Voyage de la pierre : quand le château de Chambord se souvient de ses origines ligériennes

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La remontée par la Loire d'une pierre de tuffeau jusqu'au château de Chambord retrace l'histoire du chantier de la construction du joyau de l'architecture renaissance. Des festivités accompagnent cet anniversaire des 500 ans du début du chantier.

Par Nathanael Lemaire

Le 6 septembre 1519, la nomination par François 1er d'un super intendant pour les travaux de Chambord signe le début d'un immense chantier qui aboutira au dernier château royal du Val de Loire.
Pour la fourniture et le transport des matériaux, la région sera mise à contribution. Les carrières d'extraction du tuffeau comme celle de Bourré (41) fourniront les pierres et ce sont les mariniers de Loire qui vont être chargés de transporter ces milliers de blocs de calcaire blanc.

Les associations de bateliers remontent le temps

C'est en mémoire de cette contribution du Val de Loire qu'aujourd'hui, l'actuel château de Chambord fête ses 500 ans avec les associations de bateliers qui remontent comme jadis une pierre de tuffeau. Un parcours de la zone d'extraction (Tours) jusqu'au port de Chambord à Saint Dyé sur Loire (41).

L'historienne du château de Chambord, Virginie Berdal, nous explique ce choix du voyage de la pierre :

"On voulait déjà faire une fête populaire. Célébrer avec la population l’anniversaire de Chambord, comme on fêterait plus généralement l’anniversaire du Val de Loire, de son patrimoine, de son savoir-faire. C’est plus que l’anniversaire de Chambord, c’est l’anniversaire de toute la Région Centre-Val de Loire qui a été très mobilisée cette année. Et puis, il fallait donner à cet événement, un coté symbolique, de l’émotion. Retracer ce voyage sur la Loire, accompagner la pierre, accompagner les gens à nous suivre en randonnée jusqu’au 6 septembre, c’est une belle façon de faire qui se clôturera au château par une belle soirée de fête en musique avec feux d’artifice. C’est ça aussi Chambord : partager une histoire et un patrimoine que l’on aime."

Virginie Berdal, historienne du château de Chambord / © N. Lemaire
Virginie Berdal, historienne du château de Chambord / © N. Lemaire

L'aventure du voyage de la pierre a débuté ce dimanche à Tours et remonte la Loire avec de multiples festivités sur le parcours.


Reportage vidéo avec le batelier de la Rabouilleuse, Clément Sirgue et de l'organisatrice Virginie Berdal
 


C'est à Chaumont-sur-Loire que les bateliers arrivent ce mercredi soir. Regardez en direct l'arrivée de "la remontée de la pierre". 


La remontée de la pierre, en ce mois de septembre de sécheresse, est aussi un exploit de navigation ligérienne. Entre l’enfoncement du lit de la Loire et le très faible niveau d’eau, même les mariniers expérimentés sont à la peine pour emmener la pierre de Tours à  Chambord.

Clément Sirgue de l’association La Rabouilleuse pratique la navigation sur cette partie de la Loire depuis 15 ans

C’est un tronçon qui est peu pratiqué par les voyageurs, parler de voyageurs sur la Loire c’est anecdotique, il y a quelques voyageurs comme Bibi et quelques autres, mais surtout en Basse-Loire, c’est plus facile à circuler.Ici, quand tu es en amont du pont Wilson à Tours, il n’y a plus beaucoup de voyageurs …[rire].

Un parcours de Loire peu pratiqué faute de chenal clairement matérialisé et surtout à cause de la présence de nombreux obstacles à franchir.

Clément et ses compagnons de navigation ont choisi de ne pas « rester à faire des ronds dans l’eau dans leur bassine » (naviguer entre deux ponts) mais d’être un peu « joueur » en partant pour cette virée de près de 100 km sur l’eau. Sans être dans la nostalgie de la marine de Loire d’antan qui convergeait vers le port d’Orléans, Clément tient à démontrer la nécessité d’une continuité de l’axe ligérien qui relie la mer à la montagne.
 
© N. Lemaire
© N. Lemaire

Avec son bateau, la Sybille, son équipage et ses 2,5 tonnes, ce passionné de nature trouve des solutions pour franchir « à la main et au palan, c’est plus efficace, plus sécurisant qu’une grue mécanique » , les ouvrages qui sont venus entraver le lit de la Loire. Fondations d’anciens ponts bombardés, pierres immergées, reste de barrages, tronc d’arbres échoués sont autant de difficultés que les associations de bateliers ont appris à franchir en « faisant le ménage » (déplacer les gravats).
Mais il y a un point noir qui fait peur à ces hommes aguerris à la navigation dans la Loire d’aujourd’hui, c’est le barrage de la centrale nucléaire de Saint Laurent des eaux. Leur compagnon, Bibi est bloqué sur cet obstacle infranchissable depuis plusieurs jours.
 

On est devant un mur, c’est une guillotine qui coupe la Loire amont et aval, c’est dramatique pour tout ce qui veut circuler sur la Loire. Le comble c’est qu’il n’y a pas un seul marinier qui peut remonter aujourd’hui au port d’Orléans alors que nos collègues de la Vistule naviguent sur 5000 kilomètres et arrivent, eux, en bateau à Orléans. 

Aujourd’hui remonter la Loire en bateau et se faire bloquer au barrage EDF de Saint Laurent des Eaux est aussi un acte militant pour exiger le rétablissement d’une continuité écologique pour les bateaux et les poissons.
 
 

Arrivée en musique à Saint-Dyé-sur-Loire

La pierre de tuffeau a terminé son parcours en bateau à Saint-Dyé-sur-Loire, à une quinzaine de kilomètres en amont de Blois. C'est ici qu'historiquement était installé le port du château de Chambord. Les bateaux ont été accueillis par un public venu nombreux applaudir les équipages. Les écoliers du village avaient même enfilés des habits traditionnels pour pousser la chansonnette afin de souhaiter la bienvenue à la "pierre". Revivez en direct l'arrivée des bateaux à Saint-Dyé grâce au Facebook Live réalisé ce vendredi après-midi 6 septembre 2016 :

Ensuite, la pierre de tuffeau a poursuivi son chemin, puisqu'elle a été emmenée jusqu'au château de Chambord, distant du port de 5 kilomètres. Elle a ainsi atteint son but final, non sans avoir été l'objet de toutes les curiosités d'un public venu nombreux assister à cette manfestation organisée dans le cadre des 500 ans de la Renaissance.


 

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