées par les différents gouvernements, avec par exemple le gel des pensions ou la hausse des charges incompressibles. Avec ce mouvement, on a pris conscience qu’il était possible de faire reculer le gouvernement. Demain, plusieurs organisations syndicales de retraités se rassembleront à 10 heures Place de Gaulle à Orléans avant de rejoindre la manifestation des actifs à la cathédrale. »


Bertrand Couderc, avocat, ancien bâtonnier du Barreau de Bourges, membre du Syndicat des avocats de France

« Notre caisse de retraite est autonome, gérée par des avocats. Elle a accumulé des réserves -immobilières, notamment, mais aussi toutes sortes de biens. Etant bénéficiaire, cette caisse verse déjà des sommes importantes au régime général.

Certains avocats craignent que les réserves de cette caisse de retraite disparaissent au profit de tout le monde. Pour note syndicat, ce n’est pas le cœur du problème.

L’essentiel, c’est que la réforme du système de retraite va diminuer de moitié la retraite de base des avocats. On a une retraite de base haute qui est la même pour celui qui gagne 20.000€ comme pour celui qui gagne 200.000€ par an. Cette retraite de base haute est menacée par le système proposé dans la réforme. En ce qui concerne les cotisations, elles devraient doubler pour les avocats. C’est une charge insupportable pour les petits cabinets.
Le Syndicat des avocats de France a appelé à manifester mais le Conseil national des barreaux, qui représente l’ensemble de la profession a décidé de ne pas le faire. Certains membres de la profession souhaitent éviter une confusion entre notre régime qui est autonome –géré par les avocats- et les régimes spéciaux, qui ont des avantages spécifiques. »